Revue
Nouvelle parution
Romantisme, n° 211 :

Romantisme, n° 211 : "Zoopoétique" (dir. Anne Simon)

Publié le par Marc Escola

Grive de Chateaubriand, crapaud de Hugo, insecte de Michelet, fauvettes de Sand, tigre de Balzac, chien de Dumas, rossignol de Verlaine, âne de la comtesse de Ségur, mouche d’or de Zola, requin de Lautréamont, chat de Rachilde…, la liste, même en se contentant de références en langue française, pourrait s’allonger à l’infini. Si la zoopoétique consiste surtout en un décentrement permettant d’animaliser nos trop humaines bibliothèques, force est de constater que celles du xixsiècle sont habitées par les bêtes, du bousier de Fabre, à une époque où histoire naturelle et art du récit s’enrichissaient réciproquement, à l’albatros allégorique ou au chat énigmatique de Baudelaire. Les humains sont eux-mêmes plus ou moins animalisés, selon qu’ils ou elles sont enfants, femmes, ouvriers, paysans, poètes, dictateurs ou fous.

Mais est-ce bien de zoopoétique qu’il s’agit, alors même que le terme, emprunté à une conférence prononcée en 1997 par Jacques Derrida à Cerisy-la-Salle, puis reprise notamment de façon posthume dans L’Animal que donc je suis en 2006, a été ensuite retordu en sens divers et parfois contraires ? Le philosophe la définissait avant tout comme fabulation et allégorie mettant en jeu des animaux, alors que la zoopoétique littéraire du début du xxie siècle, au déploiement de laquelle j’ai contribué, s’est tout d’abord focalisée, tant ils avaient été les parents pauvres de la critique, sur les animaux de chair, d’écailles et de plumes maraudant entre les lignes de nos livres. Il reste que, sens littéral ou sens figural, c’est toujours de langage humain qu’il est question, et d’une interrogation sur ce qui lui permet, selon des procédés extrêmement divers, de s’ouvrir à la vie sous toutes ses formes. L’intitulé de ce numéro de Romantisme n’est donc pas anachronique, tant les xxe et xxie siècles s’enracinent dans un xixe siècle que la recherche a déjà commencé à considérer « animalement », tant, aussi, certaines approches de la zoopoétique littéraire contemporaine trouvent un ancrage et un répondant dans les œuvres du xixsiècle. […]

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Avant-propos : Subversive zoopoétique du XIXe siècle, par Anne Simon Lire le résumé

Introduction : Pour une lecture zoopoétique du XIXe siècle, par Élisabeth Plas Lire le résumé

Pénélope, François, Loulou... et les autres. Les animaux témoins de la fiction, par Jacques-David Ebguy Lire le résumé

Des manuels d’élevage d’oiseaux en volière aux volières d’Eugène Scribe dans la première moitié du XIXe siècle : ambivalences de quelques « encagements genrés », par Anne-Gaëlle Weber Lire le résumé

Dans l’ombre du locus amoenus. Bestialité et désir animal dans la poétique de Musset, Mendès et Rachilde, par Aimé Guex Lire le résumé

« De mon vieux compagnon de gloire, il m’a fallu me séparer... ». Affection et identité nationale dans le mélodrame militaire caninIgnacio, par Ramos-Gay Lire le résumé

Reconnaître nos « frères inférieurs » : politique et poétique de l’animal dans la mise en fiction de Jules Michelet par Alexandre Dumas, par Isabelle Safa Lire le résumé

Le prêtre et la fable au XIXe siècle. Divertir et éduquer par l’animal, par Samuel Gicquel Lire le résumé

Cadichon, Black Beauty et Kholstomer : des individualités animales, par Virginie Tellier Lire le résumé

Zoopoétique dans l’oeuvre de Gustave Moreau : les animaux, le monstre et l’humain, par Maud Haon Maatouk Lire le résumé

Résumés Lire le résumé

Débat critique : Autour de La Pensée sorcière, Michelet 1862 de Paule Petitier (Paris, CNRS éditions, 2024), par Paule Petitier, Vincent Robert, Elisabeth Plas Lire le résumé