Après des siècles d’indifférence des penseurs chrétiens face à la beauté du Monde matériel, Pierre Teilhard de Chardin et Claude Tresmontant, dans le sillage de Bergson, ont retrouvé le sens du Cosmos, l’amour du monde physique ; ils ont vu, les premiers, et seuls contre les plus importants philosophes de leur temps, que l’Univers est en cosmogénèse, qu’il est inachevé, orienté et tendu vers une montée irrépressible du psychisme.
Ces deux hommes, pourtant, ne sont pas semblables : Teilhard n’est ni métaphysicien ni théologien ; c’est un naturaliste, un homme de science ; Tresmontant, bien que fortement armé en sciences, est philosophe et théologien. Teilhard ne croit pas en l’idée de Création et ne s’intéresse guère à la pensée biblique, quand Tresmontant, hébraïste hors pair, saisit dans la Bible une véritable pensée germinale. Enfin les deux hommes s’opposent sur la question du mal…
Dans le dialogue exceptionnel que forment ces douze lettres, on verra que le jeune Tresmontant (né en 1925) finit par inverser les rôles de maître à élève et aide Teilhard (né quarante-cinq ans avant lui) à reformuler radicalement son prétendu « panthéisme ». Les deux hommes dépassent ainsi leurs divergences dans un commun amour du Christ. Le « Christ hébreu » de Tresmontant et le « Christ cosmique » de Teilhard ne font qu’un ; c’est l’homme véritable uni au Dieu véritable, l’homme achevé qui, selon Jean Duns Scot, est le premier voulu et pensé par Dieu dès l’origine.
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MERCÈ PRATS, docteur en Histoire contemporaine, est chercheur associée au LEM (Laboratoire d’Études sur le monothéisme). Spécialiste de Teilhard de Chardin, elle a récemment publié la biographie du savant jésuite (Salvator, 2023) et travaille également sur ce qu’elle appelle le « teilhardisme ».
EMMANUEL TRESMONTANT a étudié la philosophie à la Sorbonne, avant de partir explorer la chair sensible du monde en tant que journaliste gastronomique. Il est aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre de son père, dont il s’attache à diffuser la pensée.