À la fin XIXe siècle, à la Salpêtrière, l'aliéniste Jules Séglas caractérise une mélancolie sans délire avec pour symptôme central la douleur morale liée à un ensemble de passions tristes, de l'ennui au désespoir, que cible le traitement moral. Au milieu du XXe siècle, à Sainte-Anne, le psychiatre Jean Delay explique les états dépressifs-mélancoliques par un dérèglement de l'humeur, disposition affective fondamentale déterminée par le cerveau thymique, qui entraîne la tristesse et peut être soigné par les électrochocs puis les antidépresseurs. Ce qui se joue dans l'émergence de l'humeur dépressive, c'est le tournant biologique ayant mené la psychiatrie des raisons aux causes a-rationnelles des troubles mentaux. Élodie Boissard restitue cette Histoire française de la dépression. De la tristesse mélancolique à l’humeur dépressive (Classiques Garnier). Mais sans doute parce que la philosophie guérit de tout, la même Élodie Boissard fait paraître dans le même temps aux éditions Vrin une Philosophie de la dépression.
(Illustr. : Aliéné en démence dans Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal d'Étienne Esquirol, 1838)