Lieu et date : Tours, 25 novembre 2026.
Thème : Décrire le monde par les cinq sens au Moyen Âge et à la Renaissance
Cet atelier de Médiévales, préparatoire à la publication prochaine d’un dossier dans la revue, propose d’examiner le rôle des cinq sens dans les récits de voyages médiévaux et renaissants, tant du point de vue de l’expérience des voyageurs que de la façon dont ils la retranscrivent pour la partager avec leurs lecteurs.
Argumentaire :
Depuis une vingtaine d’années, les études sur les cinq sens au Moyen Âge se sont multipliées, notamment dans les domaines de la littérature, de la liturgie et de l’histoire de l’art[1]. Souvent mises en relation avec la philosophie naturelle ou la religion chrétienne, peu de ces études s’intéressent aux cinq sens et aux perceptions d’individus placés dans un environnement qui leur est a priori étranger. Comment les auteurs de récits de voyage sollicitent-ils leurs sens pour rendre compte de leur(s) expérience(s) ?
Beaucoup a certes été écrit sur l’importance de la vue dans l’acquisition de connaissances faite par les voyageurs au Moyen Âge et dans la première modernité, en particulier dans le sillage de l’étude d’Andrea Frisch, The Invention of Eyewitness[2], qui reprend des travaux menés antérieurement[3], et dans une moindre mesure de l’ouïe, souvent examinée en corollaire du premier sens. Selon la physiologie aristotélicienne, la connaissance du monde est conçue comme médiatisée par nos perceptions. Or la vue et l’ouïe sont considérées comme les sens « supérieurs » et jouent en conséquence un rôle central, tandis que les sens considérés comme « inférieurs » (odorat, toucher et goût) jouent un rôle secondaire. Ils ont par conséquent moins retenu l’attention des chercheurs, et n’ont jamais fait l’objet de relevé ou d’analyse systématique.
Nous souhaitons à l’occasion de cette rencontre à la fois les mettre à l’honneur et orienter notre questionnement sous un angle nouveau, celui de l’univers sensoriel. Quelles sont les odeurs, les parfums, les saveurs que les voyageurs décrivent dans leurs récits ? Comment arrivent-ils à transmettre à leur lectorat le goût et la texture de la mangue ou l’odeur du musc, par exemple ?
Dans ce cadre, les deux autres sens (vue et ouïe) ne doivent cependant pas être exclus, à condition d’être analysés comme outil de perception et d’appréhension sensible du monde. Ainsi, l’ouïe est fréquemment étudiée en tant que ouï-dire pour la collecte d’informations de la part des voyageurs, mais rarement dans sa dimension sensorielle en lien avec les sons entendus (musiques, chants, oiseaux, cris, etc.). Quels paysages sonores les voyageurs nous transmettent-ils[4] ?
Les cinq sens participent pleinement de l’expérience religieuse du monde (on peut penser par exemple aux odeurs d’encens, aux chants liturgiques et sacrés, aux reliques touchées). Pour les pèlerins, le voyage est aussi une expérience sensible et religieuse peu commune qu’ils cherchent à faire partager aux lecteurs. Comment le fait de transcrire les sensations perçues lors d’un pèlerinage peut-il participer au partage de l’expérience spirituelle du pèlerin ?
Une place sera aussi accordée aux émotions qui découlent de la perception sensorielle du monde, qu’il s’agisse d’émotions positives (surprise, joie, plaisir) ou négatives (dégoût, répulsion, peur). La façon dont les sens participent à l’apparition de ces émotions, les provoquent, joue également un rôle dans la mémoire mobilisée par le voyageur après son retour pour retracer ses pérégrinations.
La question de la perception par les cinq sens se double de celle de l’expression de cette perception. Quels outils les voyageurs utilisent-ils pour transcrire leurs perceptions à leurs lecteurs ? Comment parviennent-ils à transmettre ce qui relève des sensations personnelles ? On s’interrogera aussi sur la façon dont les images (enluminures, simples dessins, gravures) accompagnant les textes dans les manuscrits ou les premiers imprimés cherchent à rendre cette perception sensible du monde.
La publication des communications de cet Atelier de Médiévales est prévue dans un numéro de la revue Médiévales.
Modalités de participation :
Les propositions de communications (un résumé d’environ 500 mots accompagné d’une brève présentation bio-bibliographique) sont à envoyer avant le 31 mai 2026.
Les frais de transports et une partie des frais de séjour (une nuit d’hôtel et le repas du midi) seront pris en charge.
Contacts : nathalie.bouloux@univ-tours.fr ; christine.gadrat-ouerfelli@cnrs.fr
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[1] Voir la synthèse historiographique présentée par Éric Palazzo, « Les cinq sens au Moyen Âge : état de la question et perspectives de recherches », Cahiers de civilisation médiévale, 220 (2012), p. 339-366 ; et le numéro de la revue Micrologus consacré aux Cinque sensi (10, 2002). Pour la fin de la période, voir Jean-Marie Fritz et Olga Anna Duhl (dir.), Les cinq sens entre Moyen Âge et Renaissance : enjeux épistémologiques et esthétiques, Dijon, 2016.
[2] Andrea Frisch, The Invention of Eyewitness. Witnessing and Testimony in Early Modern France, The University of North Carolina Press, 2017.
[3] Voir par exemple Michèle Guéret-Laferté, Sur les routes de l’empire mongol. Ordre et rhétorique des relations de voyage aux XIIIe et XIVe siècles, Paris, 1997, en particulier p. 171-178.
[4] Pour reprendre le titre de Jean-Marie Fritz, Paysages sonores du Moyen Âge. Le versant épistémologique, Paris, 2000 ; voir aussi Laurent Hablot et Laurent Vissière (dir.), Les paysages sonores du Moyen Âge à la Renaissance, Rennes, 2016.