« S’approcher de l’autre, pour deux sujets différents, ne signifie pas habiter dans le voisinage l’un de l’autre. à peine sont-ils alors habités des mêmes choses, sans nécessairement les vivre de manière identique. S’approcher nécessite plutôt de prendre conscience de la diversité des mondes et de créer des chemins qui, dans le respect de cette diversité, permettent de dialoguer. Être juxtaposés ne suffit pas pour être proches. Cette proximité locale, culturelle, nationale peut même empêcher l’approche par l’oubli du fait que cheminer vers l’autre n’est jamais acquis, demande un continuel effort et non un s’arrêter dans le même. »
C’est la recherche d’une évolution plus juste et heureuse pour l’humanité qui inspire la vie et l’oeuvre de Luce Irigaray. Seul le respect d’autrui et la reconnaissance des différences irréductibles entre individus peuvent permettre à la subjectivité humaine de correspondre aux exigences de la mondialisation. De nouvelles perspectives sur l’intersubjectivité sont proposées dans cet ouvrage, élégant et accessible. Une tentative radicale de repenser et refonder la philosophie occidentale en remettant la relation à autrui au centre de l’expérience humaine et le corps comme source de vie et de culture au centre du cosmos. Une nouvelle voie s’ouvrirait alors pour le/la philosophe et tout chacun·e, loin des constructions uniquement conceptuelles, apanage des cercles intellectuels et académiques. À l’opposé des dérives scientistes et technocratiques du savoir, la philosophie serait alors « sagesse de l’amour » et non pas « amour de la sagesse ».
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Luce Irigaray (1930), née en Belgique, où elle a fait des études universitaires et enseigné, vient en France en 1959 pour réaliser une formation psychanalytique dans l’école freudienne de Paris. Elle prendra ensuite la nationalité française. En 1974, elle soutient Speculum. De l’autre femme comme doctorat d’État à l’université de Vincennes. Ce livre, édité aux éditions de Minuit, changera sa vie. Exclue de l’université et de l’école psychanalytique dirigée par Jacques Lacan, elle continue ses recherches dans le cadre du CNRS. Son œuvre s’exprime de manière tantôt plus philosophique (Speculum, Amante Marine, L’Oubli de l’air), tantôt plus scientifique (Parler n’est jamais neutre), tantôt plus politique (Democracy Begins Between two) ou même poétique (Passions élémentaires, Prières Quotidiennes). Sa pensée engagée a largement influencé le féminisme international contemporain.