L’exploration et l’explorateur (Moyen Âge-XVIIIe s.) : de la réalité au mythe. Réceptions et réécritures contemporaines et ultérieures (La Rochelle)
« L’exploration et l’explorateur (Moyen Âge-XVIIIe s.) : de la réalité au mythe.
Réceptions et réécritures contemporaines et ultérieures »
19-20 novembre 2026, La Rochelle Université
Colloque international organisé par :
La Rochelle Université, CRHIA
Institut des Amériques
Université Bordeaux Montaigne, PLURIELLES
IUF
Ce colloque interdisciplinaire proposera une réflexion sur la réception et la réécriture d’écrits d’explorations du Moyen Âge au XVIIIe siècle dans des textes pouvant aller jusqu’au XXIe siècle. Il s’agira ainsi d’interroger la construction et l’évolution des mythes de l’exploration par les textes, les figures de leurs acteurs, ainsi que les enjeux politiques, idéologiques, esthétiques et environnementaux liés à ces récits, en croisant des approches littéraires, linguistiques, historiques et géographiques.
La période médiévale et moderne est jalonnée de ce que l’historiographie a longtemps désigné comme des « découvertes » dans certaines régions d’Orient et d’Afrique, puis en Amérique — alors perçue comme le « Nouveau Monde » —, avant de s’étendre aux espaces pacifiques et océaniens, incluant l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Polynésie. Toutefois, si l’exploration connote l’idée de la nouveauté radicale de territoires inconnus, elle comprend aussi l’approfondissement des connaissances portant sur des territoires sillonnés depuis longtemps, comme ceux de l’Orient, avec lequel l’Occident entretient des rapports anciens qui ont conduit des marchands, ambassadeurs et religieux jusqu’en Extrême-Orient. Par ailleurs, l’exploration ne peut être pensée indépendamment de ses acteurs, tels que Marco Polo pour l’Orient, Vasco de Gama et Magellan pour la route des Indes, Christophe Colomb et Jacques Cartier pour l’Amérique, ou encore James Cook et Bougainville pour le Pacifique.
Il s’agira d’interroger la mise en récit de ces explorations et de ses acteurs à l’époque où elles ont eu lieu, mais aussi la réception et la réécriture de ces premiers récits jusqu’à aujourd’hui. L’intertextualité est d’ailleurs un phénomène très important dans la littérature de voyage du Moyen Âge et de la première modernité, les voyageurs reprenant abondamment les écrits de leurs prédécesseurs – sans toujours signaler leurs emprunts. Cette circulation de texte en texte peut entraîner un processus de mythification dont il s’agira d’appréhender les contours. Existe-t-il un mythe littéraire de l’exploration ? L’exploration ne réfère-t-elle qu’aux « grandes découvertes » ou est-elle encore opérante aux XVIIe et XVIIIe siècles, à une époque marquée par les progrès techniques où les expéditions sont organisées par de puissantes compagnies de commerce et par des politiques étatiques ? Enfin, comment ces explorations sont-elles investies par les réécritures ultérieures, d’un point de vue politique, idéologique ou esthétique ? Concernant les explorateurs, il s’agira notamment d’étudier leur héroïsation ou leur diabolisation, variable selon l’histoire des pays d’origine des voyageurs. Ainsi, les conquistadors mythifiés de l’empire espagnol sont par exemple la cible de la légende noire qui irrigue la production viatique d’autres nations européennes aux XVIe et XVIIe siècles. En outre, il s’agira de décentrer cette mythologie de l’exploration, en s’intéressant à des figures que l’historiographie a longtemps laissées en marge, telles les femmes (comme Jeanne Barret de l’expédition de Bougainville) ou les populations non occidentales, dans une perspective d’histoire connectée. Les études adoptant un angle écocritique seront également les bienvenues pour repenser une exploration souvent conçue comme une exploitation et une mise en savoir de l’environnement vivant.
Afin d’étudier ces questions, ce colloque rassemblera des chercheurs internationaux spécialistes de différentes aires géographiques et linguistiques des disciplines de la littérature, de l’histoire ou encore de la géographie. Si les récits de voyage et autres écrits géographiques seront un des objets privilégiés des interventions, d'autres productions seront étudiées, comme les fictions notamment romanesques, mais les sources archivistiques.
Axes de recherches
1. Le récit d’exploration comme genre littéraire ? Il s’agira de s’intéresser à la mise en forme de l’expérience exploratoire par les voyageurs ou chroniqueurs et aux stratégies littéraires qu’ils mobilisent, et de se demander s’il existe un genre du récit d’exploration. Le voyageur se met-il lui-même en scène comme explorateur dans son récit ? L’expérience de l’exploration est-elle investie d’une valeur personnelle en engageant chez lui une évolution conférant au texte des accents de récit de formation, de voyage initiatique ? À un autre niveau, l’exploration est-elle chargée d’une signification politique ou idéologique ? Par ailleurs, dans la mesure où il implique une mise en forme de l’expérience par des procédés littéraires, quelle place le récit d’exploration réserve-t-il au réel et à la fiction ? En outre, jusqu’à quel point le récit de voyage imaginaire et l’utopie s’inspirent-ils d’explorations authentiques ?
2. Réécritures et mythification : Il s’agira d’étudier le processus de mythification des explorations et de leurs acteurs à partir des expériences de voyageurs et de leurs récits. La mythification de certains explorateurs peut être le fruit d’une série de reprises et de références intertextuelles effectuées par d’autres auteurs-voyageurs dans leurs propres œuvres. Elle peut ériger l’explorateur en modèle, voire en héros, ou au contraire le dévaloriser, voire en faire un modèle-repoussoir. Dans le cas de l’héroïsation, elle peut être due, dans certains récits viatiques, à l’évocation de lieux fantasmés (l’Eldorado, les Îles bienheureuses, l’Atlantide), où l’explorateur peut découvrir des merveilles et des créatures monstrueuses souvent topiques.
3. Une exploration décentrée : Ce colloque nous donnera l’occasion d’interroger la place des acteurs invisibilisés par la tradition historiographique, comme les femmes ou les populations colonisées, dans les récits d’exploration leur réécriture. Qu’en est-il, à la lumière des travaux de l’histoire connectée, des migrations générées par l’exploration ?
4. Exploration et savoirs : Il s'agira d’étudier la mise en forme des savoirs de l’exploration, y compris par des guides, des cartes et des atlas, et ses enjeux notamment coloniaux. La construction de ces savoirs soulève des questionnements géocritiques, car l’évolution de la vision des lieux peut même mener à une transformation de ces lieux.
D’autres réflexions pourront venir étayer les axes de cette problématique.
Modalités de participation
Les propositions de communication d’environ 300 mots accompagnées d’une brève biobibliographie sont à envoyer aux organisateur.ices avant le 21 mai 2026.
Charles BRION, charles.brion01@univ-lr.fr
Mathilde MOUGIN, mathilde.mougin@ulb.be
Priscilla MOURGUES, priscilla.mourgues@gmail.com
Ce colloque sera suivi d’un projet de publication.
Modalités de prise en charge
Le logement, les déjeuners ainsi que le dîner du 19 novembre seront financés par l’organisation. Les frais de transports seront laissés à la charge des équipes de recherche des participant.e.s.
Comité scientifique
Virginie ADANE (CRHIA, Nantes Université)
Charles BRION (CRHIA, La Rochelle Université)
Christine GADRAT-OUERFELLI (CNRS)
Yann LIGNEREUX (CRHIA, Nantes Université)
Mathilde MOUGIN (FRS-FNRS, Université Libre de Bruxelles et Université de Liège)
Jean-Marc MOURA (Institut Universitaire de France, Paris Ouest-Nanterre)
Priscilla MOURGUES (PLURIELLES, Université Bordeaux Montaigne)
Sylvie REQUEMORA (Institut Universitaire de France, CIELAM, CRLV, Université Aix-Marseille)
Image : Adriaen Collaert et Jan Van der Straet, Americus Vespuccius Florentinus, XVIe siècle © Bnf