Appel à contribution (Transcr(é)ation, volume 9)
Transcr(é)ation est une revue spécialisée consacrée à la transmédialité et aux dialogues texte – film, sans hiérarchisation de l’un sur l’autre. Nous accueillons des travaux théoriques ou analytiques ainsi que des dossiers thématiques sur les questions de l’intermédialité, du dialogue entre les médiums, ou toute autre ouverture encore peu ou prou investiguée.
Langues de rédaction : anglais ou français
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« De natures fictionnelles en fictions naturelles » (hiver 2027)
Sous la direction de Ronan Charles
Pour notre 9e numéro, consacré au rapport à la nature depuis l’intermédialité texte-image, nous acceptons toute réflexion sur la proportion fictionnelle que présente inévitablement l’approche documentaire de la nature. Cet axe problématique inclut les (re)mises en question de l’authenticité, du caractère informatif ou didactique de documents portant sur la référence réelle et sensible que la nature constitue. Symétriquement, l’appel envisage les recherches sur le caractère traditionnel, originel, « naturel » de la fiction[1] et de son recours à l’image comme au texte. Cette piste peut correspondre à une analyse des procédés diégétiques corrélant la propension humaine à imaginer avec ce qui s’avère « indépendant de la volonté ou de l’action humaines[2] ». Seront les bienvenues les réflexions interrogeant la dé-spécification des mediums mais aussi l’intangibilité des médialités (qui demeure la condition fondamentale des intermédialités), toujours depuis l’angle de la fiction et/ou de la nature. Les propositions peuvent entre autres analyser les différentes « natures » d’intermédialités pouvant alors faire office d’« épreuve[3] » selon Bernard Guelton, ou d’« écart » selon Jacques Rancière pour qui « le cinéma prend à la littérature ses fictions en effaçant ses images et sa philosophie[4] ». Enfin, des approches sémantiques peuvent éclairer sur la raison qui amène le latin impérial fictio, « action de façonner, création » à devenir, en latin médiéval, « tromperie[5] », ainsi que sur sa mise en rapport historique avec le latin dérivé de nasci, « naître » (ibid.).
L’appel s’adresse à tout panorama textuel et/ou iconique du rapport des genres de l’imaginaire[6] à la nature, mais aussi à toute réflexion sur les différences de mise en œuvre du « surnaturel » entre la création littéraire et l’image, sachant que l’accès à ce « qui est au-dessus des possibilités de la nature, qui échappe à ses lois[7] » est fictif. En citant Fustel de Coulanges depuis son célèbre ouvrage Vie et mort de l’image, Régis Debray nous transmet une hypothèse précieuse pour toute analyse historique, anthropologique et/ou philosophique : « C’est peut-être à la vue de la mort que l’homme a eu pour la première fois l’idée du surnaturel et qu’il a voulu espérer au-delà de ce qu’il voyait[8]. » La « construction de l’imagination[9] » et particulièrement du surnaturel serait-elle née du plus naturel des mystères (la mort) ? Seront donc appréciées les analyses de rapports à la nature divers s’inscrivant dans le merveilleux, le fantastique ou la science-fiction. Il peut s’agir, par exemple, de comparaisons d’œuvres de John Ronald R. Tolkien (Le Seigneur des anneaux, 1954) avec celle de Peter Jakson (Le Seigneur des anneaux, 2001-2004) ou encore de mise en corrélation de l’excès romantique de Mary Shelly (Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1821) avec l’univers du film Avatar (2009) de James Cameron, en passant par la nature quasi-inexistante du roman Blade Runner (1968) de Philip Kindred Dick. Sont envisagés les articles abordant les fonctions historiques et souvent disparues des récits imaginaires[10] comme les légendes – dont un des objectifs, durant les siècles précédant les progrès techniques de la météorologie, était de prévenir les catastrophes naturelles susceptibles de se reproduire.
Ce numéro cherche à attirer les réflexions sur un thème récurrent en philosophie de l’art et qui s’avère, de nos jours, bouleversé par les préoccupations écologiques de l’anthropocène : celui de l’art et de la nature. En considérant l’« écologie des images[11] » présentée par Vivien Philizot, Sophie Suma et Benjamin Thomas ou l’« éconologie[12] » introduite par Jean-Michel Durafour, quel impact concret présenterait une écologie fictionnelle ou une écologie diégétique ? De surcroît, si l’axe antipodique divise, entre autres, des points de vue d’anthropologues[13] et de philosophes[14], l’écologie et la philosophie rencontrent, depuis l’ouverture du cadre fictionnel de notre thème, la politique, l’éthique, la théorie du contrat social. Il apparaît donc aussi pertinent qu’incongru de s’interroger sur les possibilités de représenter, par exemple, l’« état de nature » (mode de vie humain antérieur à son organisation en sociétés ou en civilisations) élaboré par Jean-Jacques Rousseau[15] et introduit par Thomas Hobbes[16], d’autant que cette notion n’a jamais été issue d’un modèle réel. Les interprétations cinématographiques de François Truffaut (L’Enfant sauvage, 1970), de Hugh Hudson (Greystoke, la légende de Tarzan, 1984), et, bien sûr, du célèbre roman d’Edgar Rice Burroughs (Tarzan of the Apes, 1912) peuvent par exemple donner lieu à des analogies pertinentes et s’inscrivant dans l’intermédialité ou la transmédialité. Par ailleurs, le néologisme « symbiocène[17] », inventé par l’auteur écologiste Glenn Albrecht, en conceptualisant un idéal, propose fictivement une certaine organisation de la cité et correspond alors à ce qui définit la politique. Or, quelles perspectives d’évolution laisserait apparaître une représentation fictionnelle détaillée d’un tel concept, soit d’un monde où « l’empreinte des humains sur la Terre sera réduite au minimum » (Ibid.), où « toutes les activités humaines seront intégrées dans les systèmes vitaux et ne laisseront pas de trace » (Ibid.) ?
Parmi les pistes de réflexion possibles, nous proposons les suivantes :
- Nature et fiction
- Nature et art
- Nature et surnature
- Nature et documentaire
- Nature et intermédialité
- Fiction et art
- Fiction et surnature
- Fiction et documentaire
- Fiction et intermédialité
Nous acceptons également des entretiens d’artistes, de réalisateur·trice·s ou de penseur·euse·s en lien avec le sujet.
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Échéancier
- Date limite pour l’envoi des propositions (titre, résumé de 250-300 mots, adresse email, affiliation et notice bio-bibliographique de 150 mots) : le 15 juillet 2026 à l’adresse ronan-charles@live.fr (Réponses avant fin juillet)
- Soumission des articles (6 000 – 8 000 mots) suivant le protocole de la revue : le 1er novembre 2026 (Retour des évaluations jusqu’à fin décembre)
- Publication du numéro envisagée pour mars 2027
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Call for papers (Transcr(é)ation, volume 9)
Directed by Ronan Charles
Presentation
Transcr(é)ation is a specialty journal dedicated to intermediality and the dialogues between texts and films, without prioritizing either. We welcome any theoretical or analytical works, interviews, and thematic dossiers on the questions of intermediality, transposition between media, dialogue between and through the arts, or any other foray into related subjects.
Languages: English or French
“Fictional Natures and Natural Fictions” Winter 2027)
For our 9th issue, dedicated to the relationship with nature through the lens of text-image intermediality, we welcome any reflection on the fictional dimension inevitably present in the documentary approach to nature. This problematic area includes (re)questioning the authenticity, informativeness, or didactic nature of documents dealing with the real and sensory reference that nature constitutes. Conversely, the call for papers considers research on the traditional, original, “natural” character of fiction[18] and its use of both image and text. This avenue may correspond to an analysis of diegetic processes correlating the human propensity to imagine with what proves to be “independent of human will or action[19].” Reflections examining the de-specification of media, as well as the intangibility of medialities (which remains the fundamental condition of intermediality), are welcome, always from the perspective of fiction and/or nature. The proposals can, among other things, analyze the different “natures” of intermediality, which can then serve as a “test[20]” according to Bernard Guelton, or as a “gap” according to Jacques Rancière, for whom “cinema takes from literature its fictions by erasing its images and its philosophy[21].” Finally, semantic approaches can shed light on the reason why the imperial Latin fictio, "the act of shaping, creation[22]” became, in medieval Latin, “deception” as well as on its historical relationship with the Latin derived from nasci, “to be born” (ibid.).
The call for submissions is open to any textual and/or iconic overview of the relationship between genres of the imagination and nature, but also to any reflection on the differences in the implementation of the “supernatural[23]” between literary creation and images, bearing in mind that access to that “which is above the possibilities of nature, which escapes its laws” is fictitious. Quoting Fustel de Coulanges from his famous work Life and Death of the Image, Régis Debray offers us a valuable hypothesis for any historical, philosophical and/or anthropological analysis: “It is perhaps in the face of death that humankind first conceived of the supernatural and wished to hope beyond what it saw[24].” Could the “construction of the imagination[25]” – and particularly of the supernatural –, have arisen from the most natural of mysteries (death)? Therefore, analyses of diverse relationships with nature within the realms of the marvelous, the fantastic, or science fiction genres will be particularly welcome. This might involve, for example, comparisons between the works of John Ronald R. Tolkien (The Lord of the Rings, 1954) and Peter Jackson (The Lord of the Rings, 2001-2004), or correlating the romantic excesses of Mary Shelley (Frankenstein or The Modern Prometheus, 1821) with the world of James Cameron’s film Avatar (2009), or even examining the almost nonexistent nature of Philip K. Dick’s novel Blade Runner (1968). Articles addressing the historical and often lost functions of imaginary narratives such as legends are also considered—one of whose objectives[26], in the centuries preceding the technological advancements of meteorology, was to predict the recurrence of natural disasters.
This issue seeks to encourage reflection on a recurring theme in the philosophy of art, one that is proving to be profoundly disrupted by the ecological concerns of the Anthropocene: the relationship between art and nature. Considering the “ecology of images[27]” presented by Vivien Philizot, Sophie Suma, and Benjamin Thomas, or the “econology[28]” introduced by Jean-Michel Durafour, what concrete impact would a fictional or diegetic ecology have? Furthermore, while this opposing axis divides, among others, the viewpoints of anthropologists[29] and philosophers[30], ecology and philosophy, since the opening of our theme’s fictional framework, have intersected with politics, ethics, and social contract theory. It therefore seems both pertinent and incongruous to question the possibilities of representing, for example, the “state of nature” (the human way of life prior to its organization into societies or civilizations) as developed by Jean-Jacques Rousseau[31] and introduced by Thomas Hobbes[32], especially since this notion was never derived from a real-world model. The cinematic interpretations of François Truffaut (The Wild Child, 1970), Hugh Hudson (Greystoke: The Legend of Tarzan, 1984), and, of course, Edgar Rice Burroughs’ famous novel (Tarzan of the Apes, 1912) can, for instance, give rise to relevant analogies that fall within the realm of intermediality or transmediality. Furthermore, the neologism “symbiocene[33]” coined by the environmentalist author Glenn Albrecht, by conceptualizing an ideal, fictitiously proposes a certain organization of the city and thus corresponds to what defines politics. But what prospects for evolution would a detailed fictional representation of such a concept reveal, namely a world where “the footprint of humans on Earth will be reduced to a minimum,” where “all human activities will be integrated into vital systems and will leave no trace”?
Please find below a proposed blueprint for reflection:
- Nature and fiction
- Nature and art
- Nature and the supernatural
- Nature and documentary
- Nature and intermediality
- Fiction and art
- Fiction and the supernatural
- Fiction and documentary
- Fiction and intermediality
We also accept interviews connected with the subject.
Timeline
- Deadline for submitting your proposal (including title, 250-300 word summary, email address, affiliation and author’s bio-bibliography (approx. 150 words)): July 15th, 2026, to: ronan-charles@live.fr (All submissions will be evaluated and you will receive an answer before the end of July)
- Deadline for submitting accepted articles (6,000 – 8,000 words) following the journal’s guidelines: November 1st, 2026 (peer-reviewing process could last until the end of December)
- Publication of the volume planned for March 2027
Works cited / Bibliographie
Albrecht, Glenn, Les Émotions de la terre, Paris : Les liens qui libèrent, 2020.
Besson, Anne, Les Littératures de l’imaginaire, Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Blaise Pascal, 2022.
Debray Régis, Vie et mort de l’image, Paris : Gallimard, 1992.
Descola, Philippe, Par delà nature et culture, Paris : Gallimard, 2005.
Dupouey, Patrick, La Nature, Paris : Que sais-je ? (PUF), 2023.
Durafour, Jean-Michel, Qu’est-ce que l’éconologie ?, Dijon : Les Presses du réel, 2025.
Guelton, Bernard, Images et récits - La Fiction à l'épreuve de l'intermédialité, Paris : L’Harmattan, 2013.
Hobbes, Thomas, « De la condition du genre humain à l'état de nature, concernant sa félicité et sa misère », Léviathan ou Matière, forme et puissance de l’état chrétien ou civil (1651), Paris, Gallimard, 2000, pp. 220-228.
Menoud, Paul, Qu'est-ce que la fiction ?, Paris : Vrin, 2006.
Philizot, Vivien ; Suma, Sophie ; Thomas, Benjamin, Écologie des images, Lyon : Éditions 205, 2025.
Rancière, Jacques, Les Écarts du cinéma, Paris : La Fabrique, 2011.
Rousseau, Jean-Jacques, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), Paris : Flammarion, 2011.
Sébillot, Paul, Croyances, mythes et légendes des pays de France (1906), Paris : Omnibus, 2018.
[1] Menoud, Paul, Qu'est-ce que la fiction ?, Paris : Vrin, 2006.
[2] Académie française, « Nature », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9N0131#:~:text=Ce%20qui%20constitue%20en%20propre,Nature%20divine%2C%20ang%C3%A9lique%2C%20humaine (Page consultée le 02/04/26).
[3] Guelton, Bernard, Images et récits - La Fiction à l'épreuve de l'intermédialité, Paris : L’Harmattan, 2013.
[4] Rancière, Jacques, Les Écarts du cinéma, Paris : La Fabrique, 2011.
[5] Académie française, « Fiction », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9F0680 (Page consultée le 02/04/26).
[6] Besson, Anne, Les Littératures de l’imaginaire, Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Blaise Pascal, 2022.
[7] Académie française, « Surnaturel, surnaturelle », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9S3671#:~:text=SURNATUREL%2C%20SURNATURELLE&text=Qui%20est%20au%2Ddessus%20des,Un%20ph%C3%A9nom%C3%A8ne%20surnaturel (Page consultée le 02/04/26).
[8] Debray Régis, Vie et mort de l’image, Paris : Gallimard, 1992, p. 36.
[9] Académie française, « Fiction », op. cit.
[10] Sébillot, Paul, Croyances, mythes et légendes des pays de France (1906), Paris : Omnibus, 2018.
[11] Philizot, Vivien ; Suma, Sophie ; Thomas, Benjamin, Écologie des images, Lyon : Éditions 205, 2025.
[12] Durafour, Jean-Michel, Qu’est-ce que l’éconologie ?, Dijon : Les Presses du réel, 2025.
[13] Descola, Philippe, Par delà nature et culture, Paris : Gallimard, 2005.
[14] Dupouey, Patrick, La Nature, Paris : Que sais-je ? (PUF), 2023.
[15] Rousseau, Jean-Jacques, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), Paris : Flammarion, 2011.
[16] Hobbes, Thomas, Léviathan (1651), Paris : Flammarion, 2017.
[17] Albrecht, Glenn, Les Émotions de la terre, Paris : Les liens qui libèrent, 2020, p. 331.
[18] Menoud, Paul, Qu'est-ce que la fiction ?, Paris : Vrin, 2006.
[19] Académie française, « Nature », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9N0131#:~:text=Ce%20qui%20constitue%20en%20propre,Nature%20divine%2C%20ang%C3%A9lique%2C%20humaine (Page viewed on 02/04/26).
[20] Guelton, Bernard, Images et récits - La Fiction à l'épreuve de l'intermédialité, Paris : L’Harmattan, 2013.
[21] Rancière, Jacques, Les Écarts du cinéma, Paris : La Fabrique, 2011.
[22] Académie française, « Fiction », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9F0680 (Page viewed on 02/04/26).
[23] Académie française, « Surnaturel, surnaturelle », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9S3671#:~:text=SURNATUREL%2C%20SURNATURELLE&text=Qui%20est%20au%2Ddessus%20des,Un%20ph%C3%A9nom%C3%A8ne%20surnaturel (Page viewed on 02/04/26).
[24] Debray Régis, Vie et mort de l’image, Paris : Gallimard, 1992, p.36.
[25] Académie française, « Fiction », op. cit.
[26] Sébillot, Paul, Croyances, mythes et légendes des pays de France (1906), Paris : Omnibus, 2018.
[27] Philizot, Vivien ; Suma, Sophie ; Thomas, Benjamin, Écologie des images, Lyon : Éditions 205, 2025.
[28] Durafour, Jean-Michel, Qu’est-ce que l’éconologie ?, Dijon : Les Presses du réel, 2025.
[29] Descola, Philippe, Par delà nature et culture, Paris : Gallimard, 2005.
[30] Dupouey, Patrick, Nature, Paris : Que sais-je ? (PUF), 2023.
[31] Rousseau, Jean-Jacques, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), Paris : Flammarion, 2011.
[32] Hobbes, Thomas, Léviathan (1651), Paris : Flammarion, 2017.
[33] Albrecht, Glenn, Les Émotions de la terre, Paris : Les liens qui libèrent, 2020, p. 331.