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Nouvelle parution
Approches, n° 188 :

Approches, n° 188 : "La vieillesse"

Publié le par Marc Escola (Source : Éric Benoit)

Revue APPROCHES, n° 188 : La vieillesse

Éditorial 

Sylvie Peyturaux, agrégée et docteur en philosophie, enseignante en Classes préparatoires aux Grandes Écoles

     « La durée de ma vie est hors de mon pouvoir ; être homme de bien tant que je vivrai, voilà qui dépend de moi. » Sénèque, Lettres à Lucilius, XCIII (Œuvres complètes de Sénèque le Jeune, td. J.Baillard, Paris, Hachette, 1914, volume II, p.306).

     Nous vieillissons, c’est un fait, et nous finissons par être vieux. Mais quand ? Y a-t-il un âge où nous pouvons nous dire : « cette fois, j’y suis » ? Et comment le savons-nous ? Le voyons-nous dans le regard des autres ? Ou bien est-ce un ressenti ? On entend souvent les vieillards déclarer qu’à « l’intérieur », ils ont vingt ans. La vie de l’esprit semble ainsi se dérouler à son propre rythme, avoir sa propre temporalité, déliée de celle du corps. Sans doute est-ce vrai à tout âge, mais la vieillesse est peut-être l’occasion d’apercevoir consciemment cette vérité, de la vivre, dans l’étonnement, l’acceptation, la révolte, le désespoir aussi quelquefois. Chaque étape importante de l’existence exige de nous d’abandonner ce que nous avons été, de nous reconstruire, de nous adapter aux transformations inévitables que nous connaissons, contraints d’actualiser sans cesse une image de soi fluente et imprécise. C’est que nous ne sommes jamais tout à fait, nous devenons, continûment. Vieillir, en ce sens, n’est pas davantage une tragédie que passer de l’enfance à l’âge adulte. C’est un même être qui, tout au long de sa vie, déploie ses potentialités. 

     Alors la vieillesse n’existe-t-elle que « dans notre tête », comme on l’entend dire parfois ? Et bon nombre d’anciens, dynamiques, engagés, sportifs jusqu’à un âge très avancé, viennent à nos yeux confirmer ce préjugé rassurant. Comme s’il suffisait de « rester jeune d’esprit » pour arrêter le temps… Mais le vieillissement se révèle à nous au moyen de signes « objectifs » qu’il serait absurde de vouloir nier. Notre corps vieillit, il est moins souple, moins léger, il ne fait plus nos quatre volontés, comme avant ; il se fane, se flétrit, des infirmités apparaissent, des maladies aussi… Pourquoi le contester ? Les choses seraient peut-être plus simples si, à la difficulté de s’approprier ce « nouveau » corps, une fois de plus, ne venait s’ajouter cette injonction à « bien vieillir », diffuse, insidieuse dans nos sociétés qui peinent à admettre en elles la présence de leurs « vieux ». Bien vieillir… Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Sommes-nous libres de « bien » ou « mal » vieillir ? Et quelle est la norme de ce « bien » ? Tout porte à croire qu’en l’occurrence, « bien » veut finalement dire « ne pas » : « désirez l’impossible, ne vieillissez pas ! ». Mythe de l’éternelle jeunesse, vendeur incontestablement. On y croit plus ou moins, gaspillant temps, argent, énergie dans un combat qu’on sait d’avance perdu.  

     Il est vrai que de nos jours, dans nos pays, bien nourris, bien soignés, nous nous faisons vieux. Il est vrai aussi que cet accroissement de la population âgée pose problème, au plan économique notamment. Poids des retraites, prise en charge de la dépendance, des pathologies liées au grand âge… Tout cela demande en effet réflexion. Mais, par leur investissement dans la vie associative, le soutien financier qu’ils apportent parfois aux plus jeunes, le partage de leur expérience quand on veut bien les écouter, les seniors, comme on les appelle, sont aussi une force pour l’ensemble de la communauté. 

     Comme tout ce qui touche chacun d’entre nous et de la façon la plus intime, la vieillesse mérite donc qu’on l’approche avec réalisme, bienveillance et subtilité.  

SOMMAIRE

Éditorial. Sylvie Peyturaux, directrice de la rédaction

DOSSIER – LA VIEILLESSE

À plein gaz sur la vieillesse, objet d’histoire.s. Émilie Malenfant

Se soulever en lâcher-prise. Phénoménologies du vieillissement. Erika Natalia Molina-Garcia

L’anniversaire comme célébration funeste de l’âge dans La dernière bande de Samuel Beckett et La Bête dans la jungle de Henry James. Xiaolin Chen

Vieillir : de l’idée de déchéance au travail de deuil. Dominique Tabone-Weil

L’« Appréhension » de la vieillesse chez Diderot. Ziqian Xiao

Poésie, vieillesse et vieillissement dans l’œuvre de Philippe Jaccottet. Nathalie Ferrand

Ça n’est pas moi ! Ce n’est plus elle ! Alzheimer : la reconnaissance. Michèle Pizza d’Olmo

La vieillesse… Yakoub Abdellatif

CULTURE

EXPOSITIONS

Nicolas de Staël ou l’éclat énigmatique du visible. Daniel Bergez

Brieuc Maire, Desire Path. Georges Iliopoulos

CINEMA 

Understatement et overstatement. Comment représenter aujourd’hui la Shoah à l’écran ? Anne-Marie Baron

LIVRES

Déracinements, Gabriela Couturier. Jean-François Campario

Menace sur la démocratie (Guiliano da Empoli : Les Ingénieurs du Chaos). Philippe Reliquet

La Danseuse de Patrick Modiano. Anne-Marie Baron

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