Niklas Bender, König Saul. Der missglückte Anfang und Europas religiöses Erbe [Le Roi Saül. Entre début manqué et héritage religieux]
Saül est une grande figure de l’Ancien Testament, souvent qualifiée de tragique – il est « le mauvais choix de Dieu » (Botho Strauß). Pourtant, ce premier roi d’Israël, souhaité par le peuple, intronisé par le prophète Samuel, débute par des réussites guerrières, notamment contre les Philistins. Mais très tôt, Saül entre en conflit avec Dieu et Samuel, en ne respectant pas les commandements divins à la lettre. La punition est si sévère qu’elle paraît excessive aujourd’hui : Dieu lui inflige le mauvais esprit de la mélancolie, il lui ôte la dignité royale ainsi que la pérennité dynastique. Après une longue déchéance, marquée par la rivalité avec son gendre David, Saül se suicide dans une ultime bataille, après avoir assisté à la mort de ses fils. David lui succède sur le trône et fonde une dynastie qui durera.
L’histoire du roi Saül montre les tensions entre pouvoir étatique et autorité religieuse : elle relate la première tentative d’introduire un pouvoir terrestre et son échec cuisant. La théologie en fait un exemple de désobéissance, cité par les pères de l’Église ou le pape en conflit avec l’empereur. La littérature, en revanche, est fascinée par ce caractère mélancolique : de nombreux auteurs adaptent son histoire, la plupart sur le mode de la tragédie. Au Moyen Âge et dans la première Modernité, l’échec moral et religieux de Saül domine ; après les Lumières, de nouvelles interrogations, souvent existentielles, font le jour. Aujourd’hui, le sujet permet d’aborder l’héritage religieux de l’Occident et de poser une question d’actualité : comment un pouvoir étatique souverain a-t-il pu s’établir dans une Europe dominée par la Foi ?
Pour la première fois, la présente étude entreprend l’histoire littéraire du roi Saül dans son ensemble, du Moyen Âge à aujourd’hui.
Dans la première partie, elle analyse le récit de l’Ancien Testament et son contexte, puis elle esquisse la réception théologique et philosophique.
Dans la deuxième partie, elle s’intéresse à la transition vers la littérature (Dante Alighieri, Giovanni Boccace).
La troisième partie, centrale, est consacrée aux nombreux drames qui reprennent le sujet, de la fin du Moyen Âge au xxie siècle (Le Mystére du Viel Testament, les drames d’Antonia Pulci, Hans Sachs, Jean de La Taille, Pierre Du Ryer, Georg Friedrich Händel/Charles Jennens, Voltaire, Vittorio Alfieri, Alphonse de Lamartine, André Gide, D.H. Lawrence ; d’autres sont abordés au passage). Cependant, Saül a également passionné les prosateurs et les poètes : la quatrième partie analyse deux romans qui en font une référence majeure (Johann Wolfgang Goethe, Thomas Hardy), la cinquième présente un regroupement lyrique autour de 1900 (Stefan George, Rainer Maria Rilke, Else Lasker-Schüler, Nelly Sachs). Enfin, la sixième partie s’ouvre aux arts visuels et s’intéresse aux manuscrits, aux tableaux et aux aquarelles dédiés à Saül (La Bible moralisée, La Bible de Maciejowski, les tableaux de Rembrandt van Rijn, les aquarelles de William Blake). La conclusion s’interroge sur l’enseignement que les adaptations littéraires du récit biblique permettent de tirer quant à l’héritage religieux de l’Europe.
Le livre existe en version papier, mais il est aussi librement accessible sur internet (en allemand) :
DOI https://doi.org/10.46500/83535986.
Niklas Bender est professeur extraordinaire à l’université de la Sarre, il enseigne la littérature française et italienne. Depuis sa thèse sur La Lutte des paradigmes : la littérature entre histoire, biologie et médecine (Flaubert, Zola, Fontane), il s’intéresse à Flaubert, depuis son mémoire d’habilitation Die lachende Kunst. Der Beitrag des Komischen zur klassischen Moderne [L’Art hilare. La contribution du comique au modernisme] au comique. Il est membre du conseil d’orientation de LETHICA (Strasbourg) et membre correspondant du CRP19 (Paris 3). Il est également critique littéraire auprès de la Frankfurter Allgemeine Zeitung.