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Les Presses universitaires de Rouen et du Havre, 60 ans d'innovation

Les Presses universitaires de Rouen et du Havre, 60 ans d'innovation

Publié le par Marc Escola (Source : Tony Gheeraert)

À l’occasion de leurs soixante ans, les Presses universitaires de Rouen et du Havre, en collaboration avec la Chaire d'Excellence en Édition Numérique (CEREdI), organisent les 5 et 6 novembre 2026 deux jours de rencontrent. Nous invitons dès à présent les chercheur.euse.s interessé.e.s à relire cette histoire éditoriale, représentative de celle de tout un milieu, celui de l'édition scientifique en France et à l'étranger. 

Du "plomb" au "code", pour reprendre le titre d'une collection récemment créée, en passant par l’offset; de la PAO à la publication nativement numérique; des premiers catalogues imprimés aux plateformes interopérables, la trajectoire des PURH épouse les métamorphoses de la communication savante et rappelle une évidence : publier n’est pas seulement "mettre en ligne" ou "imprimer", c’est valider des savoirs, les mettre en forme, fournir des preuves, rendre des faits lisibles, archiver une mémoire, et travailler à la diffusion la plus large d'une science sûre. Revenir sur "60 ans d’innovation" ne vise donc pas à dresser un inventaire muséal de techniques, mais à comprendre ce que chaque moment-clef de cette évolution a fait aux métiers, à la relation avec les auteur·rices, aux liens aves les distributeurs et diffuseurs, mais aussi aux modalités et aux temporalités de l’évaluation, à l'organisation des collections, à l'objet-livre. L’édition structurée (TEI et métadonnées riches) et l’ouverture des formats ont déplacé la frontière entre fabrication et diffusion : un ouvrage n’est plus seulement une fin, c’est un nœud de données et de liens, un moment dans un circuit de conception, d'élaboration et de valorisation des savoirs, au service d'un public différent de celui d'autrefois, et difficile à connaître précisément.

Au cœur de la chaîne, les éditrices et les éditeurs (correcteurs, metteurs en page, maquettistes...) sont des "petites mains" (selon le mot de Margot Mellet) dont le travail est essentiel. Elles opèrent des choix épistémologiques qui orientent la lecture et la preuve : une police ou un interlettre qui hiérarchise les voix, un papier qui affecte la restitution des images et le rythme de la page, une structuration XML/TEI qui décide de ce qu'est un titre, une note, une entité nommée, autant de décisions qui fabriquent du sens autant qu’elles fabriquent des livres. Comme le souligne Marcello Vitali-Rosati, l’édition n’est pas un après-coup de la recherche : c’est un lieu où se construisent la lisibilité, la citabilité et la mémoire des savoirs.

Ces métiers ont déjà beaucoup muté et continuent d’évoluer. De la correction "à la main" aux métadonnées interopérables (ORCID, DOI, ONIX...), les professionnel·les conjuguent désormais culture textuelle, compétences de données et éthique de la production. Leur rôle s’étend à la conception des workflows (XML), à la gouvernance des identifiants, au contrôle qualité des fichiers produits (EPUB). Demain, ils.elles auront à piloter des assistants IA. Reconnaître cette centralité (statutairement, financièrement et symboliquement) n’est pas offrir un supplément d’âme : c’est la condition pour que l’ouverture, l’internationalisation et l’automatisation restent au service de la rigueur savante et de la responsabilité éditoriale.

Mot d'ordre résolument affirmé, la Science ouverte n’est pourtant ni un slogan ni un simple canal de diffusion au sein de ce paysage : c’est un réagencement du contrat scientifique. Elle interroge la manière dont on finance, évalue, cite et archive la recherche, mais aussi la façon dont on inclut des voix et des publics trop longtemps marginalisés. Les PURH ont choisi d’accompagner ce mouvement à travers une politique d’accès ouvert volontariste, et ont décidé de modifications statutaires destinées précisément à accroître la transparence des processus éditoriaux. Au-delà du libre-accès aux ouvrages, aujourd'hui acquis, c'est déjà à la prochaine étape qu'il faut songer: l'APIfication des données éditoriales.

Ces nouveaux défis, les PURH ne les affrontent pas en solitaires. L’intégration récente des PURH dans un écosystème international, à travers en particulier son partenariat avec la Chaire d’excellence en Édition numérique, engage des coopérations nouvelles et des défis nouveaux : copublications, circulation multilingue des contenus, alignement sur des standards interopérables, réflexions partagées avec les bibliothèques, les plateformes, les laboratoires, et les réseaux nationaux (Alliance des éditeurs publics, MEDICI, Fonds national pour la Science ouverte, etc.). La participation à ces réseaux ne dissout pas l’identité d’une maison: elle lui donne un socle pour faire face aux enjeux d'aujourd'hui et de demain.

Parmi les mutations en cours, et alors que les principes d'une marche vers la Science ouverte semblaient largement acquis au sein de la communauté, l'avènement de l'ère de l'IA ajoute un plan de complexité supplémentaire. D’un côté, l'IA offre des promesses concrètes, comme l'automatisation d'une partie des tâches de correction et de mise en page, qui bouleverseront le travail à l'intérieur des services. De l'autre, l'IA présente des risques structurants, en particulier la captation opaque des corpus par des officines privées étrangères, peu soucieuse de citer précisément leurs sources et dont les outils sont volontiers victimes "d'hallucinations" inquiétantes. Les presses se trouvent désormais prises entre leur mission d’ouverture, et la nécessité de protéger la valeur d’usage de contenus coûteux à produire, et soumis à des utilisations en contradiction totale avec les principes du service public qui leur sont chers. L'urgence, aujourd'hui, c'est de définir les principes d'une souveraineté documentaire, qui passera par la mise en place de  politiques claires de réutilisation computationnelle.

Reste la question, décisive et parfois négligée, de la matérialité. Quel avenir pour le papier à l’heure de la sobriété énergétique ? Pour avoir un futur, la conception du livre papier doit changer: utilisation de papiers certifiés, privilège accordé aux tirages courts et à l'impression à la demande, ainsi qu'aux circuits locaux d’acheminement, tout en jouant le jeu d'une transparence de l'empreinte carbone. Mais l'informatique "dans le nuage" n'est pas neutre non plus en termes écologiques: l'écoconception des sites et fichiers, la limitation des redondances, l'archivage pérenne, le choix de solutions statiques sont autant de pistes pour une édition numérique responsable, dans lesquelles les Presses de Rouen et du Havre se sont d'ores et déjà résolument engagées, à travers par exemple l'adoption de la chaîne éditoriale "Le Pressoir".

L’anniversaire des PURH sera moins l'occasion d'un regard en arrière que d'un coup d'oeil prospectif. A l'heure de l'auto-édition, il ne s'agit plus de produire des livres, mais de rendre possible la lecture savante, lente, vérifiable, transmissible -- une slow science qui a depuis toujours déterminé leur activité.

Nous invitons les collègues intéréssés à soumettre des propositions de communication pour ces Rencontres, qui se tiendront les 5 et 6 novembre 2026. Ces propositions pourront porter, sans que cette liste soit fermée, sur les thèmes suivants :

  • Histoire des presses et des maisons d'éditions (non limitée à la France, et, si possible, dans une perspective comparative)
  • Histoire de l'édition, du papier au numérique
  • Évolution des métiers de l'édition (avec un intérêt tout particulier pour le rôle des petites mains)
  • Éditions structurées, nouveaux formats et nouvelles chaîne d'éditions
  • IA et LLMs face à l'édition
  • Nouvelles matérialités des éditions 

Les propositions devront comprendre un titre, un résumé de 300 mots environ, et un court CV.

La langue peut-être l'anglais ou le français.

Nous fixons la date limite de soumission au 1er avril 2026, et vous prions d'adresser les documents PDF aux adresses suivantes : 

ceen.team@listes.univ-rouen.fr ; edgar.lejeune@univ-rouen.fr

  • Responsable :
    Tony Gheeraert
  • Url de référence :
    http://purh.univ-rouen.fr/
  • Adresse :
    Université de Rouen Normandie, Maison de l’université (salle de conférences), place Emile Blondel, 76130 Mont-Saint-Aignan