Cultiver son jardin, s’ouvrir au monde. Cartographier l’intime et le collectif, à travers l’histoire de l’art et les sciences humaines, de l’impressionnisme à nos jours (école d'été, Paris Nanterre)
Cultiver son jardin, s’ouvrir au monde
Cartographier l’intime et le collectif, à travers l’histoire de l’art et les sciences humaines,
de l’impressionnisme à nos jours
Porté par l’Université Paris Nanterre, le programme Impressionnisme s’inscrit au cœur de l’axe Seine, de Paris à la Normandie et ouvrant sur le monde. Ce territoire a façonné l’histoire du mouvement impressionniste, tout en étant marqué durablement par celui-ci. Ce contexte géographique structurant oriente la dynamique de recherche du programme autour de la question des territoires. Si l’impressionnisme a commencé à être étudié à l’aune de la question du paysage, du climat, des mobilités ou de la modernité, d’autres dimensions restent encore peu explorées. Les formes de l’habitat, les modes de vie, les structures sociales, la transformation des paysages par le changement des pratiques agricoles et industrielles, ou encore les usages du territoire constituent autant de pistes de recherche à approfondir. Cette école d’été entend donc ouvrir ces nouvelles perspectives en croisant plusieurs disciplines et jouant sur les échelles d’analyse, afin d’interroger l’expérience du territoire dans ce qu’elle a de plus intime comme de plus universel.
Cette réflexion a été amorcée lors du colloque international L’impressionnisme à travers champs, organisé avec le musée d’Orsay dans le cadre des célébrations des 150 ans du mouvement en 2024. Elle sera déployée en 2026, dans la perspective du centenaire de la mort de Claude Monet, sous la forme d’une école d’été organisée en Île-de-France et en Normandie.
Figure emblématique de ce rapport au territoire, Monet n’a eu de cesse d’arpenter, d’habiter et de représenter des espaces tant familiers que lointains. De la nature environnant son lieu de vie à ses campagnes de peinture, son œuvre déploie une géographie et un rapport à l'espace aussi intimes que profondément ancrés dans son temps.
Dans cette filiation, l’école d’été propose d’interroger conjointement les différentes échelles du territoire et les modalités de son vécu, du cadre intime et quotidien aux espaces partagés et collectifs. Cultiver son jardin et s’ouvrir au monde désigne ainsi un mouvement réciproque entre l’expérience individuelle du lieu et les formes du commun. Parce qu’elle étudie les représentations et les processus de création, l’histoire de l’art – et l’histoire de l’impressionnisme en particulier – constitue un observatoire privilégié de ces formes d’appropriation, de vécu et de projection du territoire.
Afin d’explorer ces déclinaisons, de la « plus petite parcelle du monde » à son horizon global (Michel Foucault), du microcosme au macrocosme, l’école d’été s’articulera autour de quatre axes thématiques.
Axe 1 – Chez soi : lieux de vie et maisons d’artistes
Le territoire de l’intime se construit d’abord dans des espaces vécus, habités et pratiqués au quotidien. Qu’il s’agisse de l’espace bâti ou naturel, ce « chez soi » correspond au plus petit échelon géographique de l’existence artistique. Les maisons d’artiste, en tant que lieu de convergence entre vie privée, activité créatrice et représentations de soi, constituent un point d’entrée essentiel pour analyser les relations entre espace domestique et production artistique.
Lieu de vie familiale, espace de travail, cadre de sociabilité, la maison d’artiste concentre des fonctions multiples, parfois successives, parfois simultanées. Plus qu’un simple cadre de vie, elle fonctionne comme un dispositif spatial qui organise les conditions matérielles de cette cohabitation entre gestes domestiques, création artistique et mise en scène de soi. Sa localisation, son architecture, son aménagement intérieur ou encore ses extensions (atelier, dépendances, jardin) influent sur les rythmes de travail, les modalités de production et les interactions entre sphères privée et publique. L’analyse de ces espaces permet ainsi d’interroger les formes concrètes de l’appropriation et de l’usage des lieux par les artistes, ainsi que leurs incidences sur les pratiques et les imaginaires de la création.
L’intime, par définition dissimulé, se dérobe toutefois en partie à l’analyse. S’il affleure parfois dans les œuvres, participant à une iconographie du for privé, il pose la question des sources et des méthodes : comment appréhender l’artiste dans son environnement domestique, dans ses relations familiales ou professionnelles, sans réduire ces espaces à de simples clés explicatives de l’œuvre ?
Les maisons d’artistes, dont celle de Monet à Giverny constitue un exemple emblématique, sont enfin devenues des lieux de mémoire largement investis par le public. Elles cristallisent des attentes fortes, fondées sur l’idée que l’organisation de l’espace domestique permettrait d’accéder, de manière sensible, à la personnalité de l’artiste et à son univers créatif.
À travers des études de cas, ces maisons seront envisagées à la fois comme objets de représentation – plastiques ou littéraires, réels ou fantasmés, contemporains ou postérieurs – et comme patrimoines hérités, soulevant aujourd’hui des enjeux de conservation, de médiation et de gestion.
Axe 2 – L’expérience du territoire
Au-delà de l’espace domestique, l’intime s’inscrit dans un territoire élargi, façonné par les paysages, les usages et les sociabilités locales. Le lieu de vie de l’artiste, qu’il soit choisi ou contraint, permanent ou temporaire, engage une expérience du territoire qui marque durablement l’imaginaire, les pratiques et les formes de la création.
Ce territoire, éprouvé, parcouru et investi dans le temps, s’inscrit dans une trajectoire à la fois biographique et artistique. Les conditions de l’installation ou du séjour — environnement naturel, architecture vernaculaire, réseaux sociaux, contraintes économiques — participent à l’appropriation progressive du lieu et en structurent les usages. Pour de nombreux artistes, en particulier les peintres paysagistes, cette expérience laisse une empreinte durable sur les motifs et les représentations : le territoire devient à la fois espace vécu, espace travaillé et espace figuré.
Toutefois, les traces laissées par les artistes dans ces lieux sont, pour la plupart, indirectes. Bien souvent, seules subsistent les représentations plastiques ou littéraires — œuvres, correspondances, carnets, récits — qui médiatisent l’expérience du territoire. Cette situation soulève des questions méthodologiques et patrimoniales : Faut-il chercher à conserver ces territoires dans un état supposé originel ? Et comment restituer un territoire qui est, par essence, un palimpseste historique et artistique ?
Ces enjeux sont particulièrement sensibles dans des espaces marqués par la superposition des regards d’artistes, comme certaines régions de la vallée de la Seine ou des villes comme Rouen. Ils intéressent aujourd’hui tant les historiens de l’art que les géographes et les spécialistes de l’aménagement du territoire, notamment lorsque la valorisation culturelle se confronte aux transformations contemporaines des espaces.
Enfin, la reconnaissance d’un territoire comme « territoire d’artiste » entraîne des dynamiques de patrimonialisation et de tourisme de mémoire. Si cette valorisation contribue à la visibilité et à l’économie locale, elle peut également engendrer des déséquilibres, comme en témoignent les problématiques de concentration des flux ou de surtourisme. Comment, à l’instar de Giverny, penser la coexistence entre site emblématique et territoire environnant ? Comment articuler mémoire artistique, usages contemporains et développement territorial ?
Axe 3 – S’ouvrir au monde : du paysage intime au territoire partagé
L’expérience individuelle du territoire s’inscrit toujours dans des cadres collectifs, sociaux et historiques. Les représentations artistiques constituent un vecteur essentiel de cette mise en commun du regard, participant à la construction des paysages, des imaginaires territoriaux et des formes de partage du sensible.
À partir de l’acte de représentation, cet axe interroge le passage du particulier au commun, en examinant la manière dont les artistes contribuent à faire territoire, et comment, en retour, les caractéristiques naturelles et aménagées d’un espace informent les pratiques et les formes de la création. La circulation des images, la reprise des motifs et l’accumulation des regards participent ainsi à la construction d’un genius loci et à la sédimentation d’un imaginaire partagé, faisant de l’histoire de l’art un outil essentiel pour l’analyse des discours, des usages et des représentations qui constituent un territoire.
Les œuvres peuvent également documenter, de manière sensible, les transformations des paysages et des usages (mobilités, villégiature, dynamiques balnéaires), tout en jouant un rôle actif dans la patrimonialisation. À l’instar de la vallée de la Seine, durablement marquée par la présence et le regard des impressionnistes, d’autres territoires façonnés par des communautés artistiques pourront être étudiés comme objets historiques et comme héritages posant aujourd’hui des enjeux de préservation et de médiation, en France comme au-delà.
Axe 4 – Au-delà des frontières : circulations, altérité et mondialisation
L’expérience du territoire se reconfigure lorsque l’artiste se confronte à l’altérité géographique, culturelle ou politique. Qu’il s’agisse de migration, de voyage ou de déplacement temporaire, ces situations déplacent les cadres du vécu et de la représentation, ouvrant la réflexion à des territoires traversés, appropriés ou remémorés au-delà des frontières nationales.
De Paris, ville cosmopolite, au Havre ouvert sur le monde, la vallée de la Seine peut être envisagée comme une interface géographique. Espace de circulation, d’arrivée et de départ, elle met en relation des territoires de proximité et des horizons plus lointains. A travers les trajectoires des artistes, qu’ils soient migrants, voyageurs ou résidents temporaires, cet axe propose d’interroger ce que signifie être étranger sur un territoire. Comment l’artiste représente-t-il des lieux qui ne lui sont pas familiers ? Comment se les approprie-t-il par la création artistique, ou, au contraire, comment l’art devient-il un moyen de remémoration ?
Ces questionnements s’inscrivent dans une histoire plus large des circulations et des transferts culturels, indissociable de celle de la mondialisation aux XIXe et XXe siècles. Une attention particulière sera portée aux territoires colonisés, à leur représentation, à leur connaissance ou à leur absence dans les œuvres, ainsi qu’à leur place dans les processus d’émancipation et les luttes indépendantistes.
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Ouverture disciplinaire, modalités et calendrier
Ces thématiques pourront être abordées dans l’ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales. Sans constituer un critère exclusif, une attention particulière sera portée aux propositions faisant preuve d’une réflexion sur la représentation – artistique, littéraire, scientifique, réelle ou imaginaire – dans les sources, les archives et les méthodes de recherche, du XIXe siècle à nos jours. Nous accueillerons favorablement les propositions quittant l’espace hexagonal, pour considérer le monde dans sa globalité, tout comme celles partant de l’impressionnisme pour considérer d’autres courants artistiques.
Déroulement de l’école d’été
L’école d’été se déroulera entre le 8 et le 12 juin 2026 et réunira un groupe de 15 à 20 participant·e·s : étudiant·e·s à partir de la fin du Master 1 (ou graduate students), jusqu’au post-doctorat, et professionnel·le·s dont les problématiques s’inscrivent dans les axes proposés.
Conçue sur le modèle d’un workshop, l’école d’été alternera présentations des contributions des participant·e·s, rencontres avec des professionnel·le·s, visites de terrain, tables rondes et conférences. Le programme comprendra des déplacements en Île-de-France et en Normandie.
La présence des participant·e·s pendant toute la durée de l’école d’été, ainsi que la participation à l’ensemble des sessions, sont obligatoires.
Financement
La majeure partie des frais d’hébergement, de déplacement et de restauration sur place sera prise en charge par le programme Impressionnisme. Les frais de transport pour venir jusqu’à l’école d’été restent à la charge de chaque participant.e.s.
Langues
Les propositions peuvent être soumises en français ou en anglais, et les interventions pourront être présentées dans une de ces deux langues. Les candidat·e·s sont toutefois informé·e·s qu’un niveau minimal de compréhension et d’expression en français est requis, les rencontres avec les professionnel·le·s, les conférences et les tables rondes se déroulant majoritairement en français.
Candidature
Les dossiers de candidature doivent obligatoirement comporter, dans un unique fichier en format word :
Une proposition de contribution scientifique (2000 signes ou 300 mots) explicitant son inscription dans un des axes de l’appel ;
Une proposition de discussion autour d’une œuvre choisie parmi celles présentées au musée d’Orsay, de l’Orangerie, André Malraux du Havre ou des impressionnismes-Giverny (150 mots ou 1000 signes)
Un CV résumé (principales fonctions, prix et publications - 2 pages maximum)
Une notice bio-bibliographique rédigée (100 mots ou 600 signes)
Le fichier unique nommé avec le nom du/de la candidat.e sera envoyé par mail à l’adresse programme.impressionnisme@gmail.com.
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Calendrier
Date limite de candidature : 28 février 2026
Résultat des candidatures : fin mars 2026
Cadre institutionnel et scientifique
Le programme de recherche Impressionnisme est porté par le laboratoire Histoire des arts et des représentations de l’université Paris Nanterre, sous l’égide de sa Fondation. Lancé en 2018, il est conduit en partenariat avec le contrat Normandie Paris Ile-de-France : Destination impressionnisme et soutenu par le Contrat de Plan Interrégional au développement de la Vallée de la Seine (CPIER).
Depuis sa création, le programme a notamment organisé deux colloques internationaux : Collectionner l’impressionnisme (2020), en partenariat avec le musée des Beaux-arts de Rouen, dont les actes ont été publiés en français et en anglais chez Silvana editoriale en 2023 ; et L’impressionnisme à travers champs, en partenariat avec le musée d’Orsay, dont les actes sont en cours de publication.
Comité organisateur : Margot Degoutte, Félicie Faizand de Maupeou, Ségolène Le Men, Paul-Louis Roubert