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Logiques et esthétiques de la fiction

Logiques et esthétiques de la fiction

Publié le par Alexandre Gefen

AIX-EN-PROVENCE

27, 28 février et 1er mars 2003

(Université de Provence, Salle des Professeurs, 2ème étage)

 

JEUDI 27 FEVRIER : FICTION, LANGAGE ET REFERENCE

Matin


  • 9h30 Ouverture du colloque
  • 9h45 Jean-Pierre Cometti : Concepts fictifs, modèles de recherche et dintelligibilité
  • 10h15 Marielle Macé :Micro-fictions et construction de la référence
  • 10h45 Pause
  • 11h00 Elisa Bricco : La construction de la réalité dans les romans de Alain Nadaud
  • 11h30 Nicolas Xanthos : La Nébuleuse du Crabe de Chevillard au risque des jeux de langage de Wittgenstein.


Après-midi


  • 14h00 Jean-Baptiste Rauzy : Le statut de l'haeccéité dans la fiction
  • 14h30 Jérôme Pelletier: Fiction et Causalité
  • 15h00 Pause
  • 15h15 Anaïs Simon  : Le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein. La proposition fictionnelle a-t-elle un sens ?
  • 15h45 Philippe Chométy : Fiction poétique et fiction philosophique dans la poésie cartésienne : l'exemple des Principes de philosophie de l'abbé Genest


VENDREDI 28 FEVRIER : FICTION ET EXPERIENCE

Matin


Après-midi


SAMEDI 1er MARS : LHORIZON DES POSSIBLES

Matin


Après-midi




RESUMES DES CONTRIBUTIONS :

Elisa Bricco


L'errance de la vérité dans les romans gigogne d'Alain Nadaud

La critique définit la plupart des romans d'Alain Nadaud comme des polars, mais en réalité ce sont des polars assez particuliers car ils mettent en jeu des réalités très lointaines de la nôtre et développent toujours des questionnements touchant à la métaphysique plutôt qu'au policier. Parmi ces ouvrages Auguste fulminant (1997) et La Fonte des glaces (2000) présentent une charpente et un fonctionnement similaires, car ils sont construits avec une structure à emboîtement sur trois stades : le premier plus superficiel où commence la narration et où apparaît un premier «niveau de réalité» et un narrateur qui raconte une histoire. Le deuxième stade est celui où le lecteur est confronté à une autre réalité plus difficile à appréhender car il doit se confronter à la multiplication des narrateurs. Dans le troisième stade, transversal aux deux autres, prend forme un questionnement sur l'écriture, sa mise en cause qui contribue à déstabiliser toute la construction des ouvrages.

Elisa Bricco est Ricercatrice/maître de conférences à l'Université de Gênes, au DISCLIC (Dipartimento di scienze della comunicazione linguistica e culturale), où elle enseigne la littérature française. Elle a préparé une thèse sur la traduction poétique et ensuite elle a étudié les rapports du poète André Frénaud avec l'Italie (André Frénaud e l'Italia, Bari, Schena, 1999). Dernièrement elle s'est intéressée au roman français contemporain dans le cadre d'une recherche sur le pacte auteur/lecteur dans le roman français (-"De Delphine à Corinne: le pacte romanesque chez Mme de Staël", Studi Francesi, 131, maggio-agosto 2000; "La dynamique des avant-textes dans les romans de Sylvie Germain", in Stratégies narratives du roman français contemporain, éd. Rosa Galli Pellegrini, Bari, Schena-Presses de la Sorbonne, 2002). Elle a traduit du français:  Edmond JABES, Desiderio di un inizio. Angoscia di un unica fine, a cura di Elisa Bricco, préf. Alberto Folin, Genova, San Marco dei Giustiniani, 2001; Roger LAPORTE, Lettera a nessuno, a cura di Elisa Bricco, pref. Philippe Lacoue-Labarthe, post. Maurice Blanchot, Genova, San Marco dei Giustiniani, 2002.

Marc Cerisuelo 


La fiction : le propre du cinéma

Marc Cerisuelo, chercheur au CNRS, enseigne les études cinématographiques aux Universités de Paris III et Paris VII. Critique à Télérama et Positif, il est notamment lauteur de Hollywood à lécran (Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2000), Stanley Cavell. Cinéma et philosophie, en collaboration avec Sandra Laugier (Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2001) et de Preston Sturges ou le génie de lAmérique (PUF, 2002).

Philippe Chométy


Fiction poétique et fiction philosophique dans la poésie cartésienne : l'exemple des Principes de philosophie de l'abbé Genest

Nous nous demanderons en quoi la fiction peut offrir une connaissance du monde en interrogeant la composante philosophique de la poésie cartésienne dans luvre de l'abbé Genest (1639-1719). Les Principes de philosophie, ou preuves naturelles de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme forment un long poème inspiré à leur auteur par l'oeuvre même de Descartes, comme en témoigne son titre, combinaison des Meditationes de prima philosophia, in qua Dei existentia et animae immortalitas demonstratum (1641) et des Principia philosophiae (1644). Les uvres de nombreux poètes du XVIIe siècle, cartésiens ou non, attestent que le vers peut être encore envisagé comme un véhicule aux idées, et que la poésie peut permettre d'exprimer  une pensée. Genest nous invite à penser que la poésie peut se tourner vers l'observation scientifique du monde et prétendre avoir une valeur cognitive, revendiquant par ce biais la porosité des frontières entre le vrai et le vraisemblable, le monde du « réel » et le monde de la fiction. Cela est d'autant plus vrai que la philosophie cartésienne ne semble pas entièrement rétive à la fiction, se rendant d'elle même apte à la versification dans le cadre d'une histoire, d'un narré, d'une fable. De même, la physique de Descartes a pu paraître à bien des égards, aux contemporains du philosophe, comme romanesque, telle une cosmogonie antique, « l'Histoire d'un Monde imaginaire », comme le rappelle Genest dans sa Préface. Quel statut doit-on dès lors accorder à une fiction fabuleuse, et qui se veut néanmoins hypothèse intellectuelle ? Dans le cadre d'un poème, la fable peut-elle toujours prétendre à être heuristique ? Et si tel est le cas, comment accorder un statut positif à la fiction, alors que les critères esthétiques du XVIIe siècle nient précisément qu'elle puisse appartenir au domaine du vrai ? Nous nous demanderons justement dans quelle mesure la fiction prétendument « philosophique » ne serait pas d'abord par nature « poétique ». La fiction ne trouverait-elle pas sa positivité dans le fait même qu'elle soit chimérique ? C'est ce que semble vouloir exprimer Genest en métamorphosant notamment le Malin Génie de Descartes en deux entités distinctes, Jupiter et Morphée. De cette manière, Genest propose une fiction dans la fiction, voire une fiction de la fiction, se réappropriant l'hypothèse d'une fausseté généralisée menant au doute universel. En paganisant le Malin Génie de Descartes, Genest pose la question de la fausseté sous l'angle de l'erreur mythologique, révélant poétiquement que l'existence d'un Dieu est la seule garantie de la vérité, et que la source de cette vérité ne peut être qu'un vrai Dieu, c'est-à-dire chrétien, ce que seul le paradoxe d'une fiction fausse, celle des païens, mise au service d'une fiction « vraie », celle de Descartes, pouvait mettre à jour. Idée qu'énonce Genest dans sa Préface en répondant à ceux qui accusent Descartes d'avoir inventé un « Roman de la Nature » : « qu'on me permette de dire que je n'ai jamais vu de Roman si beau, si bien suivi, ni qui ressemble mieux à la Vérité » ? roman que l'abbé Genest affirme être prêt à abandonner pour un autre la seule condition qu'il soit alors une autre fiction « où l'on montreroit plus de vérité, ou de vrai-semblance ».

Philippe Chométy est agrégé de lettres modernes. Il prépare une thèse de Doctorat à lUniversité de Provence sur l'inscription des idées philosophiques dans la poésie au XVIIe siècle.

Jean-Pierre Cometti


Concepts fictifs, modèles de recherche et dintelligibilité

La fiction remplit une fonction de connaissance, bien au-delà des contenus cognitifs qui peuvent lui être associés. Une analyse de la façon dont la fiction contribue à la clarification de certaines questions, par exemple dans un roman, permet aisément de s'en convaincre. Ainsi, c'est parce qu'il recherchait une possibilité d'exploration des problèmes que lui paraissait poser la culture et le savoir de son temps que Musil a construit son uvre majeure: L'Homme sans qualités, autour de ce que j'aimerais appeler un « concept fictif », en empruntant cette expression à Wittgenstein. Le concept d' « homme sans qualités »  est un tel concept. Non seulement il s'apparente à une hypothèse dont on s'efforce d'évaluer les effets et les conséquences dans un cadre de référence donné, mais il investit la trame narrative d'une signification qui a la valeur d'un essai, au double sens de ce terme. La notion de « concept fictif », mobilisée de la sorte, ne va certainement pas sans difficulté. Elle s'ouvre néanmoins sur des possibilités d'analyse qui devraient permettre de mieux comprendre le genre de contribution que la littérature et la fiction sont à même d'apporter à la connaissance, sur toutes sortes de questions d'ordre éthique, philosophique ou ontologique.

Jean-Pierre Cometti est Professeur au Département de philosophie de lUniversité de Provence (Aix-Marseille 1). Il est membre du Comité scientifique de la Revue Internationale de Philosophie et co-dirige, avec Claudine Tiercelin, le GRAPPHIC (Groupe de Recherches Associées sur le Pragmatisme et la Philosophie Contemporaine), affilié au Séminaire dEpistémologie dAix-en-Provence. Ses travaux portent principalement sur lesthétique et la philosophie contemporaine, en particulier luvre de Wittgenstein et le pragmatisme américain.  Publications récentes : La Maison de Wittgenstein (PUF, 1998), Lart sans qualités (Farrago,1999), Questions desthétique (avec J. Morizot et R. Pouivet, PUF, 2000), Art, modes demploi (La Lettre volée, Bruxelles, 2000), La Philosophie autrichienne (éd. Avec Kevin Mulligan, Vrin, 2001) Philosopher avec Wittgenstein (2°éd., Farrago, 2001), Musil philosophe (Le Seuil, 2001), Art, représentation, expression (PUF, 2002). Il a également traduit, entre autres, plusieurs livres de Nelson Goodman, Richard Rorty, Richard Shusterman et Ludwig Wittgenstein. Il prépare actuellement une édition française des uvres philosophiques de John Dewey (PUP/Farrago), ainsi quune nouvelle édition de LHomme sans qualités, de R. Musil (Le Seuil).

Gabriella Crocco

Fictions logiques : individus et mondes possibles dans les logiques modales

La lente constitution de lanalyse logique des modalités, des travaux de Carnap jusquà ceux de Kripke et Lewis, pose, du point de vue philosophique, essentiellement deux problèmes : comment doit-on concevoir la notion de monde possible par rapport à celle de modèle ?  que doit-on entendre par la référence aux individus à travers ces mondes possibles ? Nous retraçerons brièvement lhistoire du débat qui a eu lieu autour de ces questions, et nous proposerons un bilan de ces discussions en les rapportant aux applications récentes des logiques des conditionnels contrefactuels à lintelligence artficielle.

Gabriella Crocco est Maître de Conférences à lUniversité de Provence. Elle est membre du comité Scientifique de la revue Philosophia Scientiae. Elle a notamment publié : G.Crocco, A.Herzig, L.Fariñas del Cerro, éditeurs, Conditionals : from Philosophy to Artificial Intelligence, Oxford University Press, 1995 ; Fondements logiques du raisonnement contextuel UniPress, Padova, 1996 (Publié avec le concours du Centro Nazionale delle Ricerche) ; "Alan W. Richardson's Carnap's Construction of the World" Book Review. Erkenntnis 1-5, 1999 ; G. Crocco, Andreas Herzig "Les opérations de changement basées sur le test de Ramsey", Logiques et revision, édité par Pierre Livet, Hermes 2002 ; "La méthode structurale et les systèmes philosophiques"  Colloque international : Normes et Structures Université de Rennes, Mars 2001, actes à paraître dans la Revue de Métaphysique et de Morale.

Danielle Dahan-Feucht

Lhomme bressonnien : Une énigme

La question des limites de la représentation liée à celle de la cognition est une question que lart na de cesse de soulever. Elle se pose de façon plus aiguë au cinéaste Robert Bresson sachant que lobjet de son art est lHomme dans son énigmaticité. A celle-ci Bresson propose une écriture cinématographique radicalement nouvelle : une configuration naissant de la mise en rapport du langage articulé et inarticulé (musique, sons, couleurs) de sorte que limage cinématographique finit par recouvrir la forme dune figure géométrique : un triangle, un cercle, un carré etc. En dautres termes Bresson dépasse les limites de la représentation non pas en disant, mais en montrant l « énigme humaine » précisément parce quelle est indicible. Cette corrélation entre reconnaissance des limites du langage articulé et dépassement de celles-ci, le philosophe du langage autrichien L. Wittgenstein la dévoilait déjà dans son ouvrage majeur :  Tractatus logico-philophicus (1910). De fait, selon le philosophe nous ne pouvons avoir accès au monde que par lintermédiaire de l « image » que nous nous faisons de la réalité dès lors quil y a analogie isomorphe entre la réalité que nous percevons et la représentation de celle-ci par le langage articulé et/ou inarticulé.

Dans LArgent, le dernier film de Robert Bresson il est frappant de constater combien lécriture du cinéaste est la réalisation des réflexions du philosophe. Bâti sur une parenté isomorphe entre la réalité matérielle et le destin du héros, le lecteur est posé face au décryptage de lignes restant le seul moyen daccès à une connaissance partielle et superficielle du monde et de lHomme : une ligne ascendante et descendante ayant relégué à larrière plan le pilier du cinéma traditionnel quétait le langage articulé. 

Danielle Dahan-Feucht enseigne la littérature et la civilisation francaises à l'Université de Tuebingen (Allemagne). Elle est lauteur dune thèse intitulée "Robert Bresson : Une téléologie du silence."

Alexandre Gefen

Lexemplarité de la fiction

Alexandre Gefen, assistant à lUniversité de Neuchâtel, membre du groupe de recherche Modernités de lUniversité Bordeaux 3 et directeur du site Fabula, soutiendra en 2003 une thèse de Doctorat sur le genre de la vie imaginaire dans la littérature française à lUniversité Paris-IV Sorbonne. Parutions récentes : La Mimèsis (Flammarion, 2001), Frontières de la fiction (Presses Universitaires de Bordeaux/Nota Bene, 2001), Oeuvres de Marcel Schwob (Les Belles Lettres, 2002), Barthes, au lieu du roman (en collaboration avec M. Macé, Desjonquères, 2002).

Laurence Harang 

Les fictions juridiques

 L'usage des fictions dans le domaine juridique constitue une opération symbolique dont la finalité est de rendre présent à l'esprit ce que nous ne pouvons comprendre. Dès lors, il semble nécessaire de renverser notre manière habituelle de concevoir le rapport du réel à la fiction : la fiction n'est pas de l'ordre du non être, puisqu'elle introduit des médiations dans le réel. Autant dire que la fiction explore les possibilités du réel. Sans doute, comme l'analyse remarquablement Hume dans Le Traité de la nature humaine, la fiction est-elle produite par les artifices du langage, mais elle soutient alors l'imagination dans son travail de représentation. Ainsi, les fictions juridiques produisent du sens et construisent un ordre nécessaire à l'édifice social. Il ne s'agit pas de produire un discours véridique  mais d'engendrer des habitudes, des coutumes ayant la force de nos croyances.

Laurance Harang enseigne la philosophie à Toulon. Elle est lauteur dune thèse de philosophie intitulée Rationalité de laction et rationalité de la décision, publiée aux Presses Universitaires du Septentrion en novembre 2000. Elle travaille à titre personnel sur les raisons et les motifs de laction.

Philippe Lacour 

Ce que lhistoire doit à la fiction


Depuis les différentes formes de ce quil est désormais convenu dappeler le retour au récit dans lhistoriographie contemporaine, nul ne songe plus a opposer de manière frontale lhistoire et la fiction. Pour autant, le compagnonnage de ces deux disciplines discursives ne va pas sans poser quelques problèmes, ainsi que lattestent les débats sur le négationnisme, le révisionnisme ou, sous leur forme atténuée, le relativisme. Force est donc dadmettre que les usages que lhistoire fait de la fiction, que les usages fictionnels de lhistoire, avérés, font problème.

Une conception non positiviste de lhistoire est parfaitement légitime, qui admette en elle une part de fiction, non pas au sens dune histoire-fiction usant de conditionnels contrefactuels, mais au sens dun travail dimagination requis pour la représentation du passé.

Cette thèse épistémologique est étroitement solidaire du refus dune conception anti-référentielle de la littérature. Tout le problème (que nous naborderons que de manière allusive) étant précisément de savoir en quoi et comment lénoncé fictionnel fait référence au réel.

En évitant lécueil du fictionnalisme historiographique le plus dur, jessaye de souligner la fécondité indéniable des travaux de poétique historique (Philippe Carrard). Ce faisant, il sagit daborder, in fine, le problème épistémologique constitutif du savoir historique : comment le récit historiographique, sous-ensemble discursif partageant avec le récit de fiction tout en ensemble de traits narratifs, peut pourtant prétendre parler du vrai, du réel ? Autrement dit : comment se fait-il que lhistoire, qui utilise la fiction, ne sy résout cependant pas ? Peut-être lessai pour répondre à cette question peut-il nous être utile pour comprendre, de manière indirecte, le concept de fiction.

Jenvisage détudier le rapport de lhistoire à la fiction en trois temps. Dabord jessaye de circonscrire le lieu où se pose le problème de leur rapport. Ensuite, jexamine les raisons pour lesquelles la frontière entre ces deux modes narratifs peut tendre à seffacer, ainsi que le caractère indépassable de ce voisinage. Enfin, je pose la question du critère de démarcation entre ces deux types de récit, en insistant sur le souci et les techniques de vérité de Clio.

Philippe Lacour est Allocataire Moniteur Normalien au Département de philosophie de lUniversité de Provence. Il prépare actuellement une thèse de Doctorat sur la philosophie de laction et lépistémologie de lhistoire.

Aude Locatelli 


Musique-fiction : invitation  à une écoute imaginaire des sons

Nous désignons par le terme de "musique-fiction" - calque du mot "science-fiction" - le domaine des uvres littéraires inspirées, de manière thématique et formelle, par la musique. De telles uvres montrent comment le monde sonore a pu nourrir l'imaginaire des écrivains et invitent le lecteur à une écoute spécifique, en ce que la musique qu'elles donnent à entendre, par le biais des mots, demeure nécessairement fictionnelle. Nous nous intéresserons en particulier  aux tentatives de création, par les romanciers, d'uvres musicales fictives - tel l'opéra "Mahomet" dans la nouvelle de Balzac intitulée Gambara - et à l'évocation de musiques supposées inouïes, dans le domaine romanesque contemporain (Le Musicien de Ch. Reznikoff, L'Ecole du virtuose de G. Jonke, Novecento-pianiste d'A. Baricco). Nous nous proposons d'explorer ici les stratégies narratives adoptées pour suggérer la musique imaginaire et de réfléchir à l'effet induit de "Trompe-l'ouïe"* que "vraisemblabilise" le jeu, coexistant, de références à des compositions réelles (Robert-le-Diable de Meyerbeer chez Balzac, The Pearls de Jelly Roll Morton chez A. Baricco).

*expression empruntée au critique J.P. Martin, La bande sonore, Corti, 1998.

Aude Locatelli est Maître de Conférences de Littérature Générale et Comparée à l'Université de Provence. Son travail de recherche porte sur les apports de la littérature et de la musique. Ouvrages publiés : La lyre, la plume et le temps. Figures de musiciens dans le Bildungsroman, Tübingen, Max Niemeyer,"Communicatio", 1998 ; Littérature et musique au XXe siècle, Paris, PUF, "Que sais-je?", 2001.

Boris Lyon-Caen


La Comédie humaine, une épistémologie en devenir

Il sera ici question de La Comédie humaine de Balzac comme dun symptôme.  J'aimerais examiner comment peut s'inventer, sur les ruines de la raison  herméneutique et dune problématique de lincarnation, un régime très  surprenant de la signification, de nature proprement romanesque. Un régime selon lequel lêtre et le sens savèrent consubstantiels, et que l'on pourrait  dire deleuzien ou spinoziste. (Balzac a été un des premiers à traduire Spinoza, et peut-être le roman balzacien commence-t-il là où la traduction de l'Éthique s'arrête, au milieu de la huitième proposition du Livre I). Ce régime ne semble  pas dialectique, n'est presque jamais théorisé et reste toujours à létat impur. Il noue une procédure - la logique de l'écart - et une structure - l'horizontalité du plan. Au coeur de ce nouage : le signe. Il apparaît ainsi que la figuration du signe voue le texte balzacien à une série de déplacements épistémologiques majeurs, consacre une esthétique de lespacement et empêche ce faisant de penser la configuration Comédie humaine comme organisme ou mécanique, voire même comme réseau ou communication. Il s'agira de penser cette configuration sous la catégorie (qui précisément n'en est pas vraiment une) du  devenir. Une façon, aussi et surtout, dobserver in situ la consistance, les  dévoiements et les redéfinitions de la conjonction philosophie-littérature.

Boris Lyon-Caen, professeur agrégé, est Attaché Temporaire dEnseignement et de Recherche à lUniversité de Toulouse le Mirail. Il prépare une thèse sous la direction de P. Hamon sur le récit balzacien et codirige le séminaire « Signe, déchiffrement, interprétation : Recherche interdisciplinaire sur le XIXe siècle ».

 Marielle Macé


 Micro-fictions et construction de la référence

 Les opérations de référenciation nécessitent-elles une quantité textuelle importante, et une véritable chronogénèse ? Un univers fictionnel, du moins les entités qui le composent, peut se constituer extrêmement rapidement, et un seul être ou une seule opération peuvent suffire à le peupler.  C'est ce qu'exemplifient les « micro-fictions » - dont celle-ci, proposée en défi par Hemingway : « A vendre, robe de mariée n'ayant jamais servi », ou celle-là, rapportée par Calvino : « Lorsqu'il se réveilla, le dinosaure était encore à côté de lui ». C'est aussi ce que permet de constater la construction fictionnelle en contexte purement descriptif et non narratif - dans les genres poétiques par exemple, dont les textes de Michaux sont un exemple privilégié - qui montre que la construction de la référence peut avoir lieu hors narration, hors configuration temporelle.  C'est l'extrême force de « levier » du langage qu'il s'agira d'étudier, mais aussi les mécanismes extra-linguistiques de ces opérations de référenciation : s'appuient-elles au fond sur des topiques fictionnelles simplement miniaturisées, quel est le rôle du lecteur - et l'éventuel comblement des lacunes narratives infinies qu'il est invité à opérer - ? Ce sera aussi l'occasion de réfléchir au rapport entre la configuration temporelle, la quantité textuelle, et l'ampleur paradoxale de l'univers construit, dans des contextes d'une extrême brièveté.

Marielle Macé, boursière de la Fondation Thiers, ancienne élève à lEcole Normale Supérieure et assistante à lUniversité Paris IV-Sorbonne, a consacré sa thèse de doctorat à lessai littéraire en France ; membre du site Fabula, où elle dirige lAtelier de théorie littéraire, elle a notamment publié des études sur les questions générique et fictionnelle, Barthes, Caillois, Valéry, Sartre, Ungaretti, elle a publié en collaboration avec A. Gefen Barthes, au lieu du roman (Desjonquères, 2002) et prépare un ouvrage sur Le Genre en littérature (Flammarion, 2003).

Yannick Maignien


Vérité et fiction sur Internet : la question du métalangage

Sous ce titre, je souhaiterais analyser en quoi Internet et le Web peuvent être ou non désignés comme un discours référentiel, et en fonction de la position de cette question montrer les limites, difficultés et possibilités nouvelles du champ fictionnel en ce domaine. La seconde partie de mon exposé soulèverait la question du métalangage et des métalogiques en jeu dans les projets de "Web sémantique" et examinerait alors en quoi pourrait souvrir autrement la question du champ fictionnel défini plus haut, notamment par la possibilité d'utiliser des opérateurs modaux, issus par exemple de la sémantique des mondes possibles.

Yannick Maignien prépare une thèse de Doctorat sur "Vérité et fiction sur internet : Le statut des documents édités en ligne".

Nancy Murzilli


La fiction, de lexpérience de pensée à la construction de lidentité personnelle

 Une expérience de pensée est linvention dun cas fictif dans lequel on observe la modification possible dun élément et les conséquences que peut engendrer la modification de cet élément sur le contexte dans lequel il évolue.Nous tenterons de montrer comment la fiction, envisagée comme une expérience de pensée, peut contribuer à une connaissance de l'identité personnelle, à travers la construction d'une identité narrative, sans qu'il soit nécessaire de considérer l'acte de lecture comme une "immersion" ou une "simulation" de la part du lecteur. Une telle démarche suppose une critique des théories du make-believe et un examen de la  valeur hypothétique de la fiction. Nous proposerons d'examiner les expériences  de pensée non comme des expériences feintes (simulations) mais comme des exercices de supposition. La supposition n'exigeant pas du lecteur qu'il feigne les croyances du narrateur ou de l'auteur pour en tester la valeur.

Nancy Murzilli prépare une thèse de Doctorat à lUniversité de Provence sur les problèmes épistémologiques et esthétiques de la fiction à partir dune réflexion sur les expériences de pensée. Elle a participé, en 2001, au colloque en ligne « leffet de fiction », organisé par le groupe de recherche Fabula, avec la communication « La fiction ou lexpérimentation des possibles », et a publié plusieurs comptes rendus dans la Revue internationale de philosophie et dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Elle collabore actuellement à la traduction de The Structure of Appearance de Nelson Goodman, à paraître chez Vrin en 2003, et des Oeuvres Philosophiques de John Dewey, à paraître aux éditions Farrago en 2003. Elle est collaboratrice au Bulletin Critique du Livre en Français et membre du GRAPPHIC.

Jérôme Pelletier 


Fiction et Causalité

Jérôme Pelletier est Maître de Conférences au Département de Philosophie de l'Université de Brest et membre de l'Institut Jean-Nicod à Paris (CNRS/EHESS/ENS). Ses dernières publications relatives à la fiction sont : "Actualisme et fiction", Dialogue, Vol. 39, n°1, 77-99, 2000 ; "Voir un fictum dans une image", in P. Livet (dir.), De la perception à l'action  Contenus perceptifs et perception de l'action, Vrin, 155-190, 2000 ; "Reply to François Recanati", in J. Dokic et J. Proust (dirs.) Simulation and Knowledge of Action, John Benjamins, Advances in Consciousness Research series, 173-184, (à paraître, 2002).

Roger Pouivet


Fiction, émotions et vertus intellectuelles

Pourquoi pleure-ton au cinéma ? On peut répondre à cette question en trois points. 1°) Une solution au paradoxe de la fiction (être ému parce quelque chose dont on ne croit pas que cela existe) montrant que nos émotions à l'égard des fictions sont bien réelles (nous ne simulons rien, vs K. Walton), mais nous avons certaines croyances au sujet du mode de fonctionnement des fictions (une compétence sémiotique, cf. N. Goodman). Dès lors, pleurer au cinéma n'aurait rien d'irrationnel (vs C. Radford) et rien de paradoxal. 2°) Un explication du rôle que jouent les émotions fictionnelles dans la formation des vertus intellectuelles, c'est-à-dire de dispositions à comprendre. Une vertu est une disposition motivante. La fiction aurait une fonction cognitive : le développement d'émotions appropriées et indispensables à la compréhension de certains aspects de la réalité, particulièrement lorsque la compréhension suppose de savoir quoi ressentir. Si cette thèse est correcte, il s'ensuit que la valeur esthétique des fictions artistiques est en partie cognitive. 3°) Les fictions peuvent aussi jouer un rôle dans l'éducation morale, si elle est bien une éducation par l'émotion et non une éducation des émotions (cf. R. Scruton). Cette fois, il s'agit non seulement de déterminer quelle est la réponse (émotionnelle) appropriée , mais quelle est la réponse (émotionnelle) méritée à une fiction. On pleurerait donc au cinéma parce qu'on comprend la signification de l'histoire qui nous est racontée, et qu'en ce cas comprendre c'est pleurer (ou au moins ressentir une émotion). Ces émotions ressenties seraient une sorte d'entrainement à l'exercice de vertus intellectuelles et morales.

Roger Pouivet est Professeur de philosophie à lUniversité de Nancy  2. A publié : Lire Goodman (dir.), L'éclat, Combas, 1992 ; Esthétique et logique, Mardaga, Liège, 1996 ; Après Wittgenstein, saint Thomas, PUF, Paris, 1997 ; L'ontologie de l'oeuvre d'art, Chambon, Nîmes, 1999 ; Questions d'esthétique (avec J.-P. Cometti et J. Morizot), PUF, Paris, 2000 ; Analyse et théologie : croyances religieuses et rationalité, Vrin, Paris, à paraître en 2002. Il publiera  prochainement : L'oeuvre d'art à l'âge de sa mondialisation : un essai d'ontologie de l'art de masse, La lettre volée, Bruxelles.

Jean-Baptiste Rauzy

Le statut de l'haeccéité dans la fiction


Jean-Baptiste Rauzy est ancien élève de L'ENS,  agrégé de philosophie, Maître de Conférences à l'Université de Provence. Né en 1964, il a notamment publié à la librairie Vrin (2001) : La Doctrine leibnizienne de la vérité, Aspects logiques et ontologiques. Il a conçu et coordonné, pour les PUF (1998), la traduction d'une anthologie de textes de Leibniz : Recherches générales sur l'analyse des notions et des vérités et autres textes logiques et métaphysiques. Il travaille actuellement dans le champ de la métaphysique analytique.

Alain Schaffner

Romanesque et niveaux de fiction


Dans le roman réaliste, le "romanesque" apparaît comme une sorte de roman au second degré, de fiction seconde dans une fiction première qui se nourrit d'elle en ironisant sur elle, ou parfois en la réécrivant. Le romanesque se présente ainsi comme un horizon du roman qui prend parfois la forme d'un idéal inaccessible. Il introduit de la profondeur dans la fiction en la dédoublant et présente au lecteur une image intérieure à l'oeuvre de ses rapports avec elle.

Alain Schaffner est Professeur de littérature française du vingtième siècle à l'université d'Amiens et Directeur du Centre d'Etudes du roman et du romanesque (Université de Picardie). Principales publications : Le Goût de l'absolu. L'enjeu sacré de la littérature dans l'uvre d'Albert Cohen, Champion, 1999 ; Le porte-plume souvenir. Alexandre Vialatte romancier, Champion, 2001. Travaux en cours : édition de la correspondance Vialatte-Pourrat (à paraître aux Presses Universitaires de Clermont) et des récits de jeunesse de Vialatte (à paraître chez Champion) ; une étude sur la question du romanesque dans le roman au vingtième siècle.

Anaïs Simon


Le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein. La proposition fictionnelle a-t-elle un sens ?


Le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein semblerait ne pas se prêter, à première vue, à une communication sur le rapport entre philosophie et fiction. Cependant, si on le considère généralement comme un traité logiciste, dont l'objectif est de proposer un moyen de clarifier les propositions du langage, et ainsi de mettre fin aux confusions qui en découlent, touchant en particulier les " propositions et questions des philosophes " (4.003), l'enjeu du Tractatus ne saurait se limiter à l'établissement des propositions dites des " sciences de la nature ". Cette lecture en effet qui s'en tiendrait à une interprétation rigide de ce que les commentateurs ont appelé la " théorie picturale de la représentation " manque certains aspects importants de la pensée du " premier " Wittgenstein. Si l'on tient pour doctrinale l'idée selon laquelle le logicisme de Wittgenstein repose sur ce que Hintikka appelle l' " isomorphisme " entre la réalité et la proposition, certaines propositions du Tractatus paraissent bien difficiles à commenter. Ainsi les propositions 4.011 à 4.0141 qui traitent de la " loi de projection", c'est-à-dire de la " règle générale grâce à laquelle le musicien peut extraire la symphonie de la partition, et grâce à laquelle on peut extraire la symphonie des sillons du disque " (4.0141), ne sauraient trouver leur place dans un traité qui ne tiendrait compte que des propositions factuelles. Surtout Wittgenstein ne parle-t-il pas de " la possibilité de toute métaphore, de toute capacité d'être image dans notre mode d'expression " à la proposition 4.015 ? Il y a donc une place, dans le Tractatus, pour la poésie et en général pour ce que nous appellerons la proposition fictionnelle. Ce qui doit disparaître de nos discours philosophiques, ce sont bien plutôt les pseudo propositions de la métaphysique, propositions  " fictives " dépourvues de sens (unsinnig).

Considérons que le Tractatus peut nous aider à répondre à la question suivante : comment faire - d'après quels critères intrinsèques - pour distinguer une proposition factuelle (ou actuelle, telle que " Paul dit qu'il pleut ") d'une proposition fictionnelle (et non fictive, comme " Longtemps je me suis couché de bonne heure ") ? Pour répondre à cette question, il nous faudra d'abord explorer les fondements de toute représentation, et enfin s'interroger sur le sens (Sinn) et la référence (Bedeutung), bref sur le projet de toute proposition. L'enjeu " logico-philosophique " sera de déterminer si oui ou non la proposition fictionnelle est à reléguer du côté des propositions unsinnig, ou bien, au contraire, parmi les propositions sinnvoll.

Anaïs Simon est Allocataire Moniteur au Département de philosophie de l'Université de Provence. Elle prépare actuellement une thèse de Doctorat sur la notion de calcul chez Wittgenstein dans les écrits de la période intermédiaire. Elle a publié en 2001, un compte rendu de l'ouvrage d'Anne Simon, Proust ou le réel retrouvé, sur le site Fabula, et a participé au Colloque des Doctoriales de l'Université de Provence, en novembre 2001, avec une communication intitulée "Connaissance et incertitude dans le Tractatus de Wittgenstein". Elle collaboré à lorganisation du colloque interdisciplinaire sur le thème "Justice et violence" qui sest tenu à l'Université de Provence en mars 2002, et du Colloque Wittgenstein qui a eu lieu à l'Université de Provence en mai et juin 2002.

Alain Trouvé


Lecture et fiction


Lhypothèse de cette communication, celle dune lecture comme fiction ou lecture partiellement fictive, ne prend son sens que dans la saisie des rapports entre lecture et fiction. Les « noyaux durs » de la fiction, fable romanesque ou théâtrale, peuvent être reconnus par une lecture discriminante dont on interrogera les limites. Dans un sens plus large se trouve abordé le problème de la fictionalité du langage, illustré, depuis deux siècles, par poètes et philosophes. La figure, cet autre nom de la fiction, en est la pierre de touche. Le discours critique, forme aboutie de la lecture, entre à son tour dans ce champ fictionnel élargi en qualité de fiction seconde ou induite, en tant quil est soumis, comme tout langage, à un usage ambivalent de ces deux « vecteurs, concept et fantasme. Le recours à la psychanalyse dans lacte de lecture joue sur cette double dimension : lappareil conceptuel est utilisé pour un remodelage du fantasme qui saccomplit à travers des figures de revoilement.

Alain Trouvé est Maître de Conférences de Littérature Française Université de Reims, membre du Centre de Recherche sur la lecture littéraire de lUniversité de Reims, membre associé du Groupe de Recherche de lUniversité de Poitiers sur la fiction, membre de léquipe de Recherche Interdisciplinaire sur Elsa Triolet et Aragon ( ERITA). Il a notamment publié Le Lecteur et le Livre-fantôme, Broché, 2000.

Dominique Vaugeois


Lécrit littéraire sur lart et la fiction : la méthode du discours


La fiction dans lécrit littéraire sur lart ne serait pas, au XXe siècle, seulement de lordre de la description narrativisée ou de la petite fable à lorigine du tableau, pas plus que de celui dune vague métaphorisation du discours ou dune contamination lyrique. Il existe (chez Malraux, Valéry, Bonnefoy) un discours fictionnel intrinsèquement lié au discours sérieux, ou encore, cest notre hypothèse, une fictionnalité inhérente au discours sérieux (qui oblige à affiner peut-être la compréhension des relations fiction/non-fiction en théorie), lorsquun écrivain justement en tant quécrivain, et non pas en tant que spécialiste entreprend de parler des arts visuels. La fiction active dans lécrit sur lart nest pas nos analyse tenteront de le montrer la contradiction du sérieux, et ne constitue pas obligatoirement une transgression générique, mais plutôt un moyen : la fiction est donc totalement soumise aux visées du commentaire, mais aussi totalement indispensable à son accomplissement en tant que discours. Cest alors la méthode du discours.

Dominique Vaugeois est Maître de Conférences à lUniversité de Pau.  Elle travaille sur la poétique des essais sur lart au XXe siècle et les liens entre représentation et présentation. Elle a publié aux Presses Universitaires du Septentrion, LÉpreuve du livre, Henri Matisse, roman dAragon (2002). Elle est membre de léquipe scientifique de Fabula.

Nicolas Xanthos


La Nébuleuse du Crabe de Chevillard au risque des jeux de langage de Wittgenstein.

 Au paragraphe 123 des Investigations philosophiques, Wittgenstein dit : " Un problème philosophique a la forme de : " Je ne m'y reconnais pas" ". De ce point de vue, on pourrait aisément considérer La Nébuleuse du Crabe d'Éric Chevillard comme un ensemble de problèmes philosophiques : les différentes sections qui composent le texte constituent autant de petits îlots où s'expérimente un indéniable sentiment lectural de défamiliarisation. L'hypothèse qui nous guidera est ici que Chevillard malmène fictionnellement certains de nos jeux de langage, y risquant des coups inédits sinon hors-jeu qui en retour éclairent les contours conceptuels de ces mêmes jeux. On tâchera dès lors de proposer d'un fragment du roman une lecture qui s'emploiera à mettre en lumière les raisons possibles de la défamiliarisation éprouvée. Concrètement, on montrera comment la 11e section du texte déjoue ce jeu de langage par lequel on attribue une signification commémorative à certaines portions d'espace, comment elle en propose un reflet qui le transforme tout autant qu'il le révèle, en bout de ligne. On accordera dans le même temps une attention particulière aux dimensions générique, narrative, énonciative et figurale du fragment pour voir comment elles contribuent à la production de cet effet de défamiliarisation. Dans un second temps, on reviendra sur la lecture proposée pour mettre au jour ses présupposés, ses conditions conceptuelles de possibilité ou encore sa grammaire. En montrant ainsi la nécessaire prise en compte des processus lecturaux dans la réflexion sur la fonction cognitive de la fiction, on tâchera de déterminer l'apport spécifique d'une pensée d'inspiration wittgensteinienne dans cette réflexion, sa manière de la configurer et d'en hiérarchiser les enjeux. Dans son double aspect de lecture et de réflexion théorique, la présente communication cherchera à montrer, une facette tout à fait concrète de la fonction cognitive de la fiction et à laisser voir le bénéfice réciproque que les questionnements littéraire et philosophique peuvent espérer d'une rencontre ouverte sur le territoire fictionnel.

Nicolas Xanthos est lauteur dune une thèse intitulée: "De l'Empreinte au récit: représentation des processus de sémiotisation de l'indice dans le roman policier". Il est actuellement en stage post-doctoral à l'Université Laval, sous la supervision de Richard Saint-Gelais, dans le cadre d'un projet qui a pour nom : "Défamiliarisations fictionnelles: pour une définition conceptuelle de la fonction cognitive de la fiction". Il a notamment publié, en collaboration avec Jean-François Doré : " Le sport comme objet sémiotique ", à paraître dans RS/SI ; " "Au commencement était l'action" ", in Les lieux de l'imaginaire, sous la direction de Bertrand Gervais et Jean-François Chassay. Montréal : Liber, 2002, pp.73-86 ;" Quand G s'égare, ou les voies de la raison dans les aventures de Dupin ", in Edgar Allan Poe. Une pensée de la fin, sous la direction de Jean-François Chassay, Jean-François Coté et Bertrand Gervais. Montréal : Liber, 2001, pp.135-151.

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