Actualité
Appels à contributions
Géographie des sentiments hostiles dans la littérature et les arts (Montréal)

Géographie des sentiments hostiles dans la littérature et les arts (Montréal)

Publié le par Marc Escola (Source : Isaac Bazié)

Colloque international

Géographie des sentiments hostiles dans la littérature et les arts

Les 24-25 septembre 2026 – Université du Québec à Montréal

Organisateurs :

Laboratoire des Afriques Innovantes (LAFI)

& Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les sentiments hostiles

Dans une époque marquée par des crises multiformes mettant à mal le vivre-ensemble, et se manifestant dans les négociations polarisantes entre individus et communautés, formes diverses et divergentes de sociabilités, ainsi que dans les rapports entre l’humain et son environnement, il apparaît impératif de s’attarder sur une « géographie » ponctuelle des sentiments hostiles dans la littérature et les arts en général. 

Les sentiments hostiles, les affects les plus durs, les plus destructeurs ont quelque chose d’insaisissable, comme toute émotion, d’ailleurs. Les nommer, c’est déjà en faire quelque chose d’un peu trop rigide, c’est leur donner la fixité, l’immobilité d’une catégorie abstraite ; loin du désordre et de la bouillie affective dont ils sont issus. C’est que les sentiments, les affects, quels qu’ils soient, ne sont jamais simples ni entiers. Il n’y a jamais que la haine, ni quel’angoisse ; il n’y a jamais que la honte, ni que le dégoût, car l’angoisse préside à la haine, le dégoût est partie intégrante de la honte. On peut trouver une foule d’exemples — mais il suffit d’éprouver réellement une émotion complexe — pour savoir à quel point tout ce qui s’agite en nous, tout ce qui nous agite, est essentiellement ambigu, mouvant, instable. Souvent, d’ailleurs, on ne saurait trop dire ce qui nous prend, ce qui nous fait basculer d’une émotion à une autre ; alors qu’une émotion unique, que l’on dirait formée d’un seul bloc, unidirectionnelle, en quelque sorte, passe pour peu nuancée, voire malade. Ce n’est plus alors une émotion, c’est un symptôme. Sans doute est-ce l’affaire de la psychologie ou de la philosophie d’interroger la fibre affective qui nous constitue, le ressort des passions humaines, la plasticité des affects dont l’art, la littérature parlent depuis des siècles. 

L’inconstance des affects, leur ambiguïté, mais aussi leur plasticité sont caractéristiques de la vie affective du sujet, ce qu’il éprouve, ce dont il fait l’épreuve, mais cette inconstance, cette ambiguïté, cette plasticité ne sont pas moins caractéristiques des affects lorsqu’ils sont éprouvés, exprimés et mobilisés collectivement. La « société des affects », pour reprendre l’expression de Frédéric Lordon (2013), est tout autant le lieu de cette instabilité qui les rend en partie insaisissables. S’il est vrai que le sujet de la psychologie ou de la philosophie ne sait plus toujours ce qu’il éprouve (colère, haine, peur, angoisse ; et parfois tout cela à la fois), on peut se demander si un groupe social, à petite ou à grande échelle, n’est pas plongé dans le même désarroi affectif. Ce désarroi se traduit d’ailleurs bien souvent par de réels effets ; il arrive, ainsi, qu’on ne sache plus ce qu’on doit faire parce qu’on ne sait plus ce qu’on éprouve. Or, il arrive, aussi, qu’on ne sache plus ce qu’on éprouve, parce que trop d’émotions sont prescrites, endiguées par autre chose. La question est alors éminemment politique. 

Du point de vue des communautés qui ont fait l’expérience de violences historiques (esclavage, colonisations etc.), les sentiments hostiles apparaissent comme une force travaillant en amont et en aval des dynamiques de répression et de résistance, quand elles justifient, par exemple, l’assujettissement de l’autre à partir d’une identification qui le place au bas de l’échelle des valeurs, comme le démontre toute l’histoire de la construction de la « race » ; ou en réaction à ces mécanismes d’exclusion et de rabaissement, lorsque ces violences suscitent des émotions diverses qui ne sont pas toujours de l’ordre de la haine facilement prévisible de la part de sujets victimes des régimes de violence inouïes et explosives, ou parfois insidieuses, structurelles (Johan Galtung, 1990). Bien au contraire, la théorisation des réactions des sujets colonisés ou racisés, comme le montrent Albert Memmi, Frantz Fanon, entre autres, pointe une ambivalence des attitudes et des sentiments envers le colonisateur qui varient de la haine à la honte et au mépris, non seulement de l’envahisseur, mais de soi également. Par conséquent, la géographie des sentiments hostiles (en référence non contraignante à La géographie de la colère d’Arjun Appadurai, 2007) que propose ce colloque nécessiterait à tout le moins une double exploration :

1) Exploration d’une part des sentiments qui s’inscrivent dans une dynamique oppositionnelle a priori et appréhendés dans les figurations littéraires et artistiques en général, et que la littérature cible de manière récurrente: « Aimez-vous les Blancs », demande un procureur français à un prévenu africain accusé d’avoir usurpé la paternité d’un roman dont il est pourtant le véritable auteur (Sembène Ousmane, Le docker noir, 1956). Ici, les sentiments hostiles suivent les contours de la race et tracent des frontières à l’aide d’une palette de couleurs réduite au blanc et au noir. Au-delà de cet exemple tiré d’un classique des littératures africaines, il est possible d’observer et d’étudier dans d’autres littératures cette figuration des sentiments hostiles suivant une opposition radicale entre émotions positives et négatives.

2) Le deuxième volet d’exploration de la géographie des sentiments hostiles est complémentaire du premier. Il s’agira d’aller vers des zones interstitielles où se logent les sentiments hostiles en se soustrayant aux catégorisations dichotomiques courantes : haine vs. amour, joie vs. peine, rires vs. pleurs. Cet examen s’attachera à rendre justice aux sentiments hostiles dans la littérature et les arts suivant leur complexité. Il inclura l’exploration par exemple de l’inaudible, de l’indicible, du silence et de toutes ces formes d’expression des émotions que l’on a tendance à ne pas voir ou entendre car justement étouffées par les cris de haine et les éclats de rire. En clair, il s’agira de poser un regard sensible à l’inconstance des affects, leur ambiguïté, mais aussi leur plasticité, là où le rire rencontre les pleurs et s’y noie dans l’oxymore parfois caractéristique de l’ambivalence des sentiments hostiles. 

Le colloque « Géographie des sentiments hostiles » s’adresse aux chercheur.e.s en littérature, dans les arts et plus largement dans les sciences humaines et sociales qui s’intéressent aux figurations et aux théorisations des émotions négatives. En parcourant les territoires littéraires et artistiques des sentiments hostiles, à petite (localement, individuellement) et à grande échelle (collectivement), il permettra de réfléchir sur les lieux symboliques et réels des tensions qui structurent les relations qu’entretiennent les sujets et les communautés. 

Soumission de résumés: Pour soumettre vos propositions de communications (200 - 300 mots), cliquez sur le lien suivant : https://forms.gle/4q6uN6BZizawWKDF9

Correspondance: Prière d’adresser toute correspondance relative au colloque à l’adresse suivante : geographiesentimentshostiles@gmail.com

Calendrier de l’événement :

Date limite de soumission des propositions de communication : 15 juin 2026

Réponse aux auteur.e.s : 19 juin 2026 (si vous souhaitez une réponse avant cette date, merci de le spécifier lors de la soumission de votre proposition)

Date du colloque : Jeudi 24 - Vendredi 25 septembre 2026

Nota Bene : Le Comité d’organisation du colloque réunit les ressources pour la tenue de l’événement. Il ne dispose pas de moyens supplémentaires pour contribuer à la prise en charge des participant.e.s.

 —

Comités :

Responsables du colloque :

Isaac Bazié, professeur, directeur du Laboratoire des Afriques Innovantes – LAFI, UQAM

Alexis Lussier, professeur, directeur du Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les sentiments hostiles

Comité scientifique :

Isaac BAZIÉ, professeur, directeur du Laboratoire des Afriques Innovantes – LAFI, Département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal, Canada

Cassie BÉRARD, professeure, Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les sentiments hostiles, Département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal, Canada

Hassen BKHAIRIA, enseignant-chercheur, Institut Supérieur des Études Appliquées en Humanités de Gafsa, Tunisie

Souleymane GANOU, maître de conférences, Laboratoire Littératures, Arts, Espaces et Sociétés (LLAES), Université Joseph KI-ZERBO, Ouagadougou, Burkina Faso

Jalel EL GHARBI, professeur, écrivain

Jonathan HOPE, professeur, Laboratoire des Afriques Innovantes – LAFI, Département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal, Canada

Alexis LUSSIER, professeur, directeur du Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les sentiments hostiles, Département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal, Canada

Fatou Ghislaine SANOU, maître de conférences, Laboratoire Littératures, Arts, Espaces et Sociétés (LLAES), Université Joseph KI-ZERBO, Ouagadougou, Burkina Faso