Antoinette Deshoulières et Jean de Hénault
1Nombreux sont les binômes mis en avant par les historiens de la littérature du xviie siècle français pour rendre compte de la formation des femmes de lettres par des hommes (à la fois pédagogues et conseillers) susceptibles de mettre à leur disposition le savoir indispensable à la culture : Madeleine de Scudéry et un oncle maternel ; Marie-Madeleine Pioche de La Vergne (future Mme de Lafayette) et Gilles Ménage ; Catherine Desjardins (future Mme de Villedieu) et l’abbé d’Aubignac. On admet habituellement qu’Antoinette du Ligier de La Garde fréquente au début de la décennie 1650 (après son mariage avec Guillaume de Lafon de Boisguérin, seigneur des Houlières, le 18 juillet 1651) celui qui devient son maître : Jean de Hénault (mort en 1682), fils d’un boulanger, ami de Chapelle et de Molière, traducteur de Lucrèce et lecteur de Gassendi1.
2La première mention de cette relation, on la doit aux Furetiriana formés par Guy Marais et composés de « remarques trouvées dans les papiers de Furetière après sa mort [le 14 mai 1688]2 » (Furetiriana, non pag. ; le privilège royal porte la date du 19 juin 1695 et l’achevé d’imprimer celle du 2 janvier 1696) : « Monsieur d’Henault était estimé de tout le monde, c’est lui qui apprit à Madame des Houlières à faire des vers ; qu’il a fait une bonne écolière ! » (Furetiriana, p. 108). De ce recueil on doit retenir trois poèmes attribués au pédagogue : à mont de la mention, la pièce satirique attribuée à « Monsieur d’H** » et composée en réponse à l’idylle consacrée par Deshoulières à la naissance du duc de Bourgogne survenue le 6 août 16823 ; à val de la mention, une « Élégie » (p. 109-136), « qui […] est tombée entre les mains [de l’auteur], et que le public sera peut-être bien aise de voir » et de considérer comme « le véritable portrait de Monsieur d’Henault » composé de « vers bien pompeux » et de « pensées neuves » (Furetiriana, p. 107-108 et 136)4 ; et une « Églogue » intitulée « Amarante » (p. 344-376) et envisagée par les commentateurs depuis Claude-Pierre Goujet jusqu’à Alain Niderst « comme une autobiographie où les événements réels sont travestis dans le langage codé de l’idylle » (Niderst, 1978, p. 713 ; voir aussi Goujet, 1740-1756, vol. xviii, p. 384-386 et 394).
3Que contiennent ces deux derniers poèmes, probablement composés au cours de la décennie 1670 (vers la maturité du poète : le premier à l’âge de quarante-cinq ans et le second à cinquante, si l’on se fie aux indications disséminées dans les vers) et consacrés à une femme (nommée Olympe puis Amarante : i. e. probablement Deshoulières5) dont il cherche à retenir l’attention et susciter l’affection ? Sous des formes distinctes (le soliloque lyrique et le chant amébée), le poète exprime le trouble d’un sujet en proie à un amour qui se dissimule plus ou moins sous le nom de l’amitié : dans l’« Élégie » (Furetiriana, p. 121-122 et p. 124), où il dessine le « portrait raccourci » de la femme aimable qui correspond à celui d’Olympe, il tend l’oreille au discours tenu par la raison (« Transporte donc ailleurs ton amour et ta foi. / Ou plutôt n’aime rien, ou n’aime plus que moi ») ; dans l’« Églogue » (p. 359-360), où Amarante est présentée comme l’animatrice d’un cercle de gens de lettres au sein duquel elle forme le goût et le jugement de ses hôtes, apprécie et évalue leurs ouvrages, dispense avis et conseils, le poète est sensible au discours de son amante qui finit par lui dire : « Et si jusqu’à l’amour elle [ta tendresse] va malgré moi, / Je n’aimerai personne, ou n’aimerai que toi » (avant d’ajouter : « Cède à notre amitié, j’en prends tous les hasards. »)6. Derrière le badinage se devinent les traits d’une « bonne écolière » capable de donner des leçons à son ancien maître et à ses proches.
4Le témoignage attribué à Furetière est confirmé par celui que Jean-Baptiste Dubos livre dans une lettre adressée le 27 avril 1696 à Pierre Bayle et citée par l’auteur du Dictionnaire historique et critique dans une « remarque » de l’article « Spinoza » (« insigne et maligne faveur » d’après Sainte-Beuve, [1839, 1844] 1998, p. 439) : celui qu’on présente comme le « maître de Madame des Houlières » aurait « montré » à la jeune femme « tout ce qu’il savait et croyait savoir : on prétend qu’il y paraît dans les ouvrages de cette Dame. » (Bayle, 1697, vol. iv, art. « Spinoza » [« Remarque F »], p. 1088)7. La dette contractée par la disciple à l’égard du maître serait particulièrement perceptible dans ces vers tirés de l’idylle « Le Ruisseau » parue pour la première fois dans le Mercure galant de mars 1685 (c’est-à-dire : après la mort de Hénault) : « Courez ruisseau, courez, fuyez et reportez / Vos ondes dans le sein des mers dont vous sortez ; / Tandis que pour remplir la dure destinée / Où nous sommes assujettis / Nous irons reporter la vie infortunée / Dans le sein du néant d’où nous sommes sortis. » (Bayle, 1697, vol. iv, art. « Spinoza » [« Remarque F »], p. 1088 [Deshoulières, 2025, « LXIX. Le Ruisseau », v. 109-115 (v. 114 manquant), p. 219] ; la poétesse exprime une idée semblable dans d’autres idylles : « XLV. Les Fleurs », v. 31-36, p. 171). En indiquant qu’il ne s’agit pas là d’un énoncé relevant d’une conception d’ordre philosophique, mais d’une expression insérée dans une création d’ordre poétique, P. Bayle prend soin de blanchir la poétesse de toute accusation d’impiété : « pour l’honneur de Madame des Houlières, disons qu’elle n’a suivi que des idées poétiques qui ne tirent point à conséquence. […] Ne jugeons point d’elle par des phrases poétiques. Ce n’est pas qu’on ne puisse cacher beaucoup de libertinage sous les privilèges de la versification. » (Bayle, 1697, vol. iv, art. « Spinoza » [« Remarque D »], p. 1088).
5Mais peut-on déduire de ces seuls vers (précédés d’un rappel du péché originel qui conduit à la substitution de la première nature par une seconde [v. 105-108, p. 218-219] : « plus j’envisage / La faiblesse de l’homme et sa malignité, / Et moins de la Divinité / En lui je reconnais l’Image ») une pleine adhésion à la pensée de Hénault articulée autour de la mise en cause de l’immortalité de l’âme (notamment exprimée dans son « Imitation du chœur de l’acte second de la Troade de Sénèque »8) ? Au moins peut-on reconnaître qu’ils rappellent l’argument souvent employé par les Anciens (comme Lucrèce, De la Nature des choses, III, v. 974-975 et Cicéron, Des Termes extrêmes des biens et des maux, I, xv, 49 et Tusculanes, I, vi, 13 et xxxviii, 91 ; Salem, 1990, p. 120-125), qui déduisaient l’état postérieur au décès de l’état antérieur à l’existence, en reliant deux infinis symétriques (a parte ante et a parte post) : même si l’on distingue ces deux néants, celui qui précède la vie (et qui ne fait l’objet que d’une relative indifférence : car nous n’étions pas encore) et celui qui suit la mort (et qui suscite une profonde angoisse : car nous ne serons plus), on considère la période anténatale comme un « miroir » pour définir le mouvement de retour au néant opéré par la mort. Mais un tel argument peut-il suffire à canaliser la peur qu’elle suscite ?
6Le corps de l’article consacré à « Hénault (N.) » [sic] dans la deuxième édition du Dictionnaire (1702) et surtout composé de la citation de cette lettre (dont l’auteur présenté comme un « habile homme » est laissé dans l’anonymat) est accompagné de longues « remarques », toutes « remplies de plusieurs particularités » et tirées d’un « Recueil » qu’« un jeune Avocat au Parlement de Paris [Mathieu Marais] [lui] a fait la faveur de [lui] envoyer l’an 1698. et qui [le] convainquent qu’il a de l’esprit infiniment, et une exacte connaissance de beaucoup de faits curieux, et très propres à ce Dictionnaire. » (Bayle, 1702, vol. ii, art. « Hénault [N.] » [« Remarque B »], p. 1510)9. La disposition de ce nouvel article donne lieu à un rééquilibrage du jugement porté sur les Poésies : « Vous avez rapporté des vers de Madame des Houlières suspects de libertinage, m’a-t-il écrit, mais on vous en a fait oublier un qui n’est pas le moins fort [v. 114 : “Que le hasard nous a donnée”], et qui se trouve dans l’édition de ses poésies. Il faut dire la vérité : il y a bien d’autres pièces morales et même Chrétiennes et saintes qui corrigent celle-là dans ses Ouvrages. Il fallait pourtant qu’on la fît passer pour une Libertine, car elle s’en plaint dans son Épître au Père de La Chaise sur les faux dévots [Deshoulières, 2025, “CXX. Épître chagrine au très révérend Père de La Chaise”, v. 132, p. 316]. C’était un très grand esprit, l’honneur de son sexe, et la honte du nôtre. » (Bayle, 1702, vol. ii, art. « Hénault [N.] » [« Remarque D »], p. 1511). De Dubos à Marais (en passant par Bayle) le portrait de Deshoulières oscille entre deux polarités, autour desquelles on a pu articuler — de manière réductrice — le récit de sa vie (Lachèvre, [1909-1928] 1968, p. 25) comme celui de la vie de son maître : de la libertine (dont la pensée est touchée par l’audace de la pensée épicurienne) à la chrétienne (dont le cœur est marqué par un esprit de repentance).
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7On a coutume de penser que ce maître, qui aurait entrepris la traduction intégrale du poème de Lucrèce (dont on a conservé seulement un fragment)10, a transmis à sa disciple les éléments de la pensée épicurienne qu’elle aurait pu reprendre à l’occasion dans ses vers : la revue de quelques doctrines philosophiques à la fin de l’ode à La Rochefoucauld lui donne l’occasion de rappeler que pour les épicuriens tout est composé d’atomes en mouvement qui s’entrechoquent au hasard indépendamment de toute intervention supérieure d’essence divine (Deshoulières, 2025, « LXXXII. Ode à M. L. D. D. L. R. », v. 141-150, p. 246). Reste que l’on doit prendre soin de conserver ouvert le spectre des références probablement disponibles dans l’entourage social et culturel : Virgile et Horace (qui ont pu relayer certains motifs épicuriens dans les Géorgiques pour le premier et dans les Odes pour le second) ; Montaigne (dont Les Essais fourmillent de réminiscences directes et discrètes à cette pensée ancienne) ; Gassendi (qui a contribué par ses commentaires — abrégés par François Bernier — à la réhabilitation et à la diffusion de cette philosophie) ; Marolles (qui entreprend la première traduction française du poème lucrétien et dont Deshoulières devait connaître la nièce Mme de Monbel qui collabora en 1659 au Recueil des portraits et éloges, en vers et en prose 11) ; et, bien sûr, Lignières (qui peut à l’occasion « suivre aveuglément les conseils d’Épicure, / Et croire quelquefois un peu trop la Nature » (Deshoulières, 2025, « II. Portrait de M. de Lignières fait par Mme Deshoulières », v. 137-138, p. 94). Hénault n’est donc pas le seul à avoir pu lui donner accès à cet héritage (auquel elle a pu se rapporter directement par sa connaissance du latin). En matière philosophique, le maître a surtout dû léguer à sa disciple un certain éclectisme (jamais synthétique ni même syncrétique) qui témoigne d’un rapport foncièrement critique à la raison.
8De la philosophie épicurienne souvent mise en dialogue et en débat avec d’autres doctrines et d’autres systèmes dans une perspective sceptique qui vise à en souligner la vanité (« LXXXII. Ode à M. L.D.D.L.R », v. 121-130, p. 245-246), Deshoulières semble retenir quelques thèmes particuliers, comme la défiance envers l’aveuglement des passions au profit de l’indolence du corps et de la tranquillité de l’âme (en particulier : dans les idylles) ; la promotion d’une éthique de la modération des désirs et des passions (en particulier : « LXXXVI. L’Hiver », v. 37-38, p. 251 : « Pour être heureux, pour être sage / Il faut savoir donner un frein à ses désirs », qui fait écho à la fin de la première idylle [« XVIII. Les Moutons », v. 47-48, p. 125]) ; la condamnation de la gloire posthume et de la servitude qu’elle implique (en particulier : « CXXXI. Réflexions morales sur l’envie immodérée de faire passer son Nom à la postérité », p. 339-344) ; la volupté entendue comme la finalité de la vie heureuse et comme le principe cosmique destiné à assurer la conservation des espèces et la communication des êtres — et ainsi à garantir l’unité de la vie (« XVI. Pour la Naissance de M. le duc de Bourgogne. Idylle », v. 35-39, p. 117 ; « XLII. Ode. À Clymène », v. 81-84, p. 165 ; « LVI. Les Oiseaux. Idylle de Madame Deshoulières », v. 12-18, p. 188 ; et, bien sûr, « CLXXXI. Imitation de Lucrèce en Galimatias fait exprès », p. 443-445).
9Mais gardons-nous de considérer l’épicurisme tel qu’il transparaît dans ses Poésies comme un corps de doctrine strictement et clairement défini : cette pensée surgit dans les vers sur le mode allusif à partir d’une image ou d’une formule, sans que l’on puisse faire pour autant de Deshoulières une sectatrice ou une zélatrice du Jardin. Son épicurisme est, à l’instar de celui de La Fontaine, diffus et badin. L’« Imitation de Lucrèce en Galimatias fait exprès » parodie sur un ton plaisant l’invocation à Vénus qu’on lit au début du poème de Lucrèce et que P. Bayle considère comme « un jeu d’esprit, où [le poète latin] voulut bien s’accommoder en quelque façon à la coutume » (1702, vol. ii, art. « Lucrèce », p. 1924) : la forme du « galimatias fait exprès » permet à la poétesse, qui prétend « chanter sur [sa] lyre en termes simples, et clairs » (Deshoulières, 2025, « CLXXXI. Imitation de Lucrèce en Galimatias fait exprès », v. 10, p. 443)12, de se présenter en pseudo-savante qui tient à exhiber les normes et les règles censées fonder l’autorité du discours. Une telle « imitation » ne respecte-t-elle pas l’esprit du poème de Lucrèce, tel que l’a défini Pierre Vesperini (2017, p. 362), aux yeux de qui la logique à l’œuvre est moins idéologique qu’esthétique ?
10Aussi convient-il d’indiquer ce que Jean-Charles Darmon appelle des « lieux de passage » (1998, p. 10) entre la création littéraire et le discours philosophique. Sans doute certaines formules font-elles écho à un concept philosophique : « Vous ne formez jamais d’inutiles désirs » (Deshoulières, 2025, « XVIII. Les Moutons », v. 5, p. 123, nous soulignons) ; « Présent des Dieux, doux charmes des humains, / Ô divine amitié, viens pénétrer nos âmes, / Les cœurs, éclairés de tes flammes, / Avec des plaisirs purs, n’ont que des jours sereins. » (« CCIII. À l’amitié », v. 1-4, p. 476, nous soulignons). La formule qui consiste à définir la mort comme « cet instant / Qui n’est rien » (« LXXXII. Ode à M. L. D. D. L. R. », v. 82-83, p. 244) rappelle à la fois la leçon d’Épicure dans sa Lettre à Ménécée et la célèbre formule de Lucrèce (1650, III, v. 830-831, p. 261) que Hénault a dû traduire et qu’on trouve sous la plume de quelques contemporains (Cyrano de Bergerac, La Mort d’Agrippine, II, iv, v. 609 ; La Fontaine, lettre à Maucroix, 10 février 1695) ; elle évoque aussi (et peut-être surtout) les textes de Sénèque, en particulier les Lettres à Lucilius (liv, 4 : « Mors est non esse. Id quale sit, iam scio : hoc erit post me, quod ante me fuit ») et le chœur des Troyennes, notamment consacré à l’expression des souffrances et des plaintes (Les Troyennes, v. 397-402) et paraphrasé par Hénault de la manière suivante : « Tout meurt en nous, quand nous mourons. / La mort ne laisse rien, et n’est rien elle-même. / Du peu de temps que nous durons / Ce n’est que le moment extrême. // Cesse de craindre, ou d’espérer / Cet avenir qui la doit suivre. / Que la peur d’être éteint, que l’espoir de revivre, / Dans ce sombre avenir cesse de t’égarer ; / L’état dont la mort est suivie, / Est semblable à l’état qui précède la vie. » (Hénault, 1670, « Imitation du chœur de l’acte second de la Troade de Sénèque », p. 109). Mais une telle conception censée conjurer la peur de la mort dans la perspective épicurienne reste parfaitement vaine dans l’esprit de la poétesse (Deshoulières, 2025, « LXXXII. Ode à M.L.D.D.L.R. », v. 85-90, p. 244), qui est moins épicurienne par un attachement à un corps de doctrine que par une sensibilité à ce ton mélancolique qui se dégage du poème lucrétien et qui porte une vision du monde où l’homme, toujours faible et misérable, enclin à l’illusion et condamné à l’ignorance, est perdu dans l’immensité d’un mouvement infini.
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11Sans doute convient-il, pour mieux cerner les enjeux de la relation qui unit les deux esprits, de relever les textes où s’établit plus ou moins directement un dialogue. Le premier conservé est probablement l’épître que Hénault adresse en 1649 (c’est-à-dire : l’année du mariage de Hénault avec Marie Dantan et deux avant le mariage d’Antoinette avec le seigneur des Houlières) à Sapho (derrière laquelle on peut reconnaître les traits de la disciple)13. À cette destinataire déjà animée par le goût des belles-lettres et le désir de renommée il rappelle qu’« [il] n’[est] point la dupe de la gloire » et qu’« [il lui] quitte [sa] place au Temple de mémoire » (Hénault, 1670, p. 218) pour l’inviter à adopter une conduite semblable à la sienne (p. 212-213) : « Le renom, ce fameux pipeur, / Vous fait pour un peu de vapeur / Renoncer pour jamais au plaisir d’être aimée ; / Ah Sapho, consultez-vous. L’Amour est un bien si doux. / Moquez-vous de la renommée, / Un peu de feu vaut mieux que beaucoup de fumée. » Tout en prenant soin de rappeler que pour l’ancienne poétesse Sapho « Phaon avait son tour » (p. 210)14, il exprime son incompréhension de la voir « se brouill[er] avec l’amour et le plaisir » au seul profit de la rime et de la raison (p. 209). D’où son « avis salutaire » (p. 213), qui consiste à l’inciter à « ne préfér[er] plus la gloire à l’amour » (p. 214) pour consacrer son temps à la satisfaction des plaisirs. Ce discours de méfiance à l’égard de la renommée et des honneurs repose sur l’idée que la projection dans un avenir chimérique prive les hommes du calme et du repos, les empêche de connaître le bonheur dans le présent (et de savourer la pleine jouissance du hic et nunc) : « La gloire, Sapho, vous plaît-elle au prix de cette servitude ? Je vous avoue qu’elle ne me plairait pas. Je ne veux point reposer en cachette, comme si mon repos était fatal à la tranquillité publique. Je ne veux point être réduit à me dérober, pour manger, comme si j’avais dérobé ce que je mange. Je veux voir les gens qui me plaisent, et non pas ceux à qui je plais. » D’où la ferme exhortation adressée à la destinataire : « En un mot, je prétends jouir de ma liberté, disposer de mes plaisirs, et ne dépendre que de mon Prince, et de ma Maîtresse. Apprenez à vivre à mon exemple, Sapho, si vous voulez vivre heureux. Renoncez aux Vers, et à la gloire qu’ils vous ont acquise, puis qu’après que les Vers vous ont donné bien de la peine, la gloire vous en donne encore davantage. » (p. 216-217).
12Un tel réquisitoire contre la gloire (et contre le trouble et les soucis qu’elle génère) rappelle les vers de Lucrèce (1650, III, v. 59-73, p. 197 et 199), où la condamnation du furieux désir d’une seconde vie (qui cache mal une peur opiniâtre de la mort et un rêve extravagant d’immortalité) s’articule autour de deux arguments : d’un côté, la gloire provoque une peine incessante qui plonge les hommes dans l’inquiétude ; de l’autre, la gloire génère une violence sauvage qui pousse les hommes à ourdir des intrigues et à commettre des crimes qui dérangent l’ordre social (ces deux terribles conséquences entrent en parfaite contradiction avec l’idéal de repos que réclame le sage et l’idéal de paix que suppose la vie sociale). Aussi doit-on réduire à néant le souci de la postérité : pourquoi ruiner le présent par la crainte du futur ? Pourquoi anticiper le bien ou le mal et leurs effets ? La mort détruit tout (jusqu’à la mémoire des morts) : « Qui jouira pour moi de ces honneurs posthumes, / Quand je ne serai plus qu’un amas de Volumes ? / Ce qui reste des morts reste pour les vivants, / Et va mourir comme eux dans les âges suivants. / Ainsi du grand Homère, ainsi du grand Virgile, / L’éloquence et la gloire eurent un sort fragile. / L’une et l’autre nous touche, et ne les touche plus. / Les grands titres pour eux sont titres superflus. / Tandis qu’on les admire, et tandis qu’on les loue, / L’impitoyable temps de leurs œuvres se joue. » (1670, p. 219). Malgré cet avertissement dont on trouve quelque trace dans les Poésies 15, Deshoulières cherche à extirper ses vers (même ceux tournés vers la célébration de la circonstance) de la consommation immédiate pour les inscrire dans la pérennité et les adresser à la postérité : le projet de constitution d’un recueil (1678) laisse supposer (même si la publication est repoussée) qu’elle espère (ou qu’on espère pour elle) les « honneurs posthumes » que son maître préfère mépriser.
13La leçon de ce maître l’ayant « instruite » « dans cet Art merveilleux, qui par un triste sort, / Quelque savant qu’on y puisse être, / Ne fait vivre qu’après la mort » (Deshoulières, 2025, « CXXXV. Fragments. Placet au roi », v. 22-25, p. 352-353)16, elle semble pourtant la transmettre (après la mort de ce dernier) à deux femmes de lettres : d’abord, à Mlle de La Force dans une épître dite « chagrine » parue pour la première fois dans le Mercure galant de novembre 1684 (« XXII. Épître chagrine à Mademoiselle *** », v. 124-125 et 133-135, p. 132 : « Ne cherchez plus une frivole gloire / Qui cause tant de peine et si peu de plaisir. / Je la connais, et vous m’en pouvez croire. / […] Vous que le Ciel n’a point fait naître / Avec ce talent que je hais, / Croyez-en mes conseils, ne l’acquérez jamais »), où le tableau des désagréments causés par le succès littéraire peut rappeler le propos tenu à Sapho par Hénault qui souligne les « visites incommodes » et les « conversations ennuyeuses » que l’on doit à « l’importunité des bons et des mauvais Poètes », à « l’accablement des beaux esprits au poil et à la plume » et à « la curiosité des femmes folles et savantes » (« Jamais on n’a tant incidenté dans le Palais que dans votre maison », ajoute-t-il) (Deshoulières, 2025, « XXII. Épître chagrine à Mademoiselle *** », v. 21-24, p. 129 ; Hénault, 1670, « À Sapho », p. 214-215) ; ensuite, à la peintre et poétesse Élisabeth-Sophie Chéron dans les « Réflexions morales sur l’envie immodérée de faire passer son Nom à la postérité » parues pour la première fois dans le Mercure galant de novembre 1693 (Deshoulières, 2025, « CXXXI. Réflexions morales », v. 86-91, p. 342 : « Mais quand nous descendons dans ces demeures sombres / La gloire ne suit point nos ombres, / Nous perdons pour jamais tout ce qu’elle a de doux ; / Et quelque bruit que le mérite[,] / La valeur, la beauté, puisse faire après nous, / Hélas ! on n’entend rien sur les bords du Cocyte ! »), où la condamnation des monuments de pierre érigés en si grand nombre à la gloire des hommes pour faire durer leur souvenir dans l’histoire (« CXXXI. Réflexions morales », v. 42-50, p. 340-341 ; voir aussi « CCIV. Pièce sans titre », p. 477-478) peut rappeler le propos tenu par Hénault, qui dans son « Élégie » met en évidence la vanité de « ces superbes palais, ces forts audacieux, / Qui gourmandent la terre, et menacent les cieux, / Ces grands emmeublements chargés de broderie, / Où l’or est abîmé parmi les pierreries, / Ces temples, ces autels si riches, si parés, / Où les Dieux cependant sont si mal adorés, / Enfin ces grands portails, ces magnifiques dômes, / Et ces tours d’où les Grecs auraient vu vingt royaumes » (Furetiriana, « Élégie », p. 115-116). On ne peut toutefois prétendre (comme le fait Turgot de Saint-Clair dans un madrigal publié dans les Poésies de 1695) qu’elle a cherché dans ses « Réflexions morales » à « condamner l’Amour de la gloire » ; on doit reconnaître qu’elle fait de la gloire « le bien le plus doux » et qu’elle « n’[a] porté [ses] coups / Que sur l’immodérée et ridicule envie / De l’étendre au-delà de nous. » (Deshoulières, 2025, « CXXXIX. Réponse. Madrigal », v. 5, 10-14, p. 357). Ce qui peut éventuellement demeurer après la mort, c’est le souvenir qu’on laisse dans la mémoire des hommes et surtout des amis (« XLV. Les Fleurs. Idylle », v. 29-30, p. 171 ; « CXXXI. Réflexions morales », v. 118-119, p. 343)17.
14Reste que la réticence à l’égard de la gloire s’élargit et s’approfondit chez l’un et chez l’autre en un rejet de l’opinion et des « maux » (Deshoulières, 2025, « LXXI. Ode à M. L. D. D. L. R. », v. 50, p. 243) qu’elle génère (ceux qui sont le fruit de l’imagination et auxquels il est possible, voire nécessaire, de se soustraire). « Contre l’opinion je combats tous les jours, / Et je la hais par tout jusque dans les amours », affirme Hénault, qui condamne avec vigueur « la folle opinion, reine des fantastiques, / Source de tant de biens, et de maux chimériques. » (Furetiriana, « Élégie », p. 132 et 114 ; voir aussi Hénault, 1670, « De la consolation. À Olympe », p. 31-33). La représentation des éventuels bonheurs ou malheurs constitue toujours une source de malheurs effectifs : la crainte et le désir projettent l’homme hors de lui-même et lui dérobent l’occasion de considérer ce qui est véritablement. C’est à partir des « travaux » et des « soins » produits par l’opinion et répertoriés par Hénault dans son « Élégie » (avant d’esquisser le cadre idyllique de l’âge d’or où règnent le repos et le silence, l’innocence et la simplicité : Furetiriana, « Élégie », p. 114-116 et 116-118) que Deshoulières développe la troisième ballade adressée au duc de Saint-Aignan : « Opinion chez les Hommes fait tout. » (Deshoulières, 2025, « XXIX. Troisième ballade de Madame Deshoulières à M. le duc de Saint-Aignan », p. 143-144). De telles considérations sur la nocivité des opinions humaines rappellent sans doute le propos tenu par Charron notamment apprécié par Gassendi (lettres échangées avec Faur du Pibrac les 6 mars et 8 avril 1621 ; 1658, vol. vi, p. 1-2 et 391 ; Bloch, 1971, p. 79-80) : « Ce n’est pas la verité ni le naturel des choses qui nous remuë et agite ainsi l’ame. C’est l’opinion, selon un dire ancien : les hommes sont tourmentés par les opinions qu’ils ont des choses, non par les choses mesmes, opinione sepius quam re laboramus : plura sunt quæ nos tenent, quam quæ præmunt [Sénèque, Lettres à Lucilius, XIII]. […] il y a si grande diversité, voire contrarieté d’opinions par le monde, et ny a chose aucune de laquelle tous soient generalement d’accord, pas mesme les sçavans et les mieux nez : qui montre que les choses entrent en nous par composition, se rendent à nostre mercy et devotion, et logent chez nous comme il nous plaist, selon l’humeur et la trempe de nostre ame. » (Charron, [1601] 1986, I, xvi, p. 149. Voir aussi I, xviii, p. 236). Sous la force de l’imagination, l’esprit en tant qu’« agent perpetuel » (I, xiv, p. 134) [i. e. : qui doit sans cesse agir] élabore continûment des représentations qui constituent d’éventuelles sources d’erreurs auxquelles on prête malheureusement de la consistance. À partir d’une image probablement empruntée à Montaigne ([1595] 2004, II, xii, p. 549), Charron affirme qu’« il faut être bien ferme et constant pour ne se laisser emporter au courant, bien sain et préparé pour se garder net d’une contagion si universelle : les opinions générales reçues avec applaudissement de tous, et sans contradiction sont comme un torrent, qui emporte tout [citations : Ovide, Les Métamorphoses, VI, v. 472-473 ; Lucrèce, De la Nature des choses, II, v. 14-16]. Or ce seroit chose bien longue de specifier et nommer les foles opinions, dont tout le monde est abbruvé. » (Charron, [1601] 1986, I, xxxix, p. 261). Aussi l’attitude convenable à adopter est celle qui consiste à se détacher et à se distinguer de la foule des ignorants (Deshoulières, 2025, « LXI. Lettre à M… [Le Peletier de Souzy] », v. 32-33, p. 203 et « CXVII. Épître à Monsieur Le Peletier de Souzy », v. 10-11, p. 303).
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15Les remarques jusqu’ici formulées conduisent le lecteur à considérer que la place inaugurale de l’« Élégie » à Licidas (adressée à un personnage derrière lequel les éditeurs s’accordent à deviner les traits du maître) n’est pas fortuite. Pour cerner convenablement la portée de ce choix, on doit rappeler le contexte de première publication : le poème liminaire constitue le dernier écrit d’une série progressivement constituée au fil des livraisons du Mercure galant des années 1678 et 1679. Dans l’« Extraordinaire » de janvier 1678 paraît une épître où « une fort belle Dame et d’un très grand mérite » (Deshoulières laissée dans l’anonymat18) demande avis à son entourage sur le conseil d’« un illustre et galant Berger » qui lui propose de « [s]’engager » (« Il n’est rien de si sot, dit-il, qu’un cœur tranquille ; / Il vaudrait assurément mieux / Qu’il fût en désirs trop fertiles »). S’ensuivent quelques poèmes de « divers Auteurs qui ont tous l’esprit très fin et très délicat » : parmi les quatorze « Réponses très délicatement tournées » et parfois composées « sur les mêmes Rimes de la Demande », on relève un sonnet signé « H. » (et attribué à Hénault dans un manuscrit ayant appartenu à Frédéric Lachèvre : Hénault, 1968, p. xxxiii, note 219). Ci-après les vers du premier quatrain : « À des cœurs délicats l’amour fait trop de peine, / Iris, n’aimons jamais ; c’est le meilleur parti. / De n’avoir point aimé nul ne s’est repenti, / La chaîne la plus belle est toujours une chaîne. » Et le poète de conclure par cette pointe : « Que servent les conseils où règnent les appas ? / N’ai-je pas consulté ma raison et la vôtre ? / En suis-je mieux, Iris ? ne vous aimai-je pas ? » Deshoulières y renvoie de manière explicite dans les premiers vers de l’« Élégie » publiée pour la première fois dans le Mercure galant de janvier 1679 : « Généreux Licidas, Ami sage et fidèle, / Dont l’esprit est si juste, et dont l’âme est si belle, / Vous, de qui la Raison ne fait plus de faux pas, / Ah, qu’il vous est aisé de dire, n’aimez-pas ! » (Deshoulières, 2025, « VI. Élégie », v. 1-4, p. 100)20. Le poème est l’occasion de maintenir le dialogue avec cet ancien maître, de suivre son « avis » (v. 2 du sonnet : « n’aimons jamais ») et de justifier ce choix (v. 4 de l’élégie : « Ah, qu’il vous est aisé de dire, n’aimez pas ! »), avant de le rappeler dans le poème adressé à Colbert (« VIII. Imitation de la première Ode d’Horace », v. 67-68, p. 105 : « Pour moi de qui le cœur ne s’est trouvé sensible / Qu’à l’innocent plaisir de bien faire des vers »).
16Aussi la reconnaissance de dettes sur laquelle s’ouvre le recueil (et qui laisse deviner une émancipation par rapport au conseil formulé dans l’épître « À Sapho ») pourrait-elle former un diptyque avec l’« Élégie » composée par Hénault, où le sujet lyrique qui « [s]’étai[t] résolu d’écouter la raison, / Et d’être sage au moins dans l’arrière-saison » (Furetiriana, « Élégie », p. 108), s’éprenait de la belle Olympe qui lui faisait immédiatement oublier « [ses] plus sages projets » (p. 110). La seule gloire envisageable est alors placée dans l’amour (p. 110-111) : « Et moi qui dédaignais l’empire d’une femme / Je mis toute ma gloire à vivre sous le sien, / Et je crus que lui plaire était l’unique bien. » De son côté, Deshoulières demeure « insensible à l’honneur de fixer un Volage, / Ou de forcer d’aimer l’Âme la plus sauvage » : « dans le sacré Vallon » elle demeure « l’Esprit libre de soins, et l’Âme sans amour » et espère que « les maux dont [elle] fein[t] d’être atteinte / Pour [son] timide cœur sont toujours une feinte ! » (Deshoulières, 2025, « VI. Élégie », v. 17-18, v. 43-44 et v. 53-54, p. 101-102). Voilà le paradoxe : elle n’aime pas ; mais elle écrit sur l’amour (« et pour, et contre lui »). Une telle discordance inscrite dans le sillage ovidien (L’Art d’aimer, v. 616) ne comporte-t-elle pas un risque ? À force de faire semblant d’être touchée par l’aiguillon de l’amour (en feignant les plaisirs et les maux qu’éprouve toute amante), elle courrait le danger d’être véritablement atteinte : feindre l’amour n’est-il pas une manière de commencer à aimer ? Au moins parvient-elle à répondre à son maître qui en 1649 l’invitait à abandonner les vers (et la gloire qu’ils promettent abusivement) au profit de la passion (et des plaisirs qu’elle peut procurer). La déclaration d’allégeance est donc marquée par l’affirmation d’une singularité qui lui assure une forme de liberté souveraine. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les commentateurs ont reconnu rétrospectivement la supériorité de la disciple sur son maître21.
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17La relation entre Deshoulières et son maître est dès le départ marquée par une réflexion sur la gloire : d’un côté, un poète qui se présente comme « un homme tout intérieur », qui « ne [se] félicite guère de l’opinion d’autrui », qui « tâche à [se] régler plutôt par la raison, que par l’exemple » (Hénault, 1670, « À Monsieur Doort », non pag.) et qui fait remarquer qu’« on ne voit point de mœurs plus simples que les [siennes], / Et qui se règlent plus sur les mœurs anciennes » (Furetiriana, « Élégie », p. 132) ; bref, un amateur du repos et de la retraite, du loisir et des plaisirs, qui a dû s’approprier la célèbre devise d’Épicure (Plutarque, traité 178, 1128b-1130e ; notamment cité par Gassendi, [1647] 2006, I, 8, 3, vol. i, p. 63 : « Cache ta vie ! »22) et qui prétend « me[ttre] [sa] sûreté / Dans une heureuse obscurité23 » (Hénault, 1670, p. 125) ; et, de l’autre côté, une poétesse qui tout en célébrant l’« heureuse obscurité » (Deshoulières, 2025, « XVIII. Les Moutons. Idylle », v. 30, p. 124) des moutons oppose aux « outrages » du temps les « ouvrages » de papier (« V. Préface », v. 10-11, p. 99) qu’elle destine à la postérité avec une vive conscience du pouvoir détenu par le magistère exercé par tout poète doté de « ce maudit talent » (« XXII. Épître chagrine à Mlle [de La Force] », v. 132, p. 132 ; voir, à titre d’exemple, « CXXIX. Épître à Monsieur [Arnaud] », v. 60-65, p. 336) : d’où le souci accordé à l’éducation en général et à l’éducation de ses propres enfants en particulier : comme celle de son fils Jean-Alexandre dans l’épître au duc de Montausier24. À ce « maître », qui dans l’épître dédicatoire de ses Œuvres diverses parues de manière anonyme en 1670 dénonçait « la vanité des Auteurs, qui croient, ou que le nom de leurs Mécènes est un sauf-conduit inviolable pour leurs écrits, ou qu’une Épître dédicatoire est un brevet de vie éternelle pour leur Mécène » (Hénault, 1670, « À Monsieur Doort », non pag.), s’oppose donc sa disciple qui choisit de recueillir un choix de ses vers publiés dans les livraisons du Mercure galant (accompagnés de quelques pièces louangeuses de poètes contemporains) sous le titre suivant : Poésies de Madame Deshoulières, dès lors destinées à un public doublement élargi (celui des lecteurs de son temps et celui des lecteurs après sa mort). Cet élan de projection vers l’au-delà de la mort n’est pas une simple coquetterie de la part d’une femme de lettres en quête de notoriété, mais le signe d’une confiance dans les pouvoirs de la poésie entendue comme un art susceptible d’ouvrir la voie à l’immortalité25.

