Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mahraz
Laboratoire de recherche "Cultures, Représentations, Esthétiques, Didactique et Ingénierie de Formation- CREDIF "
Equipe de Recherche "Didactiques, Arts et Littératures - DALI"
Colloque international
« Le champ artistique marocain (1950-2026) : récits, acteurs et publics »
25 et 26 novembre 2026
Coordonné par Hicham Belhaj
Le Maroc, à l'instar de nombreuses nations ayant connu une période coloniale, a vu l'émergence et le développement de son champ artistique moderne dans un dialogue complexe avec les influences occidentales. Cette émergence invite toutefois à interroger les conditions sociales, institutionnelles et symboliques de constitution de ce champ, ainsi que son degré d’autonomie à différentes périodes. De la genèse sous le Protectorat (français et espagnol) aux dynamiques contemporaines, l'art marocain des années 1950 à nos jours constitue un terrain d'investigation riche et multidimensionnel, où se croisent questions d'identité, de discours critique et de structures institutionnelles. Ce colloque se propose d'explorer cette trajectoire singulière, en articulant une réflexion approfondie sur l'histoire, les fondements de la critique et les interactions sociétales qui ont façonné ce champ, en tenant compte des tensions, des continuités et des reconfigurations qui l’ont traversé.
L'histoire de l'art au Maroc, bien que relativement jeune en comparaison avec d'autres traditions, révèle une évolution rapide et significative. Dès les premières initiatives d'institutionnalisation sous le Protectorat, avec la création de deux écoles des beaux-arts (à Tétouan et Casablanca), l'ouverture de galeries et l'émergence d'une presse artistique, le cadre et les modes de jugement étaient largement définis par des modèles esthétiques occidentaux. Ces dispositifs initiaux ont durablement influencé les critères de légitimation et les hiérarchies esthétiques. Cependant, cette période initiale a rapidement cédé la place à une phase de réappropriation et d'affirmation. Les décennies 1960 et 1970 ont été marquées par l'émergence de mouvements tendant à valoriser une spécificité plastique marocaine, stimulant la création de revues emblématiques telles que Souffles, Lamalif, ou Al Assas, ainsi que la diversification des enseignements artistiques et des espaces d'exposition, dans un contexte intellectuel et politique particulièrement dense.
La constitution d’un discours critique autonome constitue l’un des aspects majeurs de ce processus. Si les premiers discours furent produits par des observateurs étrangers, une critique d’art marocaine émerge progressivement, portée par des chercheurs, des artistes et des écrivains désireux de repenser la production plastique à travers leurs propres catégories d’analyse. Cette critique se développe souvent dans des espaces de circulation transnationale et multilingue, qui complexifient la distinction entre regards extérieurs et intérieurs. L’étude de cette critique (de ses conditions d’apparition, de ses outils conceptuels et de ses évolutions théoriques) s’avère essentielle pour comprendre l’histoire du goût et des valeurs esthétiques dans le Maroc postcolonial.
Ce développement ne saurait être dissocié du contexte social, politique et institutionnel. La sociologie de l’art contribue ici à mettre en lumière les interactions entre les pratiques artistiques, les structures de légitimation (galeries, critiques, musées, institutions publiques ou privées), et les réseaux d’acteurs : artistes, mécènes, collectionneurs ou curateurs. L’attention portée aux rapports de force, aux trajectoires sociales et aux formes de reconnaissance symbolique permet d’enrichir cette analyse. L’examen des trajectoires individuelles et des configurations institutionnelles permettra ainsi de dresser une cartographie nuancée des mécanismes de reconnaissance et de diffusion de l’art au Maroc.
Ainsi, ce colloque souhaite offrir un espace de réflexion pluridisciplinaire et de dialogue entre historiens de l’art, chercheurs, sociologues, critiques et artistes. Il ambitionne de poser les bases d’une approche renouvelée du champ artistique marocain, en articulant histoire, théorie et analyse des pratiques, dans une perspective critique attentive aux conditions de production et de réception des œuvres.
Ce colloque se veut ainsi une plateforme d'échange et de réflexion critique, invitant chercheurs, historiens de l'art, sociologues de l’art, critiques et artistes à explorer les facettes multiples du champ artistique marocain. Les communications pourront aborder, sans s'y limiter, les thématiques suivantes :
Axes de Recherche
- Historiographie de l'art marocain : Analyser les différentes écritures de l'histoire de l'art au Maroc, des premières tentatives aux approches contemporaines. Cela inclura l'examen des influences externes (notamment européennes) et des tentatives de construction d'un récit national.
- Les discours critiques et leur évolution : Étudier la genèse, les fondements théoriques et les transformations de la critique d'art au Maroc, en distinguant les voix extérieures et intérieures. Une attention particulière sera portée aux figures marquantes et aux plateformes de diffusion de ces discours (presse, revues, ouvrages).
- Institutions et acteurs du champ artistique : Examiner le rôle des institutions (écoles des beaux-arts, galeries, musées, associations, fondations) et des acteurs clés (collectionneurs, mécènes, curateurs) dans la structuration et la légitimation du champ artistique marocain.
- Art et société : Aborder les interrelations entre la production artistique et les contextes sociaux, politiques et culturels du Maroc, ainsi que la réception des œuvres par les différents publics.
- Enseignement artistique et histoire de l’art : Place et formes de l’enseignement des arts plastiques et de l’histoire de l’art au Maroc, de la période du Protectorat à nos jours, dans un contexte dépourvu de départements universitaires dédiés à cette discipline. Étude des curricula, des modèles pédagogiques, des références bibliographiques et visuelles, des enjeux linguistiques et des circulations de savoirs, ainsi que des expériences pédagogiques innovantes et des initiatives alternatives.
En croisant les perspectives historiques, critiques et sociologiques, ce colloque vise à contribuer à une meilleure compréhension de la richesse et de la complexité du champ de l'art au Maroc, et à poser les bases d'une recherche pérenne sur ce domaine essentiel de la culture marocaine.
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Nous encourageons vivement les chercheurs, historiens de l'art, critiques, sociologues et artistes à soumettre leurs propositions de communication pour enrichir les débats de ce colloque. Les propositions, comprenant le titre de la communication et un résumé de 15 à 20 lignes, accompagnées d'un Curriculum Vitae et de vos coordonnées, devront être envoyées à l'adresse suivante : hicham.belhaj@usmba.ac.ma avant le 30 juin 2026.
Le colloque se tiendra les 25 et 26 novembre 2026.
Par ailleurs, le laboratoire CREDIF prévoit la publication des actes du colloque sous la forme d’un ouvrage collectif. À cette fin, les contributeurs dont les propositions auront été retenues seront invités à envoyer la version complète de leurs articles au plus tard le 30 août 2026. Il convient toutefois de préciser que la sélection pour une communication orale ne garantit pas la publication de l’article : celui-ci fera l’objet d’un processus d’évaluation scientifique en double aveugle, distinct de la sélection des communications.
L’ouvrage collectif paraîtra avant la tenue du colloque, et un exemplaire sera offert à chaque participant dont l’article aura été accepté à l’issue du processus d’évaluation, lors des journées du colloque. Cette publication visera à consolider un champ de recherche en plein développement et à offrir une visibilité accrue aux travaux consacrés à l’art au Maroc dans ses dimensions historiques, critiques, pédagogiques et sociologiques.
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Bibliographie
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- DIEHL, Gaston, Art naïf, les infinies possibilités de l’instinct créateur du Maroc, Éd. marocaines et internationales, Tanger, 1964.
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- ZAHI, Farid, Positions, compositions : Écrits sur l’art, coll. « Regards obliques », Éd. Marsam, 2012.