L’emprise des émotions, dit-on souvent aujourd’hui, emporte tout sur son passage, à commencer par les conditions même du débat public. Mais l’absence d’émotion est-elle la condition d’une raison publique qui ne saurait s’exercer que dans le silence des passions ? Dans un essai intitulé Passions publiques (Seuil), Myriam Revault d’Allonnes s’attache à défaire le grand partage du sensible et de l’intelligible, de la raison et des passions. En montrant comment s’entrelacent la rationalité politique, la sensibilité collective et les conditions de l’agir humain, elle revisite des traditions de pensée qui, non seulement ont prêté attention au caractère irréductible des passions, mais ont interrogé les conditions auxquelles elles pouvaient se situer au principe même de la production du lien social. Un chemin de pensée pour nous aider à mieux comprendre les nouvelles mobilisations où le vécu, le sentiment d’injustice, le souci de l’égale dignité jouent un rôle majeur.
(Illustr. : Portement de Croix, ca. 1510, attrib. à Jérôme Bosch, Musée des beaux-arts de Gand)