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Auctorialités augmentées en régime numérique (Cergy & Paris)

Auctorialités augmentées en régime numérique (Cergy & Paris)

Publié le par Alexandre Gefen (Source : Alexandre Gefen )

Auctorialités augmentées en régime numérique

Colloque international

2 juin 9h30-17h, Cergy

Cergy Paris université (auditorium de la maison de la recherche Annie Ernaux)

et 3 juin 9h30-14h, Paris

Sorbonne (salle F007)

Colloque organisé par Alexandre Gefen et Anne-Marie Petitjean

Tout en prolongeant des pratiques d’écriture générative dont l’histoire excède largement l’ère numérique, les intelligences artificielles génératives — et en particulier les grands modèles de langage (LLM) — ont profondément reconfiguré les formes contemporaines de l’auctorialité. Par la création par prompt, l’assistance rédactionnelle, la réécriture automatisée ou la co-création mise en scène, émergent aujourd’hui des formes d’auctorialité déléguée, augmentée ou méta-auctoriale, dont les usages sont à la fois massifs, hétérogènes et encore largement sous-documentés.

Ces pratiques s’inscrivent dans une histoire longue des rêves de création sans créateur, d’écriture automatique ou combinatoire, et réactivent de manière saisissante des débats théoriques anciens sur la disparition ou la dissémination de l’auteur. De la « disparition élocutoire du poète » rêvée par Mallarmé aux explorations oulipiennes de la contrainte, des poétiques cybernétiques des années 1950–1980 à la littérature numérique (Lutz, Balpe, Alamo), l’IA générative apparaît moins comme une rupture absolue que comme l’aboutissement d’une longue assimilation de la littérature à une technologie de manipulation de l’information, nourrie par la cybernétique, la théorie de l’information et le structuralisme.

Cependant, la brutalité de son déploiement, la puissance statistique de ses modèles et leur intégration dans les industries culturelles obligent à repenser en profondeur la “fonction auteur” dans un contexte où le texte est produit par des calculs probabilistes à grande échelle. L’auteur numérique, déjà déplacé par les logiques d’architexte puis de computexte, se trouve désormais confronté à des dispositifs capables de produire une infinité de textes plausibles, stylistiquement marqués mais détachés de toute intentionnalité vécue. Cette situation relance l’hypothèse d’une nouvelle « mort de l’auteur » ou, à tout le moins, de sa désincarnation.

Faut-il dès lors parler d’auctorialité augmentée, à la manière dont on désigne le livre édité « augmenté » par des ressources numériques, ou assiste-t-on plutôt à une diminution de l’autorité de l’écrivain sur le texte produit — volontaire ou subie, assumée ou dissimulée ? Les postures héritées de la littérature numérique (bricoleur du code, hacker, poète-programmeur) sont-elles encore opérantes face aux logiques stochastiques des LLM, ou assiste-t-on à un changement de régime créatif comparable à celui qu’avaient produit, en leur temps, l’industrialisation de l’image et du son ?

Les auctorialités augmentées s’inscrivent par ailleurs dans un contexte plus large de fragmentation et de collectivisation de l’auteur, déjà observable dans les écritures réticulaires des réseaux sociaux, les identités-flux et les pratiques collaboratives ou distribuées. L’intercession des IA génératives accentue le brouillage entre fiction et non-fiction, entre personne physique et entité discursive, entre intention, calcul et hasard, et interroge les notions de responsabilité, d’imputabilité et de prestige symbolique attachées à l’auteur.

Sur le plan esthétique, les IA génératives réactivent des interrogations fondamentales sur la valeur de l’art. Comme dans l’art moderne et contemporain, se dissocient désormais le projet, l’idée ou le concept, et la réalisation matérielle de l’œuvre, devenue secondaire. En littérature comme dans les arts visuels, la création peut prendre la forme d’un processus ouvert, itératif, potentiellement infini, dont la valeur dépend moins de la virtuosité de l’exécution que de l’art de la configuration, de la sélection et de la manipulation. Cette situation met à l’épreuve les catégories classiques de l’originalité, du style, de la signature et du droit d’auteur, dans un contexte où les œuvres générées par IA sont à la fois accusées de violer le droit d’auteur et exclues de sa protection juridique.

Les IA génératives obligent enfin à reconsidérer les régimes de la représentation et de la mimésis. Un modèle de langage ne perçoit ni ne ressent le monde ; il réorganise des textes issus d’un immense intertexte collectif. La création par prompt ouvre ainsi un espace critique nouveau pour analyser les écarts entre intention, résultat et interprétation, et pour interroger la résistance du texte généré à la volonté de son instigateur. L’écrivain ou l’artiste devient alors moins un créateur qu’un ingénieur du possible, confronté à l’autonomie relative de ses propres dispositifs.

Ce colloque se propose de cartographier ces auctorialités augmentées en s’attachant prioritairement au temps de la production, aux pratiques d’écriture et aux gestes créatifs, sans exclure les enjeux critiques, pédagogiques, juridiques et économiques qui leur sont indissociables.

Bibliographie indicative

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Méadel, C.  et Sonnac, N.  (2012). L'auteur au temps du numérique. Esprit, Mai (5), p.102-114. https://doi.org/10.3917/espri.1205.0102.

Fülöp, E. (2024a), « Écrire-avec l’intelligence artificielle, ou l’esthéthique de la sympoïèse », Nouveaux cahiers de Marge n°8 [En ligne] https://publications-prairial.fr/marge/index.php?id=956.

Fülöp, E. (2024b), « (S’)écrire réseau : une autorésographie », Revue des sciences humaines n°352 [En ligne] http://journals.openedition.org/rsh/4457 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsh.4457.

Gabaret J. (2025). L’art des IA, Paris, PUF.

Gefen, A. (2023), Créativités artificielles – La littérature et l'art à l'heure de l'intelligence artificielle, Dijon, Les presses du réel.

Gefen, A.  (2025). « Les enjeux de l’art augmenté », Esprit, Avril (4), p. 55-63. https://doi.org/10.3917/espri.2504.0055.

Gefen, A.  (2025). « Littérature et intelligence artificielle », in L'Art au temps de l'IA, J.-L. Giavitto et P. Saint-Germier (dir.), Paris, Éditions du Centre Pompidou.

Gervais, B. (2023), Un imaginaire de la fin du livre. Littérature et écrans, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, coll. "Cavales".

Gervais, B. (2024), « Formes de l’identité-flux : figure-écran, profil de fiction et imagination artificielle », Revue des sciences humaines n°352 [En ligne] http://journals.openedition.org/rsh/4327 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsh.4327.

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Hayles, N. K. (2017), Lire et penser en milieux numériques, tr. C. Degoutin, Grenoble, UGA Éditions ; https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.379.

Neeman, E., en collaboration avec Meizoz, J.  et Clivaz, C.  (2012), “Culture numérique et auctorialité : réflexions sur un bouleversement”, A contrario n°17(1), p. 3-36 ;  https://doi.org/10.3917/aco.121.0003.

Petitjean, AM. (2023), La littérature par l’expérience de la création, Vincennes, PUV.

Pickover, C.-A.  (2021), La fabuleuse histoire de l'intelligence artificielle : Des automates aux robots humanoïdes, Malakoff,Dunod.

Saemmer, A. (2020). « De l’architexte au computexte Poétiques du texte numérique, face à l’évolution des dispositifs ». Communication & langages 203 (1):99‑114 ; https://doi.org/10.3917/comla1.203.0099.

Saemmer, A. (2022), « Vers une poétique post-numérique de l’illisibilité », Recherches et Travaux, no 100, 2022.

Schaeffer, J.-M. (2023), La vie des arts (Mode d’emploi), Vincennes, Thierry Marchaisse.

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Comité scientifique

Françoise Chambefort, université Marie et Louis Pasteur

Erika Fülöp, université Toulouse Jean-Jaurès

Isabelle Garron, Télécom Paris

Alexandre Gefen, CNRS, Université Sorbonne-Nouvelle

Bertrand Gervais, UQAM

Nathalie Lacelle, UQAM

AMarie Petitjean, CY Cergy Paris université

Alexandra Saemmer, université Paris 8

Christine Vial-Kayser, UMR Héritages (CYU)

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Remise des propositions de communications (20 min.) ou de panels (max. 45 min.) pour le 9 mars 2026 aux deux adresses : alexandre.gefen@cnrs.fr">alexandre.gefen@cnrs.fr et amarie.petitjean@cyu.fr">amarie.petitjean@cyu.fr.

Elles comporteront un titre, un résumé de 5000 signes maximum et d’une courte présentation bio-bibliographiquedu/de la ou des intervenant·e·s. L’acceptation ou le refus après avis du comité scientifique sera précisé le 9 avril.

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