Quand les chercheurs se font écrivains de science-fiction : effets relationnels d’un nouveau mode de pensée
1Depuis la fin des années 1960, des chercheurs en sciences sociales en nombre croissant s’intéressent à la science-fiction. Ils en font des lectures et des usages pluriels, signes d’une crise épistémologique que l’historien peut observer à rebours comme une réponse à l’anthropocénisation du monde. La sortie des chercheurs de leur carcan disciplinaire pour repenser leurs objets de recherche est l’un des effets majeurs de cette crise. Par son aspect réflexif sur les techniques et sa projection temporelle, la SF apparaît alors comme un référentiel ou un outil séduisant. Produit de la culture populaire, elle vient renverser l’hégémonie du champ qui la mobilise. Nous désignons ce processus comme une métabolisation de la science-fiction dans les sciences sociales. Le monde de la recherche s’intéresse depuis quelques années à ce phénomène épistémologique (Csicsery-Ronay, 1991 ; Engélibert, 2023 ; Mengozzi et Wacquez, 2023 ; Forêt et Yulmuk-Bray, 2024). De ces recherches ressortent deux usages principaux de la science-fiction dans les sciences sociales.
2Le premier, que nous nommons « usage théorique », le plus classique, concerne les moments où la science-fiction est mobilisée au sein d’un texte académique, mais qu’elle n’est pas son mode d’écriture. Elle agit alors comme outil d’exemplification, figure métaphorique, citation, simple mention, idée de projection, expérience de pensées comparative ou encore matière à philosopher. Dans ce cas, elle permet au chercheur de nourrir sa réflexion, sans pour autant que son écriture scientifique passe dans le registre fictionnel1. Jean Baudrillard qui voit dans Crash ! de James Graham Ballard ([1973] 2007) la meilleure représentation de notre monde de « simulation » (Baudrillard, 1981), Donna Haraway qui s’aide de la SF pour faire comprendre l’histoire de la primatologie aux États-Unis (Haraway, 1989) ou Yannick Rumpala qui puise dans la science-fiction des pistes de réflexion pour penser des solutions politiques à la catastrophe écologique (Rumpala, 2018), sont de bons exemples de ce premier type d’usage.
3La deuxième forme de métabolisation de la science-fiction dans les sciences sociales, que nous nommons « usage méthodique », est celle que nous entendons placer au cœur de cet article. Certains chercheurs utilisent les méthodes d’écriture de la SF pour penser leurs objets de recherche. Ils usent ainsi de la spéculation et de la fiction. Les œuvres qui résultent de ces usages sont hybrides, à la frontière des sciences sociales et de la science-fiction. Ils sont publiés pour la plupart dans des maisons d’édition, collections et revues savantes et non littéraires. Cet usage de la science-fiction constitue la forme la plus radicale de métabolisation de la science-fiction dans les sciences sociales en ce qu’il transforme la méthode d’écriture, le registre du texte et l’épistémologie des travaux scientifiques.
4De nombreuses recherches actuelles se concentrent sur les littératures du réel dites de « terrain » au sein desquelles les chercheurs littérarisent leurs travaux (citons notamment les ouvrages d’Éric Chauvier (2006) ou Philippe Artières [2013]). Les récentes analyses de Vincent Debaene (2010), d’Éléonore Devevey (2021) ou de Sam Racheboeuf-Allard (2023) ont, de leur côté, permis de décrire d’autres incursions des sciences sociales (anthropologie et histoire) vers la littérature. Toutes ces études montrent l’intérêt du chercheur à se frotter à la littérature pour saisir le réel différemment. Pour ce qui est de la métabolisation de la science-fiction, un mouvement inverse se produit : la littérature embrasse résolument l’imaginaire, et les sciences sociales s’aventurent volontairement dans la fiction. Ce sont trois de ces fictions que nous analyserons dans cet article : Voyage au pays de l’utopie rustique d’Henri Mendras ([1979] 1992), Aramis ou l’Amour des techniques de Bruno Latour (1992) et Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation de Vinciane Despret (2021).
5Cette mise en comparaison d’objets parus à plusieurs décennies d’écart n’a évidemment pas pour objectif une déhistoricisation. Au contraire, chacun d’entre eux apparaît éminemment représentatif des enjeux de son époque : l’ouvrage d’Henri Mendras s’inscrit en réponse aux mouvements néoruraux, à l’émergence de la problématisation écologique et à la remise en question de la société industrielle, Aramis ou l’Amour des techniques est symptomatique des débuts de la pensée réseautique latourienne et du moment postmoderne de remise en question des dualismes. Enfin, le recueil de Despret s’ancre dans un effort collectif de la part d’un groupe de chercheurs et chercheuses de transformation de notre rapport au vivant à travers le récit. Pour autant, nous pouvons dresser des similitudes épistémologiques et formelles entre ces œuvres. Ces différents usages de la science-fiction se caractérisent par leur multiplicité relationnelle.
6Cette évolution concorde avec le retour de la transitivité de la littérature à la fin du xxe siècle (Viart, 2022), mais il convient dans le même temps de la spécifier, et de la distinguer. En comprenant que ces textes usent de la science-fiction comme d’un mode de pensée (Hollinger, 2014), les questions traditionnelles des études littéraires — et même plus largement des sciences herméneutiques — prennent une autre profondeur : « À qui s’adresse vraiment le texte ? » ; « Dans quel contexte à la fois épistémologique et social est-il publié ? » ; « Quels effets pluriels l’auteur souhaite-t-il produire ? » Cet article vise à souligner les nouveaux processus relationnels que font émerger ces fictions de chercheurs par le biais de ces questions et de l’identification de différents opérateurs de scientificité, de littérarité2 et de science-fictionnalité. Nous ne nous attèlerons pas à une analyse approfondie de chacun de ces textes, mais tenterons plutôt d’éclairer le mouvement épistémologique et formel engagé par ces œuvres, au prisme de leurs caractéristiques relationnelles communes.
7Pour mieux mettre en évidence les fonctions de ces textes — et donc l’hybridité de leurs relations —, nous proposons de réinstaurer temporairement et méthodologiquement le grand partage entre science et fiction que ces objets s’efforcent d’abolir. Notre article se divisera en trois parties, chacune soulignant un effet relationnel de ces ouvrages. La première relation ainsi cristallisée est celle qu’entretient le chercheur/écrivain à son objet de recherche, la deuxième à sa discipline, la troisième, celle qui le rattache à la science-fiction.
Le texte, le chercheur et son « objet »
L’utopie comme éthique de la responsabilité envers un monde social menacé
8Lorsqu’il publie en 1979 Voyage au pays de l’utopie rustique, Henri Mendras est le référent national de la sociologie de la ruralité. Il est notamment reconnu pour avoir écrit douze ans plus tôt La fin des paysans dans lequel il décrit la fin du modèle de la paysannerie traditionnelle et pose le constat d’un basculement civilisationnel : l’être paysan s’éteint et laisse place au métier d’agriculteur technicisé. Il s’interroge ainsi à la fin de son ouvrage : « Que sera un monde sans paysan ? » (Mendras, 1967, p. 316.) Question à laquelle il tente de répondre à plusieurs reprises par la prospective au sein de la revue Futuribles. Rapidement confronté aux limites de cette forme, il se dirige finalement vers la littérature fictionnelle.
9Deuxième ouvrage d’Actes Sud, maison d’édition fondée par des néoruraux, Voyage au pays de l’utopie rustique est le premier et seul ouvrage littéraire du sociologue. Le roman se construit sous la forme d’un rapport gouvernemental. Après un stage d’ethnologie à la fin des années 1960 en France, Alexis, le narrateur issu du pays fictif communiste et asiatique du Khoragstan, revient quarante ans plus tard visiter l’hexagone. Son pays d’origine le charge d’enquêter sur le Pays de l’utopie rustique, mouvement massif et hétérogène de retour à la Terre, né en France, mais essaimé partout en Europe. L’ouvrage se présente comme le rapport qu’Alexis adresse à son gouvernement, chaque chapitre narrant une étape de son séjour au pays de l’utopie rustique.
10Nourri d’une lecture approfondie de Max Weber, le sociologue de la ruralité propose un avenir différent au monde social dont il a autrefois annoncé la chute. La visée relationnelle de son texte à son objet de recherche est celle de l’éthique de la responsabilité3. Par la spéculation, Mendras place les conditions d’une possibilité politique de l’accomplissement du monde qu’il décrit. Cette attention prêtée à la ruralité passe par l’imagination d’une pluralité de mesures qui participent à ce que l’auteur caractérise comme une révolution des mœurs (p. 20) : autoalimentation (p. 27), investissement collectif et étatique dans les zones rurales, mise en coopérative à l’échelle de villages entiers (p. 27) ou prise en charge par tous les habitants du travail manuel et intellectuel. Ce processus relationnel que Mendras opère avec son objet de recherche s’incarne aussi à travers la mobilisation de ces lieux de vie par le récit. L’auteur s’attèle de cette manière à une description attentive des zones rurales que sont les Cévennes (p. 24-25), la vallée du Méjean (p. 34), Florac (p. 30), Larresingle (p. 71) ou Auch (p. 60).
11Le roman de Mendras apparaît comme le chant du cygne des recherches du sociologue sur la ruralité. Voyage au pays de l’utopie rustique parachève les travaux d’un scientifique pour qui la littérarisation de l’écriture relève plus d’un écart hapaxique à la fois amusant et éthique que d’un renouvellement méthodologique de l’écriture en sciences sociales. L’enjeu épistémologique est tout autre chez Latour.
L’écriture hybride au profit de l’analyse d’un quasi-objet
12Après avoir étudié la construction des sciences en laboratoire, Bruno Latour publie en 1991 Nous n’avons jamais été modernes. Dans cet ouvrage au fort retentissement, il explique que la modernité s’est caractérisée par des « grands partages » parmi lesquels nature/culture, science/politique, biotique/technique. Ce projet pose pourtant un paradoxe. En même temps que la modernité cherche à diviser et à purifier, les objets qui l’habitent relèvent d’une hybridité fondamentale qui dépasse tout dualisme. C’est ce que Latour appelle les quasi-objets en reprenant la terminologie de Michel Serres (Serres, 1981). Pour le sociologue, les quasi-objets transcendent les distinctions habituelles entre nature, culture, science, politique, humain et non-humain, de sorte que leur analyse nécessite le développement de nouvelles méthodes réunissant des domaines autrefois séparés.
13C’est justement ce que Latour fait un an plus tard dans Aramis ou l’Amour des techniques. Aramis est un projet de mini-métro automatique porté par la RATP au début des années 1970, mais avorté à la fin des années 1980 après plusieurs millions de francs investis. À ce moment, l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité missionne Bruno Latour pour réaliser un audit sur l’échec du projet. À la jonction entre technique, social et politique, Aramis semble être le quasi-objet par excellence. Aramis ou l’Amour des techniques est donc le résultat de ce travail. L’ouvrage raconte les étapes de la recherche de Latour sur un mode fictionnel. Le narrateur est un jeune étudiant ingénieur qui suit son professeur de sociologie sous la forme d’une enquête policière sur les traces de l’échec du métro Aramis. Le roman est composé d’un jeu polytextuel caractérisé par des changements typographiques dans lequel sont insérés diverses archives et extraits d’entretiens menés par le sociologue. Dans un avant-propos, Latour explique sa démarche et énumère trois objectifs de l’hybridité de son texte : 1) servir d’enseignement aux ingénieurs et aux politiques qui font vivre ces techniques ; 2) réconcilier les sciences humaines avec les techniques qu’elles ont longtemps rejetées ; 3) réintégrer les objets techniques dans la littérature, sujet que cette dernière aurait depuis longtemps quitté (p. 7). L’intention de Latour serait donc de faire le lien entre des domaines qui ne se parlent plus, de les « mettre en réseau ».
14Après avoir conceptualisé le grand partage dans ses recherches précédentes, le sociologue produit un texte qui tente de s’en émanciper. Par ailleurs, l’enquête est en elle-même performative puisqu’elle s’essaye à illustrer, à travers son objet, l’absence de ce grand partage. Les recherches de Latour l’ont conduit à transgresser des champs peu en dialogue, comme les sciences de l’ingénieur et la sociologie, et à s’intéresser à des quasi-objets qui nécessitent selon lui une transformation épistémologique. C’est par l’hybridité de son texte, qu’il appelle « scientifiction », qu’il propose de réunir ces domaines. En somme, la méthode de la scientifiction vise à mettre en relation les champs de la littérature, des sciences sociales, de la politique et des sciences et des techniques.
15Cette méthode à l’écho immédiat relativement restreint sera, plus tard, reprise par d’autres. Vinciane Despret, dans les pas du sociologue, a fait plusieurs fois usages de la fiction dans son travail. Ce fut notamment le cas dans « L’affaire Harry », article co-écrit avec le juriste Serge Gutwirth où les deux auteurs imaginent la possibilité de donner le statut juridique de personne à un singe (2009). Ils nomment alors leur méthode : scientifiction. Autobiographie d’un poulpe approfondit encore la démarche d’hybridation entre sciences sociales et science-fiction inaugurée dans cet article.
Les thérosciences : vers une nouvelle attention au vivant
16Vinciane Despret est philosophe des sciences. Proche de Bruno Latour, elle s’est intéressée aux pratiques des éthologues et adopte plus largement une approche sensible des non-humains. Quelques années après avoir participé en 2013 à un atelier de « narration spéculative », en compagnie notamment de Donna Haraway dans le colloque de Cerisy « Gestes Spéculatifs » organisé par Didier Debaise et Isabelle Stengers, Vinciane Despret publie en 2021 Autbiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipations. Ce recueil de trois nouvelles imagine un monde post-anthropocène au sein duquel se développent les thérosciences, sciences des arts et du langage du vivant. Les trois nouvelles, elles aussi polytextuelles, se présentent comme des rapports de recherches qui reproduisent différentes formes de productions scientifiques allant de l’archive à la conférence en passant par l’échange de courriels entre collègues. Ces rapports rendent compte de la construction de ces thérosciences et de leurs découvertes. Vinciane Despret décrit ainsi tantôt la poésie vibratoire des araignées, l’architecture fécale des wombats ou l’art des poulpes.
17Les nouvelles de Despret sont garnies de notes de bas de page, ou d’épigraphes ; une bibliographie finale complète le recueil. La philosophe convoque autant d’études réelles, que de scientifiques imaginaires, ou même des auteurs et autrices de science-fiction. Sa méthode spéculative s’appuie sur de nombreuses recherches en éthologie anciennes et contemporaines et cite tantôt des revues réelles comme Nature, tantôt fictive comme Geopsychopathology, et alterne entre la mention de chercheurs réels comme Karl Von Frisch ou fictifs comme Joey Von Batida. Dans un autre article, nous qualifions ce procédé de brouillage métafictionnel « intertextualité métaleptique » (Forêt et Yulmuk-Bray, 2024, § 22).
18Ce sont donc les objets de recherche de la philosophe des sciences qui apparaissent au centre de l’ouvrage : les chercheurs, la construction scientifique et le vivant. Autobiographie d’un poulpe s’inscrit de cette manière en continuité du travail de Despret sur la fine intrication entre les non-humains et ceux qui les étudient. Dans la poursuite de sa démarche sensible, la littérature et la spéculation lui permettent de visibiliser les non-humains et de mieux décrire les autres formes d’expression du vivant. Cette démarche repose sur un exercice d’invention langagière mêlant néologismes et concepts fictifs. De cette façon, les araignées « vibhurlent » (p. 30) avec leurs toiles et les wombats deviennent, avec leurs murs de fèces, les pionniers d’une « scatologie spéculative » (p. 51)4.
19En substance, que ce soit Henri Mendras et le monde paysan, Bruno Latour et les politiques, les ingénieurs et les scientifiques ou Vinciane Despret et les éthologues et les non-humains, tous ces chercheurs fondent leur ouvrage en tant que mode relationnel vers leur objet de recherche. La science-fictionnalisation de leur recherche, et donc la littérarisation et la spéculation, leur permettent d’agir par l’expérience de pensée sur les problématiques qu’ils ont autrefois soulignées dans leurs travaux. Mendras offre un autre avenir à la fin des paysans qu’il avait annoncée, Bruno Latour réconcilie des disciplines dont il a constaté la séparation et Vinciane Despret extirpe les sciences du vivant, qu’elle a longuement étudiées, d’une conception moderne et naturaliste par l’histoire épistémologique imaginaire d’une nouvelle discipline.
Inflexions fictionnelles pour une autre réflexivité du scientifique
Le roman comme parachèvement des recherches du sociologue sur la ruralité
20Alors que ce détour par la littérature est impulsé par leurs objets d’études en tension, Mendras, Latour et Despret utilisent aussi la fiction pour parler de leurs propres champs disciplinaires et pour effectuer un retour réflexif sur le monde de la recherche dans lequel ils évoluent.
21Texte crépusculaire en tant que sociologue de la ruralité, Voyage au pays de l’utopie rustique marque la fin de près d’une vingtaine d’années de travail pour Henri Mendras qui en profite pour revisiter certains enjeux scientifiques majeurs de son époque et de sa carrière. Il revient de cette façon sur les querelles entre marxisme et structuralisme qui ont lieu à la fin des années 1960 (p. 14), ou s’oppose lui-même, par son geste spéculatif, au déterminisme qu’il perçoit dans le marxisme orthodoxe.
22Dans le chapitre « Conversation avec un vieux sociologue ironique, où il est question de politique agricole et de structure de parenté » (p. 81-107), Mendras met en scène une rencontre fictive avec Alexis. Ce dernier lui pose des questions auxquelles le Mendras du futur répond par un retour fictionnel sur sa carrière. Il exprime alors sa discorde avec les économistes qui ne l’auraient jamais écouté lorsqu’il faisait référence à l’autoalimentation et à la fin des paysans dans les années 19605 (p. 87). Il mentionne d’ailleurs un autre ouvrage, Une France sans paysans (Gervais, Servolin et Weil, 1965), qui a annoncé ce phénomène en même temps que lui, mais selon une grille marxiste.
23À l’inverse, Mendras honore les chercheurs qui lui sont chers en imaginant que la thèse de son collègue anthropologue Alain Bourras sur l’architecture de bois et la civilisation de la forêt en Roumanie deviendrait un best-seller, servant d’inspiration au pays de l’utopie rustique en France. L’ensemble des personnes auxquelles Mendras fait référence dans ce chapitre sont mentionnées de façon floue et implicite. Elles ne peuvent apparaître claires que pour ceux qui ont connaissance des enjeux académiques de l’époque. Le sociologue de la ruralité laisse ainsi le lecteur deviner les personnalités cachées derrière les figures fictionnelles.
Un regard extérieur sur la sociologie des sciences et des techniques
24Tandis que Mendras réfère implicitement à ses confrères universitaires, Bruno Latour assume plus pleinement l’hybridité de son texte. La mise en forme est d’ailleurs plus académique que celle de Mendras et les noms de ses collègues sont explicitement mentionnés. Latour n’hésite pas, par exemple, à insérer des notes de bas de page dans le corps du texte. Il explique en avant-propos que sa démarche est issue d’un travail sur la mise en scène des sciences qu’il poursuit au côté des chercheurs Isabelle Stengers, Denis Guedj, Michel Authier et Françoise Bastide au sein de ce qu’ils appellent Le Club Scientifiction (p. 9).
25Tout au long de son roman, Latour se réfère à la philosophie des sciences et à la sociologie. D’abord avec le personnage qui le représente, le professeur de sociologie qui s’exprime dans un registre explicatif et didactique avec des références sur sa propre discipline, des mentions de travaux scientifiques ou des explications sociologiques. Mais aussi par la voix de l’élève ingénieur qui apprend avec peine ce que sont les rhizomes de Deleuze et Guattari (p. 45) ou qui s’étonne devant l’ampleur du concept de réseau. À travers le point de vue de cet élève, Latour se moque de ses propres théories : « [I]l m’entreprit à nouveau sur la notion de réseau. Le fanatisme de réseau avait pris de telles proportions dans son laboratoire qu’il réformait la langue française et n’écrivait plus que “réseauner” et qu’il prétendait “avoir réseau” de tout le monde… et en particulier de moi » (p. 129). Avec ce personnage d’ingénieur, dont la naïveté permet de souligner l’étrangeté des interférences entre technique et politique, Latour rend compte de la construction du fait scientifique par la sociologie à partir d’un regard extérieur aux sciences sociales.
Jeux fictionnels et épistémologie historique spéculative
26Dans Autobiographie d’un poulpe, les relations au champ de recherche de Despret se font encore plus nombreuses. Par une multiplicité de procédés, la philosophe réfère aux penseurs et anthropologues des sciences issus des multispecies studies ou encore de la philosophie pragmatique, qui gravitent autour des « collectifs de pensées6 » auxquels elle appartient. Il faudrait bien plus qu’un article pour lister l’ensemble de ces mécanismes, mais nous proposons d’en relever trois exemples.
27Le premier procédé est le plus simple : l’épigraphe. En effet, Vinciane Despret introduit chacune des nouvelles de son recueil par une ou deux citations en exergue de philosophes fondateurs pour sa pensée et qui traitent dans leurs textes des enjeux au cœur d’Autbiographie d’un poulpe : le langage des non-humains ou les relations entre science et fiction. Elle cite de cette manière Donna Haraway, Michel Serres, Didier Debaise ou encore Gilles Deleuze et Félix Guattari.
28Le second procédé relève quant à lui de la création ludique de personnages fictionnels, par le jeu onomastique7. En plus des citations de chercheurs réels, Vinciane Despret crée et met en récit des chercheurs fictifs dont le nom est formé par la fusion de noms de ses collègues. La théroarchitecte Donna Bird ou l’historienne de l’art Vanessa Dittmar font par exemple référence à la philosophe Donna Haraway, à l’anthropologue Debord Bird Rose ou à l’historien des non-humains Pierre-Olivier Dittmar.
29Enfin, le troisième jeu fictionnel auquel s’amuse Despret avec son champ de recherche est la mise en récit fictionnel de chercheurs de ces mêmes collectifs de pensées. Par un effet spéculatif anachronique, ces chercheurs sont vus comme des personnages importants de la construction des thérosciences. De cette façon, Baptiste Morizot est érigé en précurseur de la thérolinguistique (p. 72). À travers le mécanisme spéculatif traditionnel de la SF, la narratrice parle du philosophe au passé, explique les avancées permises par ses théories et les articule avec l’épistémologie de la thérolinguistique. Si Despret ne révèle jamais la date à laquelle se déroule le récit, l’anticipation est ici suffisamment proche pour que le procédé analeptique, caractéristique de la science-fiction (Langlet, 2006, p. 45-47), fasse en fait référence à l’actualité de l’autrice. Il nous amène alors à porter attention aux travaux mentionnés. Ce mécanisme citationnel est similaire à celui que nous observions chez Henri Mendras lorsqu’il spéculait sur le succès de la thèse d’Alain Bourras. Force est de constater que ce mode relationnel est un trope récurrent de la métabolisation de la science-fiction en sciences sociales8.
30Ainsi, nos trois auteurs se mettent en scène dans les différents modes de relation qu’ils établissent avec leur champ de recherche. Celui-ci se présente alors sous l’œil du lecteur par un jeu assez facilement résorbable. Mendras est le vieux sociologue ironique, Latour est le professeur qui initie le narrateur ingénieur à la sociologie, et Despret laisse planer le doute quant à sa présence derrière les initiales V. D., celles d’une historienne des thérosciences. Cette mise en scène de soi est une caractéristique au cœur de la fictionnalisation des sciences sociales. C’est d’ailleurs très fréquent en littérature de terrain, où le chercheur se met en scène pour mieux expliciter ses démarches et ses méthodes. Avec la métabolisation de la science-fiction dans les sciences sociales, la voix de l’auteur se cache à l’ombre des différents dispositifs narratifs proprement littéraires. La mise en scène de l’auctorialité est plus implicite et s’accompagne de divers mécanismes qui viennent brouiller les pistes (changement de nom, d’époque). Mais elle offre aussi un autre regard, plus distancié ; l’auteur ne se présente pas comme le narrateur, mais comme un personnage annexe (un sage érudit, un mentor, l’autrice d’un rapport scientifique).
31Que ce soit pour Mendras, Latour ou Despret, la littérature et la spéculation ouvrent de nouveaux modes de relations à leurs objets de recherche qu’ils n’auraient pu explorer par la voie plus traditionnelle de la publication académique. Condamnation à rebours des pairs et de l’orthodoxie disciplinaire, retour critique sur le jargon conceptuel ou effet performatif de la spéculation, l’invention formelle et poétique de ces mises en relations sert un objectif avant tout réflexif et épistémologique sur le rôle des sciences sociales.
De la science-fiction en terres académiques
De l’utopie à la science-fiction politique française
32Chacun des trois textes étudiés dans cet article entretient un lien plus ou moins fort avec la science-fiction, lequel concerne le troisième et dernier mode relationnel de notre étude. Pour ne pas créer de confusion, précisons que, dans la lignée d’autres théoriciens de la SF (Saint-Gelais, 1999 ; Rieder, [2010] 2013 ; Langlet, 2022), nous comprenons la science-fiction dans une acceptation large, unifiante et non essentialisante. Nous désignerons ainsi comme science-fiction tout objet médiatique fictionnel qui entretient un rapport réflexif aux sciences et aux techniques par le biais d’une expérience de pensée9.
33Henri Mendras est de nos trois auteurs, celui dont le lien à la science-fiction est le plus léger. Il ne la mentionne à aucun moment. Cependant, le sociologue use bien des mécanismes du genre (spéculation, discours réflexif sur les sciences) et son roman cristallise une partie des enjeux de l’imaginaire science-fictionnel de l’époque. En premier lieu, il s’inscrit pleinement dans l’utopie qui entretient une forte proximité avec la SF10. Le sociologue exprime d’ailleurs à plusieurs reprises sa dette envers l’économiste russe Alexandre Chayanov. Spécialiste de la ruralité, il a lui aussi publié une utopie, Voyage de mon frère Alexis au pays de l’utopie paysanne (Chayanov, [1920] 1976), que Mendras qualifie de prophétique (p. 105-106) et dont il reprend le prénom du personnage principal.
34Le lien avec la SF est d’autant plus marqué qu’à la même époque, la mort de l’utopie littéraire est annoncée (Abensour, [2000] 2013, p. 58), le genre ne trouve alors refuge que dans les territoires de la science-fiction. C’est particulièrement le cas dans la science-fiction française, critique des villes tentaculaires, où l’utopisme est mis en récit dans les zones rurales. Les romans, nouvelles et anthologies suivantes en sont la parfaite illustration : Le dormeur s’éveillera-t-il ? (Curval, 1979), Planète Larzac (Frémion, 1980), La vallée des autres (Christin, [1976] 1988). La science-fiction française traite alors de thématiques proches des enjeux critiques en sciences sociales à la même époque. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver certaines connivences avec l’utopie de Mendras.
La scientifiction, refus d’une relation à la SF ?
35Si Mendras ignore la SF dans son roman, ce n’est pas le cas de Bruno Latour. En effet, dès l’avant-propos de son ouvrage, le sociologue des sciences dessine l’inévitable frontière avec la science-fiction :
Quel genre fallait-il choisir pour opérer cette fusion de deux univers que tout sépare, celui de la culture et celui de la technologie, et de trois genres littéraires qui s’ignorent, ceux du roman, du dossier bureaucratique et du commentaire sociologique ? La science-fiction est insuffisante, puisque les techniques y servent le plus souvent de décor et non d’intrigue. (p. 8.)
36Cet extrait témoigne du manque de connaissance et d’un certain mépris de la SF par le sociologue11. Cette position apparaît paradoxale du fait qu’il qualifie, quelques lignes plus loin, son étude de « scientifiction » (p. 8). Il ne semble alors pas connaître l’origine du terme créé par Hugo Gernsback en 1926 et qui deviendra « science-fiction » sous la plume du même auteur trois ans plus tard12. Malgré son refus de la classification science-fictionnelle, Latour ne cesse de mobiliser deux textes considérés comme pionnier du genre. D’abord Erewhon de Samuel Butler ([1872] 1981) dont il loue l’expérience de pensée13 (p. 7) et qu’il cite deux fois (p. 68-69 ; 238). Mais aussi Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley ([1818] 2021) dont la créature éponyme apparaît comme une figure d’inspiration du métro Aramis14. Au fil du roman de Latour, le métro prend à plusieurs reprises la parole à travers la prosopopée et se compare lui-même à Frankenstein. Ce procédé narratif permet d’ailleurs à Latour de poursuivre ses expérimentations théoriques de prise en compte de l’agentivité non humaine.
37Si Aramis ou l’Amour des techniques n’a pas été l’ouvrage de Latour qui a connu le plus grand écho (sa forme en est l’une des principales raisons), il trouve une certaine reconnaissance chez les spécialistes de la science-fiction. Mark Bould et Sherryl Vint, par exemple, admirent sa capacité à nous faire « repenser ce que la SF peut faire [to rethink what sf can do] » (Bould et Vint, 2006, p. 129 ; notre traduction), Roger Luckhurst loue la volonté de Latour de faire parler les non-humains (Luckhurst, 2006, p. 11). Enfin, Luckhurst et Wacquez s’accordent tous deux pour dire que la démarche du sociologue est très originale pour un texte de Science and technology studies, mais beaucoup moins pour un texte de science-fiction (Luckhurst, 2006, p. 11 ; Wacquez, 2020, p. 75). D’une certaine façon, Bruno Latour se situe dans un entre-deux au sein duquel il récupère des outils du genre sans vraiment reconnaitre ses emprunts. Il mobilise la puissance spéculative de la science-fiction tout en maintenant une distance avec le genre. Il ose se référer à des œuvres de SF, mais seulement celles qui sont instituées. Il prône l’hybridité, mais évite le stigmate de la culture populaire associé à la SF.
Un ancrage générique assumé et transfictionnel
38Vinciane Despret est finalement la seule des trois qui revendique pleinement la tradition générique dans laquelle elle se situe. Les références sciences-fictionnelles pullulent dans son recueil, le titre (Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation) est d’ailleurs évocateur. En plus de sa capacité spéculative, la SF est un formidable laboratoire du rapport à l’altérité non humaine ainsi qu’aux langages autres qu’humains. Elle apparaît de fait pour la philosophe des sciences comme un réservoir d’imaginaires où puiser ressources et autres procédés narratifs.
39Outre les références à différents auteurs, « classiques » comme H. G. Wells (p. 24), ou plus récents comme Alain Damasio (p. 72), Vinciane Despret joue avec les codes de la science-fiction. En effet, les thérosciences qu’elle historicise sont en réalité le fruit d’une relation transfictionnelle avec une autre œuvre de science-fiction. Pour rappel, la transfictionnalité est un concept inventé par Richard Saint-Gelais qu’il définit comme un phénomène dans lequel deux textes se rapportent conjointement à la même fiction, brouillant ainsi les frontières entre les univers narratifs (Saint-Gelais, 2011). Nous qualifierons plus précisément l’œuvre de Despret comme opérant une transfictionnalité performative. En effet, c’est en réalité Ursula K. Le Guin qui imagine en 1974 dans sa nouvelle L’Auteur des graines d’acacias le terme de « thérolinguistique ». Despret spécule sur un univers où l’importance de l’œuvre de Le Guin a été telle que ses idées ont débordé du cadre de la fiction. Mais l’ontologie du monde qu’elle imagine n’est pas pour autant celle de Le Guin, mais plutôt un monde où les textes fictionnels de Le Guin sont devenus performatifs et ont provoqué des expériences réelles. C’est un procédé que Despret réutilise avec d’autres auteurs de SF. Elle s’inscrit d’ailleurs dans la droite lignée de la fabulation spéculative Histoire de Camille, écrite par Donna Haraway15 à la fin de Vivre avec le trouble (Haraway, [2016] 2020). Les Communautés de Camille en symbiose avec les papillons de Haraway deviennent chez Despret des Communautés des Ulysse en symbiose avec les poulpes.
40Les trois textes de notre corpus entretiennent une relation indéniable, mais variable, avec le genre science-fictionnel. La mise en perspective diachronique souligne l’accentuation de cette relation, ignorée puis entrevue, reniée puis pleinement assumée. Précisons d’ailleurs que tous n’opèrent pas le même rapport à la spéculation. Chez Mendras, le récit commence le 16 mai 2007, soit 28 ans après la date de publication du roman. Despret n’indique quant à elle aucun marqueur temporel, mais ses usages de l’analepse qui font référence au monde contemporain de l’autrice permettent de comprendre que l’on se situe dans un futur proche. Finalement, seul Latour n’ancre pas son récit dans l’avenir, la métabolisation de la science-fiction dans son récit s’incarnant plutôt à travers l’expérience de pensée qui souligne l’agentivité d’un non-humain par la prosopopée16. Dans tous les cas, ces liens intertextuels et méthodologiques à la SF entraînent la métamorphose de certaines théories, l’invention de procédés narratifs, la visibilisation de courants de recherches ou encore l’appui d’une agentivité non humaine.
Éléments pour une perspective diachronique
41Nous avons pu montrer que ces textes sont le fruit de trois types de relation. Ils sont avant tout le résultat de questionnements posés à un objet de recherche ou du parachèvement d’études menées sur un même objet. Libérés des contraintes traditionnelles de leurs disciplines et munis des atouts de la littérature fictionnelle, Mendras, Latour et Despret opèrent un autre type de relation qui se dirige vers leurs champs de recherche respectifs. Ils peuvent alors initier une nouvelle forme de réflexivité, décentrée, critique et souvent ludique, grâce à l’outil de spéculation. Enfin, ceci est réalisé par la sortie des normes d’écriture académiques et par une métabolisation (assumée ou non) de la science-fiction. Notons que ce phénomène est rendu possible par la forte légitimité académique acquise par ces chercheurs. En effet, au moment de la publication de chaque roman, les auteurs occupent une position reconnue : en 1979, Mendras est le représentant de la sociologie de la ruralité ; en 1992, Bruno Latour est l’une des figures de proue des sciences studies ; en 2021, Vinciane Despret a déjà publié près d’une dizaine d’ouvrages en philosophie de l’éthologie.
42Nous avons pu observer que ces relations sont marquées par l’usage de procédés poétiques, génériques et épistémiques diversifiés. Parmi eux, mentionnons la citation, la bibliographie, la note de bas de page, l’intertextualité métaleptique, la spéculation, l’analepse, la polytextualité et la participation à la xéno-encyclopédie science-fictionnelle. Bien qu’ils usent tous de procédés semblables, ces ouvrages sont composés de différents degrés de scientificité, de littérarité et de science-fictionnalité qui conduisent à intensifier ou non les mises en relation décrites. Vinciane Despret en ce qu’elle radicalise l’hybridation de son écriture est celle qui opère le dialogue le plus affirmé entre sciences sociales et littérature. Cette rupture avec le grand partage entre fiction et science constitue aujourd’hui un terreau favorable à la création poétique et épistémique. Mais cette radicalisation de l’écriture n’est possible que parce qu’elle est le fruit d’un processus plus long de métabolisation de la science-fiction dans les sciences sociales dont les outils d’écritures ont été expérimentés avant Despret, par Latour, Mendras et bien d’autres. Si ces deux derniers ne verbalisent pas leurs dettes au genre, la réception de leurs ouvrages est pourtant marquée par le constat d’une écriture science-fictionnelle.
43La perspective diachronique permet aujourd’hui d’analyser chacun de ces textes comme des jalons de l’affirmation d’un nouveau style de pensée17 qui vient ébranler la normativité du style traditionnel de l’écriture scientifique. Cependant, ces nouvelles écritures demeurent, jusqu’aux années 2000, de faibles remous dans l’océan de la production en sciences sociales, bien que causés par des chercheurs importants. Toutefois l’accroissement de la puissance de la métabolisation de la science-fiction observé dans cet article symbolise assez clairement le mouvement grandissant des écrits académiques vers ces formes spéculatives.
44Nous avons dû, pour la clarté de l’analyse, objectiver les processus relationnels en les triant en trois catégories distinctes représentées par des abstractions larges que sont l’objet de recherche, le champ de recherche, et le genre SF. Néanmoins, les gestes relationnels fonctionnent par entremêlement et concomitance et sont dirigés vers des problématiques bien réelles, matérielles et idéelles : la société paysanne qui fait face à sa propre disparition, les non-humains menacés d’extinction, la réflexivité du champ scientifique et universitaire dans le rôle qu’il doit tenir dans les crises en cours et à venir, ou encore les savoirs populaires à travers le genre science-fictionnel dont on a souvent reproché la technophilie et qui peine parfois à sortir du carcan dans lequel on le relègue. Plus largement, ces emprunts des sciences sociales à la SF permettent d’expérimenter une nouvelle « culture du temps » en réponse à la crise des temporalités (Cornu et Theys, 2023). Symptôme du renouveau épistémologique face à l’Anthropocène, ces textes science-fictionnels produits par des chercheurs soulèvent les problématiques fondamentales de l’écriture en sciences sociales et de sa performativité, de l’émancipation face aux grands partages et de la voix des non-humains, en adoptant un autre prisme de narrativisation des savoirs que celui offert par les littératures de terrain. Les possibilités multiples des méthodes de la métabolisation de la science-fiction laissent espérer de nombreuses expérimentations à venir, l’actualité scientifique et littéraire témoignant avec éloquence de la vitalité du champ.

