Colloques en ligne

Maud Pérez-Simon

A Bestiary of the Anthropocene : au-delà du bien et du mal

A Bestiary of the Anthropocene : beyond Good and Evil

1En 2021 paraît A Bestiary of the Anthropocene né d’un collectif d’artistes qui se positionne à la croisée de la recherche et de l’innovation : Disnovation.org et Nicolas Nova1. L’ouvrage est porteur d’une ambition esthétique en décalage avec les horizons d’attente : il est imprimé sur papier noir à l’encre argentée avec un effet métal. Sur la couverture à embossage, on distingue une silhouette monochromatique que l’on ne comprend pas de prime abord car elle semble avoir trop de membres. C’est un aigle chasseur de drones aux prises avec sa proie [Figure 1]. L’ouvrage de 256 pages comporte des illustrations presque à chaque double page.

2Ce bestiaire de l’anthropocène rassemble soixante espèces et se termine sur dix essais écrits majoritairement par des auteur·e·s issu·e·s du monde académique français et américain. Ces soixante espèces sont en voie d’apparition car elles sont issues de l’évolution d’un être ou d’un phénomène naturel (animal, minéral, végétal, météorologique) suite à l’impact, plus ou moins délibéré, de l’activité humaine. Le degré d’artificialisation atteint est variable, de la pastèque carrée aux libellules cyborg, et de la pelouse en plastique à la viande cultivée en laboratoire en passant par la neige artificielle et le SRAS-CoV-2 (coronavirus). Certaines de ces espèces sont créées intentionnellement, comme les Tamagotchi – petit appareil de poche muni d’un écran LCD sur lequel apparaît un animal dont l’utilisateur doit s’occuper en le nourrissant régulièrement et en le faisant jouer –, d’autres sont des effets secondaires ou des dommages collatéraux de l’inflation technologique et consumériste de notre société, comme la moisissure toxique qui se développe dans les salles de bain. Certaines peuvent apparaître anecdotiques comme les haut-parleurs de jardin en forme de roches tandis que d’autres inquiètent l’opinion publique comme les traînées de condensation issues des résidus de la combustion du carburant des avions.

3A Bestiary of the Anthropocene s’inspire des codes des bestiaires médiévaux pour en renouveler le genre, développer un propos engagé dans les problématiques contemporaines sans pourtant y adjoindre un propos axiologique.

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Fig. 1. Disnovation.org et Nicolas Nova
A Bestiary of the Anthropocene, Eindhoven, Onomatopee, 2021
published by Set margins’ 

Un ouvrage hybride

4Le titre A Bestiary of the Anthropocene revendique d’emblée une filiation avec les bestiaires, traditionnellement rattachés au Moyen Âge, comme le montrent le titre et la première phrase du prologue : « Ours, dragons, sangliers, cochons, lions, licornes, vers, hérissons, papillons, corbeaux, telles étaient les créatures que l'on pouvait trouver dans les bestiaires médiévaux2. » (p. 13). L’ouvrage possède bien trois caractéristiques des bestiaires médiévaux, comme le rappelle Pierre-Olivier Dittmar dans le premier des dix essais en fin de volume : nommer les espèces, en proposer une description et y associer une iconographie3. Il comporte aussi des éléments qui le rapprochent du carnet de terrain scientifique. Chacune des 60 espèces est présentée sur une double page. Sur la page de gauche, l’image surmontée d’un cadre conçu sur le modèle de l’étiquette de laboratoire présente le numéro de spécimen, le règne et la catégorie, ainsi que le nom de l’espèce. Sur la page de droite, le nom de l’espèce est rappelé en haut de page. Suivent un à trois paragraphes qui proposent une description physique, un historique (comment cet hybride est-il né de l’activité humaine ?) et une conclusion sur son impact sur les hommes et sur l’environnement.

5Les textes sont rédigés au présent et témoignent d’une recherche de neutralité dans le propos. Les trois auteur·e·s ont fait le choix d’un style laconique, très sec. Les termes employés sont vernaculaires, pris dans une langue normalisée sobre, accessible, quoique formelle et précise. Quand le terme technique existe, il est privilégié, mais sans que ces termes soient multipliés au point que le texte en devienne hermétique. On ne remarque aucune création lexicale, pourtant fréquente dans les bestiaires contemporains. Le texte insiste sur le primat du réel, du factuel, les phénomènes sont décrits le plus objectivement possible. On compte 52 notes de bas de page, toutes de nature bibliographique, ce qui contribue à renforcer l’ancrage scientifique de l’ensemble, et sa crédibilité.

6Les choix iconographiques sont justifiés. Toutes les images ont été pensées et conçues comme des hybrides (« chaque illustration de nos spécimens est un hybride 4», p. 263) : les auteur·e·s ont choisi des photos numériques préexistantes qu’ils ont assemblées par collage avant d’en retracer et d’en vectoriser les contours pour les rendre plus nets. Les images ont été retravaillées avec des algorithmes qui ont permis d’homogénéiser des visuels disparates. Le grain de l’image est rendu selon une méthode pointilliste.

7Ces illustrations sont annotées d’une calligraphie en majuscules qui a l’air tracée à la main et qui fait penser aux carnets des explorateurs du xixe siècle5, ce qui est peut-être une discrète allusion au fait que Nicolas Nova voulait être naturaliste, ses premières études étaient en biologie (Masure et Mathieu, 2025). Les lignes très droites qui désignent différents détails font aussi penser à du dessin technique. En bas à droite du dessin figure le nom de l’animal en latin, ou une reformulation du nom scientifique en anglais.

8L’ouvrage a d’abord été publié en anglais et c’est sur cette version que nous avons travaillé. Les auteur·e·s, français, ont fait le choix de l’anglais pour toucher un large public, mais aussi parce que c’est d’abord un éditeur hollandais qui a fait confiance au projet. Le livre imprimé en 2021 à 4000 exemplaires a connu une excellente réception, il a été épuisé très vite et réimprimé. Il a par la suite connu des éditions allemande, espagnole, italienne. La version française a été publiée en novembre 2024 chez Art&fiction.

9Comment les exemples ont-ils été choisis par les auteur·e·s ? Le corpus est constitué d’animaux, de minéraux, de plantes, de bactéries et d’objets impactés par l’activité humaine à partir du milieu du xxe siècle, volontairement ou en conséquence des évolutions technologiques de notre époque. Le résultat est constitué d’espèces hybrides, mélangeant plusieurs composantes. L’hybridité peut être comportementale, comme pour l’aigle dressé à la capture de drones qui fait la couverture de l’ouvrage [Figure 1]. L’image monochrome associant l’aigle et le drone donne de loin l’impression d’une nouvelle créature, aux pattes multiples et sans tête. L’hybridation du comportement est rendue visible par le montage iconographique. Le mot « bestiaire » revendiqué par le titre est à comprendre au sens large car l’ouvrage ne rassemble pas que des animaux. Ce sont des hybridations « qui vont du minéral et de la matière organique aux systèmes technologiques attestant de la rupture des frontières entre le "naturel" et l’"artificiel" 6» (p. 14).

10Le premier critère de choix des exemples était la variété, le refus de se cantonner à une seule espèce ou à un seul espace (domestique, extérieur, ciel ...). Le deuxième est de ne choisir que des êtres et des choses qui ont émergé après le milieu du xxe siècle, période qui correspond à la « Grande Accélération » de l’Anthropocène (p. 14). Enfin, le refus d’une exhaustivité, qui serait impossible à atteindre, notre monde étant en évolution constante. Le principe de la liste ouverte ouvre la possibilité d’un futur ouvert à la surenchère des hybridations. Le modèle revendiqué est celui du Monster Manual du célèbre jeu de rôle Donjons & Dragons. Cet ouvrage recense des monstres permettant au Maître du donjon (l’animateur du jeu) de peupler ses aventures de créatures prêtes à l’emploi, présentées sous forme de fiches précisant leurs habitudes, leur habitat, fournissant une illustration et des statistiques de combat déjà calculées pour être équilibrées avec les autres créatures sur l’ensemble du jeu. Ce modèle peut être étendu et complété à l’infini (Gary Gygax,1991)7.

11L’exhaustivité qui est recherchée est plutôt celle des modes d’hybridation, des formes d’hybridité entre animal, végétal, minéral. De nombreuses combinatoires sont envisagées. Mais l’hybridation ne se réduit pas à la conjonction physique de deux entités. Il peut s’agir d’un animal qui a modifié son comportement, comme le cygne qui fait son nid avec des déchets (p. 116-117), d’un élément extérieur ajouté à un animal, comme le harnais électronique alimenté par un panneau solaire fixé sur les libellules pour commander leurs déplacements (p. 90-91), d’un organisme génétiquement modifié comme la pastèque rendue carrée pour faciliter le stockage (p. 102-103) ou encore d’un virus qui a muté pour passer de l’animal à l’homme, comme le coronavirus, qui doit son existence et sa diffusion à la mondialisation, fruit de l’industrialisation et de l’activité humaine (p. 140-141). L’hybridation peut aussi venir de la conjonction d’un phénomène naturel et d’un nom qui tend à l’animaliser, ainsi le pyrocumulonimbus [Figure 2], formation nuageuse qui se forme au-dessus des feux de forêt et qui peut considérablement amplifier la propagation des incendies, appelé par la NASA « dragon cracheur de feu [fire-breathing dragon] » (p. 143). Il est difficile de réussir à nommer et à catégoriser tous les phénomènes d’hybridation. Comment par exemple rendre compte du phénomène suivant ? Des scientifiques sont parvenus à implanter des gènes d’araignée dans le génome de chèvres afin que leur lait puisse être transformé en une poudre permettant de produire une fibre dont la solidité et l’élasticité remarquables – comme celles de la toile d’araignée – permet de réparer des mâchoires, les tendons des yeux et de faire des airbags (p. 65). Faut-il compter cela comme l’hybridation de deux animaux ? comme une prothèse animale pour l’homme ? [Figure 3] Le choix des auteur·e·s a donc été de ne pas faire une nomenclature des hybridations tout en essayant d’être exhaustifs dans le référencement de ces hybridations.

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Fig. 2. Spécimen no 56. Pyrocumulonimbus

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Fig. 3. Spécimen no 21. Soie de chèvre/Araignée [Goat/Spider Silk]

12Les fiches ont donc été classées, de façon très académique, en « règnes » (« kingdoms ») : minéral, animal, végétal et « miscellanés » (« miscellaneous »). Ce classement suit les catégories choisies par le naturaliste Linné au xviiie siècle dans sa hiérarchie des classifications, qui s’est imposée depuis comme nomenclature standard et qui a été reprise récemment par Wikipédia. Les auteur·e·s avouent le plaisir qu’ils ont eu à suivre cette organisation classique et désuète du vivant. On voit bien d’ailleurs que la rigidité de ces catégories contribue à la désorganisation du monde démontrée par l’ouvrage, puisque les exemples n’ont de cesse de déborder ces catégories. Les os de poulet sont dans le minéral alors qu’on aurait pu les attendre dans l’animal. Le champignon a des composantes animales et végétales. En se conformant au classement traditionnel de l’histoire naturelle, l’ouvrage en montre les limites, ce qui permet de démontrer aussi l’hybridation du vivant. La dernière catégorie « règne des miscellanés » illustre avec humour l’impossibilité du système.

13L’index liminaire ébauche une proposition de catégorisation non contraignante8. Ces catégories émergent des noms des spécimens et permettent des recoupements a posteriori. Ainsi trouve-t-on dans « Règne animal » : « animal et plastique », « animal modifié », « animal militaire », « outil » … Certains termes n’apparaissent qu’une seule fois, comme « Compagnon logiciel », tandis que de véritables catégories émergent de la répétition comme « Animal capteur ».

14Les chapitres sont organisés selon une gradation dans les degrés d’artificialité. Le chapitre sur les animaux commence par les Patineurs des mers [« Sea skater »], insectes qui et qui sont capables de se déplacer sur la surface des eaux. Des études ont démontré qu’avec l’afflux de déchet dans les océans, l’animal avait choisi de pondre sur des surfaces en plastique plutôt que sur des surfaces organiques (p. 50-51). Le chapitre se termine sur les Tamagoshi, ces animaux de compagnie entièrement électroniques qui se sont développés à la fin des années 90, implantant chez les jeunes générations l’idée qu’il était possible d’entretenir avec les machines une relation de proximité et d’affection (p. 96-97).

15La gradation dans les degrés d’artificialité au sein de chaque chapitre n’est pas immédiatement perceptible pour les lecteurs. En raison de son petit format, de sa couverture souple, de l’autonomie visuelle et sémantique des doubles pages, le livre invite au feuilletage, et les espèces se soustraient du même coup aux catégories. Les auteur·e·s prônent la vertu épistémique de l’assemblage. La mise en correspondance des exemples crée des effets de différenciation et de parallélisme susceptibles de faire émerger un nouveau sens. La pelouse en plastique du « spécimen no 41 » « gazon en rouleau » (p. 108-109) – élément naturel à texture artificielle – résonne avec le « spécimen no 42 » et ses « murs végétaux », à la page suivante (p. 110-111) – élément naturel à positionnement artificiel. On peut opposer le chien domestique doté d’une prothèse (p. 66-67) au robot-chien militaire (p. 92-93), associer le pigeon porteur d’une sonde destinée à tester la pollution dans l’environnement (p. 78-79) au dauphin équipé pour trouver les mines dans les profondeurs marine (p. 82-83), et les opposer tous les deux au rat-bombe qui a une vocation destructrice (p. 86-87). La lecture – linéaire ou non – va susciter un effet de chaînage et un système de correspondances qui enrichissent le propos global de l’ouvrage et qui rendent le lecteur actif dans la construction du sens.

16Le Bestiaire de l’Anthropocène propose donc une réflexion sur l’hybridation du naturel et de l’artificiel, de la biosphère et de la technosphère. Au dernier moment, alors que livre était quasiment terminé, les auteur·e·s ont ajouté le coronavirus. Mais cette insertion fait débat. Le virus est-il lié à l’activité humaine ? Sans aucun doute et ce, quelle qu’en soit l’origine, parce que sans l’activité humaine et les échanges d’une économie mondialisée, le virus n’aurait pas connu une telle diffusion et n’aurait pu engendrer une telle pandémie. Le livre a ainsi été fait pour être parcouru au gré de la curiosité du lecteur pour telle ou telle illustration, ou nom d’animal, un peu comme une exposition, dans laquelle on cheminerait. De fait, le livre a d’abord existé sous forme de planches présentées dans des expositions.

Un livre qui s’inscrit dans un projet collectif et engagé

17Le livre est né de la conjonction de la pensée d’un collectif de recherche-création et d’un enseignant chercheur qui se sont retrouvés autour d’une familiarité de préoccupations. Le collectif Disnovation.org est constitué de trois à quatre personnes. Ses fondateurs sont Nicolas Maigret et Maria Roszkowska. Il s’agit d’un collectif pluridisciplinaire qui a vocation à interagir avec des chercheurs, designers, architectes, codeurs, journalistes... Le collectif s’est constitué autour d’un regard critique sur le solutionnisme technologique qui prétend résoudre les problèmes auxquels est confrontée notre société par un surplus de technologies9. Disnovation.org propose de développer un regard critique et de penser des futurs possibles et souhaitables autrement que par une course à l’innovation. Cela passe dans un premier temps par l’observation de l’addiction de notre société à la croissance économique, croissance qui implique toujours davantage de flux d’énergie et de matière première, et qui impose une réalité biophysique sur la planète. La réflexion sur les enjeux climatiques et écologiques passe par une étude historique des liens entre l’histoire économique et son impact sur l’environnement. Le collectif Disnovation.org transmet ses réflexions au public par le biais d’enquêtes, d’installations, de livres, de serious games, d’ateliers pour les décideurs sur la responsabilité écologique des entreprises, mais aussi de propositions artistiques, toujours dans le but d’aiguiser la pensée critique sur notre condition contemporaine. En 2017 a par exemple eu lieu au Jeu de Paume et en ligne une exposition collective sur l’impact des technologies et de l’innovation sur les sociétés, pour interroger la « propagande de l’innovation » et le mythe de la croissance infinie. « Elle propose un ensemble de contre-stratégies artistiques de nature critique, expérimentale et spéculative et une appropriation, à la fois critique et par la base, du champ des possibles de la société technicienne10 ». Cette exposition a été l’occasion d’une première collaboration entre Disnovation.org et Nicolas Nova11.

18Nicolas Nova a obtenu deux doctorats sur l’interaction humain-machine. Le premier en 2007, à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne, en informatique, portait sur les médias géolocalisés (Nova, 2009), le second à l’université de Genève, en sciences de la société, s’intéressait à la figure « kaléidoscopique » de l’objet global et totalisant qu’est le smartphone. « Il était des rares personnes dont la précision scientifique trouvait des ancrages et relais autant dans la pop culture (musique et jeu vidéo notamment), la presse grand public que les sphères professionnelles des technologies et du design » (Masure et Mathieu, 2025). Professeur à la Haute École d’Art et de Design (HEAD – Genève, HES-SO), il enseignait l’anthropologie des techniques, l’ethnographie appliquée au design et les enjeux contemporains du numérique tout en menant des recherches anthropologiques sur les cultures contemporaines. Il avait pour projet de réfléchir aux mutations insufflées par la crise environnementale et les technologies numériques. Co-fondateur du Near Future Laboratory, une agence de prospective impliquée dans des projets de design fiction, il multipliait les stratégies pour s’adresser à différents publics, comme la publication en 2023 d’un livre-jeu conçu sur le modèle des manuels de jeux de rôle, intitulé Chamonix-Sentinelles. Ce livre-jeu, qui propose de penser différents scénarios sur l’évolution des Alpes entre 2030 et 2100, se trouve à la croisée des sciences naturelles (glaciers en recul, effondrements géologiques, controverses animale), de l'anthropologie et des pratiques de jeu de rôle, mais de façon innovante puisque le joueur peut prendre le rôle d’animaux ou d’objets12. Le livre organise une stratégie d’immersion des joueurs afin de le mettre en prise avec les problématiques environnementales.

19Nicolas Nova travaillait aussi sur d’autres bestiaires d’espèces en voie d’apparition. Un récent article détaillait le bestiaire né de nos ordinateurs : bug, troll, lutin, cheval de Troie, fantômes, worm, daemon. Il s’agit d’un folklore digital émergent (Nova, 2023b). Le titre de l’article « Mapping Our Digital Menagerie : A Monster Manual for the Megadungeon » renvoie explicitement à l’univers du bestiaire de Donjons et dragons. Cette réflexion a été développée dans son dernier ouvrage paru, Persistance du merveilleux. Le petit peuple des machines (2024) qui pose l’hypothèse que la croyance en un merveilleux folklorique, si elle a déserté nos campagnes, n’a pourtant pas disparu et s’est reportée à l’intérieur de nos ordinateurs.

20Les modèles revendiqués par Nicolas Nova pour sa réflexion sur les bestiaires sont les bestiaires médiévaux, mais aussi Borges, Buzzati et Giono13. S’y ajoutent les bestiaires folkloriques (trolls et autres créatures), les Yokaïs, petites créatures monstrueuses des légendes japonaises qui ont donné lieu dans les dernières années à un véritable engouement éditorial (Koichi Yumoto, 2022). Nicolas Nova mentionne également les bestiaires des jeux vidéo et de jeux de rôle et le Dictionnary of Imaginary Places (Manguel et Guadalupi, 1999). Sur le plan de la réflexion écologique à l’ère de l’anthropocène, l’une de ses inspirations est le Feral Atlas, un projet en ligne destiné à rendre visible l’impact de l’homme sur les espèces animales et sur le paysage (Tsing, Deger et alii, 2021). Deux autres sources inspirantes furent le recueil de nouvelles de Dona Haraway, Staying with the trouble (2016) – qui fournit l’exergue du Bestiary of the Anthropocene – et l’essai de Timothy Burton, Dark Ecology (2018). Nicolas Nova travaillait enfin sur le projet de constituer un « bestiaire des intelligences artificielles », des agents conversationnels aux interfaces d’aide contextuelle en passant par les générateurs de textes et d’images, les personnages de jeux vidéo. L’IA est-elle une extension de l’humain ? « Un véritable règne est en train d’émerger, pouvait-on lire dans l’argumentaire de l’appel à contribution, un règne doué de propriétés troublantes, une catégorie inédite, mal classée et peut-être inclassable, de non-humains techniques, à la frontière entre les êtres vivants14. »

21A Bestiary of the Anthropocene s’inscrit dans une réflexion d’ensemble de ses auteur·e·s, qui a été mise en place il y a une dizaine d’années et qui connaît de nombreux prolongements.

22Le livre lui-même est né d’une première liste d’objets, une petite collection de déchets, de minéraux qui a beaucoup intéressé le public lors des prises de parole du collectif, et qui a entraîné une recherche plus poussée sur les hybrides nés des effets de l’homme sur la nature, qui peuplent notre monde et qui ne sont pas le fait d’artistes ou de designers.

23La collection d’objets connaît aussi une incarnation matérielle. Les auteur·e·s ont commencé à rassembler ces artefacts. Ils les ont d’abord présentés dans une exposition qui a été à l’origine du livre15 et continuent aujourd’hui la collection en essayant de rassembler toutes les entités qui y sont décrites. Environ 40 d’entre elles sur 60 avaient été réunies au moment où cet article a été rédigé (mai 2024). Cela va du crâne de l’Homo sapiens à la Trinitite, pierre formée par une réaction nucléaire, et aux composés chimiques utilisés pour provoquer la pluie. Cette collection rendue concrète peut constituer, selon les points de vue, un cabinet de curiosité ou un zoo d’espèces émergentes.

Une morale ?

24Le bestiaire médiéval se caractérise par son processus de moralisation. À chaque animal sont associés des comportements qui sont interprétés en termes théologiques. On pense par exemple que les lionceaux naissent mort-nés et qu’ils mettent trois jours à prendre vie, figurant ainsi les trois jours avant la résurrection du Christ (Pastoureau, 2024). Pourtant, nous avons vu que le discours du Bestiary of the Anthropocene se veut le plus neutre possible. Comme l’a bien montré Pierre-Olivier Dittmar dans son article « Bestiaires » [« Re-calling creatures of the anthropocene »], le lecteur est invité à tirer sa propre interprétation des faits. C’est la même ambition qui anime l’introduction de l’ouvrage : « nous encourager à prêter, à percevoir les nuances et l'assemblage d'une écologie sombre qui a vu le jour au cours des dernières décennies16 » (p. 15). L’ouvrage est conçu en tension, il nous invite à prendre en considération plusieurs interprétations, que l’on retrouve aussi dans les dix articles finaux, boîte à outils pour embrasser cette complexité de plusieurs perspectives, créer de l’étrangeté dans la rencontre entre ces écoles de pensée (voir à cet égard l’index). Les contrastes créés entre les auteur·e·s sont assez marqués : géographe, informaticien, philosophe, historien médiéviste, anthropologue et deux « collectifs ». C’est moins dans ces articles que nous avons choisi de chercher le sens du livre que dans l’implicite du livre, dans le rapport entre le texte et les images dans les notices, dans le frottement entre les différentes légendes donnée à une même image et dans la matérialité du livre. Une morale du texte émerge-t-elle de sa forme ?

25D’abord, le choix de la couleur du livre est signifiant. Le noir, selon Nicolas Maigret, fait penser au pétrole, au charbon, à l’ère fossile dans laquelle nous existons. Les textes ne concluent pas tous aux effets délétères de la modernité sur le monde naturel. C’est certes une partie importante du propos : la notice sur les poissons saturés de micro-plastiques (p. 72-73) décrit les effets secondaires chez les animaux avec une froideur objective (blocage du système digestif, attaque du système nerveux et cause des dommage irréversibles à leur système endocrinien) qui suscite la pitié et la crainte, comme toute bonne catharsis. Dans la table des matières le mot outil [« tool »] est utilisé à plusieurs reprises pour désigner des animaux, terme qui dénonce le pragmatisme avec lequel l’être humain aborde les autres espèces vivantes.

26Mais certaines notices invitent plutôt à l’optimisme. Les murs végétaux assainissent l’air intérieur (p. 130-131), les chenilles mangeuses de plastique (p. 54-55) pourraient apporter une solution à court terme aux déchets plastiques en surnombre. L’image de « la vache à hublot » qui correspond au « spécimen no 20 » du bestiaire exerce quant à elle une véritable fascination. Une ouverture est pratiquée pour donner un accès plus facile à l’estomac de la vache et observer ainsi son système de digestion, par prélèvements ou en y insérant des bactéries [Figure 4]. Le texte précise toutefois que ces vaches ont tendance à vivre plus longtemps que les autres car elles font l’objet de soins spécifiques, ce qui permet de contrer l’aspect dysphorique de l’image. Le même genre d’aller-retour se trouve dans l’exemple des tortues. Un premier contraste se dessine entre le titre tragique de la notice, « tortues étranglées » [« strangled turtles »] et la légende de l’illustration, « tortue cacahouète » [« peanut turtle »]. [Figure 5] Le terme « cacahouète » vient de la déformation de la coquille de la tortue coincée dans les anneaux en plastique d’un pack de cannettes. La forme de la coquille peut prêter à sourire, ainsi que le nom, mais cela ne dure qu’un instant devant le constat dramatique de la déformation du pauvre animal. Pourtant le texte vient alléger la tension dramatique : au lieu de s’attarder sur le sort des tortues en général, il nous présente une histoire individuelle qui trouve une fin heureuse. Sauvée par les vétérinaires malgré la déformation de ses poumons, Peanut est devenue la mascotte de la campagne contre les détritus dans l’État du Missouri (p. 70-71

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Fig 4. Spécimen no 20. Vache à hublot [Cannulated Cow]

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Fig. 5. Spécimen no 24. Tortues étranglées [Strangles Turtles]

27Les notices d’apparence neutre présentent un savant dosage d’optimisme et de pessimisme qui va amener le lecteur à faire usage de son esprit critique pour se forger sa propre opinion. Il est aidé en cela aussi par l’humour, que l’on retrouve à différents niveaux. La tête de chapitre « Règne des miscellanées » prête à sourire car elle annonce la faillite de la structure de Linné évoquée plus haut. Le sourire peut naître d’effets de décalage comme ceux qui s’imposent devant l’image des « blocs erratiques » [« glacial erratics »] (p. 22). Il s’agit d’une roche détachée d’un glacier, transportée sur des milliers de kilomètres par des glaciers et qui apportent ainsi aux scientifiques des informations précieuses sur les mouvements des glaciers et sur les sédiments qu’ils transportaient. La première note d’humour vient du vaste éventail d’usages vernaculaires de cette pierre : siège pour les marcheurs fatigués, bornes pour empêcher la circulation des voitures, matériel de construction, monument touristique ou point de repère dans le paysage auquel on a pu attribuer un rôle dans un rituel religieux. La traduction du terme « glacial erratics » prête aussi à sourire. Au nom inscrit en caractères d’imprimerie dans le cartouche réservé à l’identification savante de l’espèce répond un terme manuscrit qui sert de légende : « gros caillou ». Les guillemets signalent l’utilisation d’un mot en langue étrangère (ici en français, dans la version anglaise), et peut-être aussi une distance du discours scientifique par rapport à une appellation vernaculaire dont il se désolidarise. Il s’agit sans doute aussi d’un clin d’œil de Nicolas Nova, amoureux de Lyon, au « Gros caillou » du quartier de la Croix-Rousse17. Autre élément humoristique, le « spécimen no 22 », un chien muni d’une prothèse est renommé « Frankenchien » [« Frankendog »], allusion transparente à Frankenstein, mais aussi peut-être au dessin animé Frankenweenie, de Tim Burton, dans lequel un petit garçon opère la résurrection de son chien sur un mode grand-guignolesque. Le décalage peut se faire grinçant, par exemple dans la reformulation de « Nids en plastique/bois » [« Plastic/wood nest »] pour le cygne en « déchets comme matériaux de nidification » [« garbage as nesting material »] dans la légende de l’illustration (p. 116) [Figure 6]. On rend explicite la déchéance mais aussi le danger pour l’animal car le mot « déchet » [« garbage »] laisse entendre qu’il peut s’agir de déchets toxiques, ou contaminés. Ces effets de montage entre les différentes légendes crée un sens subliminal.

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Fig. 6. Spécimen no 45. Nids en plastique/bois [Plastic/wood nest]

28Le sourire et la réflexion peuvent aussi naître du décalage entre texte et image. L’ouvrage commence par le règne « minéral » comme un certain nombre d’encyclopédies. Mais la première entrée est, étrangement, consacrée aux os de poulet. De fait, un os est minéral. Par cette première entrée, les auteur·e·s ont voulu insister sur la « signature stratigraphique18 » que laissera notre époque. Les poulets – modifiés chimiquement et génétiquement – ont été produits et reproduits à une telle échelle que la trace fossile laissée aux générations futures par l’anthropocène sera les os de poulet (p. 21). L’illustration ne montre pas un os de poulet mais le très significatif seau KFC, symbole de surproduction et de malbouffe basée uniquement sur le poulet. [Figure 7]

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Fig. 7. Spécimen no 01. Os de poulet [Chicken Bones]

29Le texte consacré au « spécimen no 19 », le rat de laboratoire (p. 60-61), explique les raisons pour lesquelles cette espèce a été choisie pour les tests (facilité pour se les procurer, taille, faible coût, rapidité de la reproduction et physiologie proche de celle de l’espèce humaine) et il décrit la façon dont ils sont utilisés et entraînés, ainsi que leur fort taux de mortalité. Mais c’est l’image qui dénonce le processus en montrant l’absurdité des manipulations qui peuvent être faites, comme ici le fait de greffer une oreille sur le dos d’un rat (non mentionnée dans le texte) [Figure 8].

30On trouve le même écart et le même rôle des images parmi les articles scientifiques en fin d’ouvrage. L’un d’eux fait le constat de terres devenues complètement inhabitables aux États Unis, conséquence de la pollution industrielle et de la saturation des sols (« Communs négatifs » [« On Negative Commons »], Alexandre Monnin). L’article est illustré de photos de panneaux indiquant des zones dangereuses et interdites, donnant une impression de fin du monde (p. 190-201)19 tandis qu’un autre questionne notre rapport à la « féralité » (ce qui retourne à l’état sauvage après avoir été domestiqué) en prenant l’exemple du Roomba, ce robot-aspirateur qui a trouvé sa place dans les maisons (« Féralité » [« On Ferality »], Pauline Briand). L’article est illustré de dérisoires photos de petites annonces du type de celles que l’on scotche sur les réverbères quand on a perdu un chat : des propriétaires de roombas recherchent désespérément leurs aspirateurs domestiques, prénommés Bob, Higgins, Ernie..., qui ont disparu, se sont « enfuis » ou ont été « kidnappés » [Figure 8]. Cette incongruité, en plus d’être un témoignage fascinant du possible attachement compulsif à la machine, vient créer une dissonance avec les autres articles et brouiller le sens.

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Fig. 7. Spécimen no 19. Rat de laboratoire [Lab Rat]

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Fig. 8. Lost Roomba

31Sous des apparences d’objectivité, le livre nous montre l’absurdité du monde. Et cette absurdité a un côté invraisemblable, qui joue un rôle didactique. Pendant les expositions, le public a cru que certains spécimens étaient des inventions. Pourtant tout est factuel, même si la présence de ces objets dans ce monde est parfois absurde. L’image du Bernard l’Ermite exemplifie ce phénomène : on y voit un Bernard l’Ermite la tête coincée dans le culot d’une ampoule. Les crustacés confondent parfois les détritus (boîtes de conserve, gobelets, têtes de poupées arrachées20) avec des coquillages et peuvent s’y retrouver coincés. Absurde par son apparence, cet hybride l’est aussi par le phénomène naturel qui le perpétue. Quand un Bernard l’Ermite meurt, il envoie des signaux à ses congénères pour les informer qu’une coquille est disponible. Le phénomène en chaîne peut entraîner la mort de milliers d’individus (p. 69).

32Selon les auteur·e·s, il y a une bien morale qui est explicite : le monde dans lequel nous vivons et ces nouvelles espèces sont un état de fait. On pense, on vit, on se nourrit de cette réalité qui est celle d’une artificialisation devenue intégrale et planétaire. Et il faut d’abord apprendre à la voir. Qui sait par exemple que les bananes que nous mangeons tous, les « Cavendish », sont en réalité des clones d’une même souche créée pour des raisons industrielles d’efficacité ? On pense ces bananes comme le fruit de la nature alors que leur existence est intégralement liée à l’ingénierie humaine. Ce constat est commun à tous les phénomènes liés à l’agriculture et à l’élevage. Pour des raisons de cohabitation homme /animal, d’efficacité, de productivité, tout a été hautement transformé par notre dépendance à cette denrée. Pour faire voir, Disnovation.org a organisé des ateliers au cours desquels on ouvre le ventre des poissons pour y découvrir les micro-plastiques. Parce que si on ne voit pas, tout est tenu à distance de notre perception, et reste frappé d’irréalité.

33Le livre est envisagé par les auteur·e·s comme un « manuel de terrain » [« field handbook »] (p. 15), comme un « livre de champignons21 » S’il est très illustré, c’est pour développer notre capacité à voir, et à deviner, par le biais des images mentales qui se créent par effet de montage. On le feuillette, on se promène, on développe notre capacité à reconnaître comme artificielles les entités qui apparaissaient comme naturelles. Il est nécessaire de les connaître parce qu’on partage notre existence avec eux. Tout est affecté par l’homme, voire pleinement artificiel. Nous sommes entourés par des hybrides que nous avons créés. Ce raisonnement et cet apprentissage du regard s’inscrivent dans la continuité des travaux de Nicolas Nova qui a conçu pour son jeu Chamonix-sentinelles un carnet de terrain censé avoir été rédigé de 2068 à 2088, retrouvé par un promeneur au Praz de Chamonix (Nova, Calvo et Mineur, 2023). On pense également à son ouvrage Exercices d’observation. Dans les pas des anthropologues, des écrivains, des designers et des naturalistes du quotidien (Nova, 2022) qui propose une série d’exercices et de consignes à s’approprier pour renouveler notre regard sur le quotidien et sur ce qui nous entoure.

34Le but avoué de l’ouvrage est de nous « aider à observer, à naviguer et à nous orienter dans le tissu de plus en plus artificiel du monde22 » (p. 15) : conglomérat de plastiques, robots de surveillance, herbe artificielle, arbres antennes, aigles conçus pour attaquer des drones, bananes standardisées... Toutes ces espèces sont symptomatiques de l’ère « post naturelle » dans laquelle nous vivons. Et ces espèces en voie d’apparition sont aussi en voie d’expansion et vivent de plus en plus en symbiose avec nous. Le discours est militant parce qu’il nous invite à reconnaître l’artificialisation planétaire totale, mais ce n’est pas pour autant une diabolisation.

35Il s’agit de prendre acte d’un moment historique. Ces nouvelles espèces sont là pour rester. Il est enrichissant de comprendre qu’il n’y a pas de retour possible vers un passé préservé, à une ère pré-industrielle. Il est dont important de réfléchir : quels sont les futurs disponibles à partir de ce point-là ? C’est ce que préconise Geoffrey C. Bowker dans le dernier article du volume (« Temporalités » [« On Temporalities »]) :

Plutôt que d'essayer de préserver les choses telles qu'elles sont, ce qui n'est ni souhaitable ni possible, nous devrions nous tourner vers un avenir où nous créons la capacité d'un changement continu. Vivre dans un monde adaptatif signifie développer de nouveaux types de pensées politique, écologique, mythologique et poétique. Nous devons rassembler tous ces éléments afin de créer le meilleur ensemble de règles possible pour l'avenir. (p. 256)23

36C’est donc un changement de société qui est envisagé. C’est sans doute pour cette raison que les auteur·e·s ont choisi d’introduire en regard de l’article, dénué d’illustration, des images du « monde-à-l’envers » tirées d’une collection d’images d’Épinal (1829, De la Fabrique du Pèlerin). Ces images du monde renversé tirent leur origine d’une source très ancienne. On les trouve dans les manuscrits médiévaux et sur les plafonds peints du Moyen Âge (Debernardi et Gentile, 2023) et, selon certains critiques, on peut faire remonter ces motifs jusqu’à la Mésopotamie (Cocchiara, 1985). Dans tous les cas, il s’agit de faire voir l’absurdité du monde et, peut-être, d’appeler à un changement des normes comportementales, politiques et sociales (le sens de ces images n’est pas toujours fixé, et dépend de leurs contextes d’apparition). Dans notre volume, ces illustrations montrant le chasseur chassé par un oiseau ou le boucher écorché par un cochon proposent une remise en question du fonctionnement même de l’anthropocène, invitent à un nouveau regard et à de nouveaux comportements.

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37A Bestiary of the Anthropocene a été un pari éditorial, tant pour son aspect formel que pour son propos. Un pari qui a fonctionné car l’édition anglaise et l’édition française sont déjà épuisées. L’ouvrage capture le moment précis où la biosphère et la technosphère se rencontrent et se confondent en un nouveau corps hybride24. L’ouvrage, lui-même hybride par bien des aspects, présente un corpus de créatures et d’objets en devenir, produits de notre époque. La seule exhaustivité recherchée est celle des modes d’hybridation. Au-delà du bien et du mal, sans manichéisme, les auteur·e·s ont cherché, par la présentation de ces nouvelles espèces, à susciter « émerveillement et effroi », nouvelle catharsis, contemplation et vertige devant le monde à venir devenu irréversible.