Il y a plus d’un siècle, Madeleine Pelletier écrivait noir sur blanc ce que l’on commence tout juste à admettre aujourd’hui : le féminisme n’engage pas seulement l’avenir des femmes, il conditionne aussi celui de la société. La femme est un individu avant d’être un sexe, et sa liberté ne sera totale qu’à partir du moment où, reprenant ses droits sur son corps, elle aura également gagné celui d’être une personne politique. Sous le titre J’ai acheté un pistolet à la petite fille, Christine Bard a réuni dans un volume de la collection "Champs" (Flammarion) ses Articles féministes (1904-1914) : des modes d’emploi pour infiltrer les milieux politiques exclusivement masculins à la défense du droit à l’avortement, Madeleine Pelletier fait de la presse son champ de bataille favori, et tire à bout portant sur ceux qui prétendent exclure le "sexe faible" de la cité. Pour laisser aux femmes le choix des armes, paraît dans le même temps et dans la même collection un plaidoyer féministe tout aussi ferme : la Défense des droits de la femme de l'anglaise Mary Wollstonecraft publié en 1792, un an avant la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges, en réponse aux propos de Talleyrand sur l'éducation des femmes.
Rappelons qu'on peut lire depuis l'an passé dans la collection "Folio Histoire" (Gallimard) les Mémoires d'une féministe intégrale de Madeleine Pelletier, laquelle est aussi à l'honneur dans le récent dossier d'Acta fabula initié par Valentine Bovey, "Rééditer la Troisième République des Lettres au féminin", où l'on pourra lire un entretien avec les éditions la variation qui ont réédité de leur côté l'essai sur L’Émancipation sexuelle de la femme.
(Illustr. : Bansky, Mona Lisa with Bazooka)