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Vienne : art-s-pentages d'une ville-monde / Wien: Kunst- und Grenzwanderungen durch eine Weltstadt (Toulouse)

Vienne : art-s-pentages d'une ville-monde / Wien: Kunst- und Grenzwanderungen durch eine Weltstadt (Toulouse)

Publié le par Marc Escola (Source : Alice Dartmann)

Journées d’études doctorales, CREG, UT2J

Vienne : art-s-pentages d’une ville-monde

Wien: Kunst- und Grenzwanderungen durch eine Weltstadt

Université Toulouse – Jean Jaurès

Les jeudi 15 et vendredi 16 octobre 2026

« In dieser Einheit bin ich zu mir gekommen, und ich kenne mich aus in ihr, oh, und wie sehr, denn der Ort ist im Großen und Ganzen Wien.» — Ingeborg Bachmann

« Die Straßen Wiens sind mit Kultur gepflastert. Die Straßen anderer Städte mit Asphalt. » — Karl Kraus

Parcourir Vienne, c’est se confronter aux arts à chaque coin de rue, depuis les atlantes alanguis jusqu’aux ors de la Karlskirche, des chefs d’œuvre du Museumsquartier jusqu’au miroitement du dôme de la Sécession. Les strates séculaires s’entrecroisent, offrant au promeneur des sensations toujours renouvelées et éveillant sa curiosité. De fait, Vienne est une ville aux multiples visages, qui a su concilier les particularismes et l’universalité : Weltstadt, capitale au cœur de la Mitteleuropa, foisonnement d’identités et d’influences, mais aussi Kunststadt, ville de création, berceau de plusieurs mouvements artistiques et intellectuels, point de départ ou d’arrivée de nombreux artistes qui y ont trouvé une source d’inspiration.

Souhaitant mettre en regard ces deux perspectives, celle de la ville des arts et celle de la ville-monde, notre manifestation se propose comme un art-pentage de Vienne. Arpenter, c’est-à-dire explorer l’espace physique de la ville et son lien aux arts, mais aussi découvrir l’espace mythique que la création artistique y a construit. L’objectif est d’aboutir à une cartographie artistique de la capitale autrichienne. On entend par là mettre en avant les liens entre les arts et les lieux ; se demander comment les arts à Vienne s’inscrivent dans un paysage réel, social, culturel, politique, toujours en mouvement ; retrouver les carrefours humains, sociaux, moraux, que les œuvres représentent dans leur contenu ou dans le processus de leur création ; voir comment le cadre devient le contenu, dans une mise en abyme permanente ; explorer les grandes artères empruntées par les artistes, mais aussi celles qu’ils ont volontairement quittées ; suivre l’évolution de la limite entre la réalité de la ville et son image, sur le fil de laquelle évolue la création artistique.

On pourra ainsi se demander quelles frontières linguistiques, ethniques, culturelles les arts ont permis de dépasser à Vienne, pour faire de la ville un carrefour de pensées et de modes d’expression. Claudio Magris voyait sa démarche littéraire comme « un voyage que l’on entreprend dans le but de se libérer de ce "mythe de l’autre côté", de comprendre que chacun se trouve tantôt ici et tantôt là, que chacun est l’Autre ». L’art viennois a justement souvent été le fruit d’un enchevêtrement de courants philosophiques, littéraires, scientifiques. Celui que l’on désigne aujourd’hui par l’expression de modernité viennoise est peut-être le plus célèbre, cependant, l’histoire ancienne et récente de la ville offre de nombreux exemples moins connus, mais tout aussi intéressants, de créations artistiques se faisant l’écho d’un dépassement de frontières entre individus ou entre groupes. Les multiples manifestations internationales contemporaines dans les domaines de la danse, de la photographie, ou de l’architecture en sont un reflet parlant. D’autres créations sont moins médiatisées, par exemple dans les arts de la rue ou la musique électronique, mais n’en sont pas moins la traduction de cette ouverture culturelle.

On pourra également se demander comment la ville a constamment modelé les cadres de sa propre image à partir d’un terreau artistique. En effet, si les arts habitent la ville, l’inverse est vrai aussi, de sorte que l’idée et l’image de Vienne se trouvent au cœur de nombreuses
œuvres littéraires, musicales, cinématographiques… Le Danube (beau et bleu), les vignobles de Grinzing, les palais de la Ringstraße ne sont pas seulement des éléments de la géographie urbaine, il s’agit aussi de constructions mentales, de mythèmes alimentés en permanence par la création artistique afin de représenter une certaine image de la ville. Loin d’être l’apanage d’une époque baroque ou romantique, ce modelage de l’identité de la ville concerne également les générations actuelles, confrontées au topos parfois imposant de la Kunststadt Wien, ou les artistes qui, de tout temps, ont quitté et retrouvé Vienne ailleurs pour en faire résonner un certain langage artistique sous d’autres cieux. Le concept même de Kunststadt, mais aussi ceux de Musikstadt ou de Kulturhauptstadt, pourront être interrogés dans ce sens, afin de déterminer les contours de l’image de la ville et ce qu’ils ont de construit historiquement.

L’arpentage n’est pas qu’une déambulation, il consiste aussi à prendre des mesures, définir des bornes, et c’est précisément ce que la création artistique a permis à Vienne, où les artistes ont constamment repoussé les limites de la norme esthétique, au point de faire
évoluer la définition même de l’art. Aussi bien le classicisme que les avant-gardes ont eu leurs représentants viennois et on peut même avancer que ces catégories ont souvent été fondamentales dans le façonnage du paysage artistique local. Ainsi, des artistes, mais également des philosophes, des critiques, des fondateur·ices de mouvements intellectuels, ont fait de Vienne un laboratoire de la pensée esthétique. Karl Kraus, qui tournait en dérision l’amour de ses concitoyen·nes pour l’art tout en étant lui-même écrivain, offre un exemple frappant de la porosité des frontières de l’art qui caractérise Vienne.

Ainsi, du local à l’universel, du particulier au plurinational, les frontières se déplacent continuellement dans et autour des arts à Vienne, appelant une discussion transdisciplinaire et transculturelle. C’est dans cette perspective que le Centre de Recherches et d’Études
Germaniques (CREG) de l’Université Toulouse – Jean Jaurès invite les doctorant·es intéressé·es à se manifester afin d’explorer, d’arpenter, parcourir les multiples facettes artistiques de Vienne, dans une discussion en rhizome croisant histoire, littérature, philosophie, recherche–création, musicologie, architecture…

Modalités pratiques :

Les propositions de communication (250 mots environ), en français, allemand ou anglais, suivies d’une courte notice bibliographique, sont à envoyer à art.pentage.vienne@gmail.com pour le 30 avril 2026. Elles pourront aussi prendre des formes plus originales dans l’esprit de
la recherche-création – créations digitales, performances…

Organisation :

Sabine Aussenac, UT2J
Alice Dartmann, UT2J
Thomas Giraud, UT2J
Michi Weinert, UT2J

Comité scientifique :

Florence Bancaud, Aix Marseille Université
Jacques Lajarrige, UT2J
Hélène Leclerc, UT2J
Stéphane Pesnel, Sorbonne Université.

Bibliographie indicative :

Amort, A., Alles tanzt: Kosmos Wiener Tanzmoderne, Theater-Museum, 2019.

Bachmann, I., Malina, Suhrkamp, 1971.

Borso, V., Goldammer, B., Vöhler (dir.), Moderne(n) der Jahrhundertwenden. Spuren der Modernen in Kunst, Literatur und Philosophie auf dem Weg ins 21. Jahrhundert, Nomos, 2000.

Broch, H., (1931), Les somnambules, trad. P. Flachat et A. Kohn, Coll. L’Imaginaire, Gallimard,1990.

Broch, H., Création littéraire et connaissance, trad. A. Kohn, Coll. Bibliothèque des idées, Gallimard, 1966.

Canetti, E., Jeux de regards. Histoire d’une vie, 1931-1937, trad. W. Weideli, Albin Michel, 1987.

Clair, J. (dir), Vienne, 1880-1938 : l’apocalypse joyeuse, Centre Georges Pompidou, 1986.

Finscher, L., « Wiener Klassik und die Etablierung des Epochenbegriffes », in Lüttecken, L. (dir.), MGGOnline, 2016.

Genette, G., « Frontières du récit », in Communications, n°8, 1966, p.152-163.

Gruber, G. (dir), Wiener Klassik. Ein musikgeschichtlicher Begriff in Diskussion, Böhlau, 2002.

Hanisch, E., Landschaft und Identität: Versuch einer österreichischen Erfahrungsgeschichte, Böhlau, 2019.

Horak, R., Mattl, S., « Musik liegt in der Luft… Die Weltkulturhauptstadt Wien. Eine Konstruktion » in Horak, R., Maderthaner, W., Mattl, S. (dir), Stadt, Masse, Raum. Wiener Studien zur Archäologie des Popularen, Turia - Kant, 2001, p. 164-239.

Immler, N. (dir), The making of… « Genie »: Wittgenstein & Mozart: Biographien, ihre Mythen und wem sie nützen, Studienverlag, 2016.

Jameux, D., L’École de Vienne, Fayard, 2007.

Kaiser, M., Wiener Ansichten zur Kunst der Avantgarde. Geschichte, Netzwerk und Diskurs der Kunstkritik zu Beginn des 20. Jahrhunderts, New Academic Press, 2020.

Karnes, Kevin C., A Kingdom Not of This World: Wagner, the Arts, and Utopian Visions in Fin-de-Siècle Vienna, Oxford University Press, 2013.

Kaszynski, S., Scheichl, S. P. (dir), Karl Kraus, Ästhetik und Kritik: Beiträge des Kraus-Symposiums, edition text + kritik, 2013.

Koopmann, H., « Entgrenzung : Zu einem literarischen Phänomen um 1900 » in Bauer, R., Heftrich, E., Koopman, H., u. a. (dir.), Fin de siècle. Zu Literatur und Kunst der Jahrhundertwende, Vittorio Klostermann, 1977.

Kraus, K., (1909) « Sprüche und Widersprüche » in Aphorismen, Suhrkamp,1986.

Kraus, K., Dits et contredits, trad. R. Lewinter, Ivrea, 1986.

Kreissler, F., Winkler, J.-M. (dir), « Vienne 1900 : Réalité et/ou mythe », in Austriaca, n°50, 2000.
https://www.persee.fr/issue/austr_0396-4590_2000_num_50_1

Larcati, A., Stadler, F. (dir), Otto Neurath liest Stefan Zweigs Die Welt von gestern. Zwei Intellektuelle der Wiener Moderne im Exil, LIT-Verlag, 2020.

Le Rider, J., Modernité viennoise et crises de l’identité, Coll. Perspectives critiques, Presses universitaires de France, 1990.

Magris, C., « Littérature de frontière, itinéraire d'un écrivain » in Études Germaniques, 2007/1, n° 245, p.5-16.

Museum für angewandte Kunst, Symposium « Die lange Geschichte der Wiener Moderne vom 19. Jahrhundert bis in die Gegenwart » [vidéos en ligne], mise en ligne le 17 juillet 2025. https://www.youtube.com/playlist?list=PLJHI2sUAyWylfRnoRjrx1RPSI_u16PNS7

Nussbaumer, M., Musikstadt Wien: die Konstruktion eines Images, Rombach Verlag, 2007.

Rancière, J., Les voyages de l’art, La librairie du XXIe siècle, Seuil, 2023.

Scherer, S., « Triptyque dénotant : l’Opéra de Vienne, des dialogues d’architectures », in Dé-noter - Pratiques représentatives divergentes de l’architecture, ENSAM, pp. 233-255, 2025.
https://shs.hal.science/halshs-05054973/file/02_2025_De-noter_Scherer_compressed.pdf

Scherer, S., « « Un monument de l'art, lieu de leur exercice » : de la célébration politique des arts, artistes et artisans dans la conception de l’Opéra de Vienne (1869) », communication lors du colloque organisé par Yon, J.-C., Graça dos Santos, J., Histoire du spectacle vivant
XIXe-XXIe siècles, Paris, 2024. 
https://shs.hal.science/halshs-04390382v1

Schorske, Carl E., Thoraval, Y., Vigne, E., Vienne, fin de siècle : politique et culture, Seuil, 1983.

Seitz, K., Das neue Wien, Elbemuhl Papierpabriken Und Graphische Industrie, 1926.

Sprengel, P., « Wiener Moderne und Wiener Antike: von Hofmannstahl bis Ehrenstein », in Seidensticker, B., Vöhler, M. (dir.), Urgeschichten der Moderne. Die Antike im 20. Jahrhundert, Metzler, 2001.

Telesko, W., Kulturraum Österreich. Die Identität der Regionen in der bildenden Kunst des 19. Jahrhunderts, Böhlau, 2008

Toulmin, S., Janik, Allan S., Wittgenstein, Vienne et la modernité, trad. J. Bernard., Presses universitaires de France, 1978.

Uhl, H., « Gedächtnis - Konstruktion kollektiver Vergangenheit im sozialen Raum », in Lutter, C. (dir), Kulturgeschichte, Fragestellungen, Konzepte, Annäherungen, Querschnitte, n° 15, Studien Verlag, 2004.

Wumberg, G. (dir.), Die Wiener Moderne. Literatur, Kunst und Musik zwischen 1830 und 1910, Reclam, 2000.