Appel à contributions pour les Cahiers ERTA (fin de l’année 2026)
La littérature face à l’irréparable
Les littératures modernes et contemporaines se confrontent de manière récurrente à l’expérience de l’irréparable. Guerres, génocides, catastrophes écologiques, violences politiques, ruptures historiques ou existentielles semblent mettre à l’épreuve les capacités mêmes du langage et de la représentation. Dans ce contexte, l’écriture apparaît souvent comme un lieu paradoxal : elle se heurte à l’impossibilité de réparer ce qui a été détruit, tout en constituant un espace où la perte peut être nommée, transmise ou reconfigurée symboliquement.
Depuis plusieurs décennies, la réflexion critique s’est attachée à interroger les relations entre littérature et traumatisme, mémoire et témoignage, de même que les formes esthétiques par lesquelles les œuvres tentent d’approcher ce qui excède la représentation. Des études sur la littérature de la Shoah aux travaux consacrés aux écritures postcoloniales ou aux récits de catastrophe écologique, la question de l’irréparable s’est imposée comme un enjeu majeur pour la théorie et l’histoire littéraires.
Ce numéro des Cahiers ERTA se propose d’examiner la manière dont la littérature française et francophone, du XVIIIᵉ siècle à l’extrême contemporain, met en scène, pense ou formalise l’irréparable. Il s’agira d’analyser non seulement les objets représentés – catastrophes historiques, pertes individuelles ou collectives, ruptures irréversibles –, mais aussi les dispositifs formels et discursifs par lesquels les textes tentent d’en rendre compte.
Parler d’« irréparable » suppose en effet de poser plusieurs questions fondamentales : que peut encore la littérature face à ce qui ne peut être réparé ? Comment l’écriture négocie-t-elle la tension entre impossibilité de dire et nécessité de témoigner ? Quelles formes narratives, poétiques ou essayistiques se développent lorsque l’expérience représentée met en crise les cadres traditionnels du récit et de la représentation ?
Les contributions pourront s’inscrire dans différentes perspectives théoriques (études du traumatisme, memory studies, écocritique, études postcoloniales, esthétique de la catastrophe, narratologie contemporaine, etc.). Les propositions pourront notamment aborder les axes suivants :
– Poétiques de la catastrophe : guerres, génocides, violences politiques, catastrophes naturelles ou écologiques dans la littérature.
– Écriture et traumatisme : formes narratives et discursives du témoignage, du silence ou de l’indicible.
– Mémoire et irréversibilité : littérature et travail de mémoire, transmission de l’expérience historique.
– Perte et deuil : représentations littéraires de la disparition, de la rupture ou de la mélancolie.
– Littérature et écologie : imaginaires de la destruction environnementale et de l’irréversibilité écologique.
– Expérimentations formelles : fragmentation du récit, dispositifs documentaires, hybridations génériques face à l’expérience de l’irréparable.
– Perspectives comparatives ou théoriques sur les rapports entre littérature, histoire et irréversibilité.
Les articles pourront porter sur des œuvres relevant de la littérature française ou francophone, du XVIIIᵉ siècle à nos jours.
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Bibliographie indicative
Blanchot, Maurice, L’écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980.
Bonneuil, Christophe et Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène. La Terre, l’histoire et nous, Paris, Seuil, 2013.
Caruth, Cathy, Unclaimed Experience: Trauma, Narrative and History, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1996.
Citton, Yves et Jacopo Rasmi, Générations collapsonautes. Naviguer par temps d’effondrements, Paris, Seuil, 2020.
Gefen, Alexandre, Réparer le monde. La littérature française face au XXIe siècle, Paris, Corti, 2017.
Hirsch, Marianne, The Generation of Postmemory. Writing and Visual Culture After the Holocaust, New York, Columbia University Press, 2012.
LaCapra, Dominick, Writing History, Writing Trauma, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2001.
Macé, Marielle, Nos cabanes, Lagrasse, Verdier, 2019.
Robin, Régine, La mémoire saturée, Paris, Stock, 2003.
Rothberg, Michael, Multidirectional Memory: Remembering the Holocaust in the Age of Decolonization, Stanford, Stanford University Press, 2009.
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Calendrier :
- avant le 15 avril 2026 : adresser une proposition d’une longueur maximum de 500 mots, aux adresses suivantes : ertafr@ug.edu.pl ; finewi@univ.gda.pl,
- 30 avril 2026 : réponse du comité de rédaction,
- 30 juillet 2026 : remise des articles respectant la feuille de style ; le texte ne se conformant pas aux consignes éditoriales ne sera pas admis,
- 30 octobre 2026 : décision du comité de lecture
- Fin de l’année 2026 : publication de numéro (version électronique)
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Indépendamment de ses numéros thématiques, la revue accepte des articles divers dans ses rubriques « Varia » et « Comptes rendus ».
Site internet : https://czasopisma.bg.ug.edu.pl/index.php/ce/index