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Faire œuvre avec Pierre Bayard (Pau)

Faire œuvre avec Pierre Bayard (Pau)

Publié le par Marc Escola (Source : Sylvie Loignon)

« Faire œuvre avec Pierre Bayard »

Colloque organisé par Sylvie Loignon et Loraine Toque 

(UPPA, Alter UR 7504)

1er et 2 avril 2027

La recherche universitaire s’est emparée des travaux de Pierre Bayard afin d’examiner en quoi ils constituaient des outils d’analyse pertinents pour la didactique de la littérature, pour la théorie littéraire et pour les relations qu’entretiennent la littérature et la vie. En témoignent la journée d’étude organisée par Éric Hoppenot et Antony Soron en février 2023 et intitulée « Enseigner la littérature avec Pierre Bayard », et les deux colloques internationaux organisés pour l’un à l’université de Chicago par Loriane Lafont-Grave et Jacqueline Victor : « Creative Reading : Rethinking our Relationship to Art and Literature through Pierre Bayard » en octobre 2024 et, pour l’autre, par un collectif emmené par Aurélien Fouillet à l’ENSCI en décembre 2025 : « Design, narration(s) et théorie(s) littéraire(s). Au prisme de l’œuvre de Pierre Bayard ».

Si le colloque « Faire œuvre avec Pierre Bayard » s’inscrit dans ces perspectives, il entend envisager les livres de Pierre Bayard non pas seulement comme des outils pour appréhender le monde, la fiction et leurs relations complexes, mais comme une œuvre à part entière. En somme, il s’agit d’interroger la façon dont Pierre Bayard « fait œuvre ».

Cette question de l’œuvre – nécessairement en construction – permet d’interroger le statut de l’auteur et celui du narrateur, d’en comprendre l’écart et le jeu. Comment faire œuvre en effet quand le narrateur fait preuve de désinvolture ou d’ironie à l’égard de la notion même d’œuvre ? Or, une telle interrogation suggère aussi d’analyser une énonciation qui sème le doute : « je sommes plusieurs » en quelque sorte… Ce faisant, ce statut ambigu questionne encore l’ethos auctorial et, plus largement, la posture adoptée par l’auteur, tout comme il questionne le genre dont relèvent ses livres (essai, fiction ?). Aux frontières de la théorie littéraire, de la critique et de la fiction, Pierre Bayard fait preuve d’une hybridité générique et revendique un détour par les autres arts. Dans l’ouvrage Le Détour par les autres arts : pour Marie-Claire Ropars qu’il a dirigé, Pierre Bayard propose en effet de recourir aux autres arts afin de mieux appréhender la littérature : le détour « modifie aussi profondément les œuvres entre lesquelles il les fait circuler, rendant perceptible en chacune l’inquiétude d’elle-même[1] ». Il affirme ainsi dans son article « Peut-on appliquer le cinéma à la psychanalyse ? », le pouvoir de la littérature d’affirmer la vie psychique, ce que lui envierait le cinéma.

Faire œuvre suppose encore une cohérence dans la production, dessine les contours d’une unité qui ne semble pas si évidente de prime abord. Quelle serait alors la périodisation de la production bayardienne ? Peut-on voir des jeux d’échos d’un écrit à l’autre et selon quelle modalité : opposition, reprise, regrets et repentirs ? Faire œuvre, c’est aussi s’inscrire dans le champ littéraire, trouver une place dans un contexte éditorial et dans des courants critiques. Il s’agit ainsi d’étudier jusqu’à quel point l’œuvre de Pierre Bayard est novatrice, d’envisager la réception de ses livres, de ne pas éluder la dimension polémique de ceux-ci et de réévaluer leur place dans la critique contemporaine et plus largement dans la production littéraire d’aujourd’hui. 

Mais « faire œuvre avec Pierre Bayard » c’est aussi souligner la façon dont il mobilise la capacité de son / ses narrateur(s) à former des œuvres nouvelles à partir de textes connus, à partir de lectures supposées, à partir d’hypothèses qui vont souvent à l’encontre des lectures convenues et du « sens de l’auteur ». Pierre Bayard pose la question cruciale du sens et du contresens. Il place au cœur de ses œuvres la notion d’intertextualité et d’intertexte. Ce faisant, ses livres amènent souvent une implication du lecteur, voire sa participation active. Or, il serait intéressant d’envisager les modalités de cette participation du lecteur, d’étudier par exemple la structure inquisitoriale de certains de ses livres, dont on trouve un prolongement dans le travail de Clémentine Beauvais : Pierre Bayard DéteXtive privé (trois tomes parus : L’Affaire Petit Prince, Enquête sur Peter Pan et Code Petite Sirène). Si affleure l’éloge de la subjectivité du lecteur et de sa capacité à imaginer, le lecteur est-il cocréateur non pas seulement des œuvres dont parlent les livres de Pierre Bayard mais de ces derniers eux-mêmes ? Ne pourrait-on pas imaginer un lecteur qui prend à la lettre les textes de Bayard tant la démonstration se fait minutieuse et l’hypothèse crédible ? Jouer ou ne pas jouer le jeu…

 Si la place du lecteur et celle de l’auteur sont activement questionnées ici, on pourra aussi se demander comment les livres de Pierre Bayard, jouant donc de l’intertexte, dessinent une vision paradoxale de la littérature : elle semble participer de ce murmure indéfini dont parle Michel Foucault à propos de Flaubert : « chaque œuvre littéraire appartient au murmure indéfini de l’écrit ». Se donne alors à voir une intransitivité de la littérature, qui, se fermant sur elle-même, renvoie à une immense bibliothèque. Toutefois, à la lecture des livres de Pierre Bayard, la littérature est aussi un questionnement vif du réel : soit que la fiction anticipe la catastrophe et plus largement interfère avec la réalité (voir notamment Le Titanic fera naufrage), soit qu’il s’agit par la fiction d’interroger notre propre relation à nous-mêmes, aux autres, au réel et à l’Histoire, ce qui est au cœur du livre Aurais-je été résistant ou bourreau ? La littérature est donc aussi ce qui explore les questions sociales, éthiques et politiques les plus contemporaines. Apparaît alors un dernier questionnement : celui de l’actualité de l’œuvre bayardienne. Jouant sur les temporalités et les paradoxes (Le Plagiat par anticipation), cette œuvre fait œuvre avec son temps et à contretemps. 

 Les propositions de communication (500 signes espaces comprises) accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique sont à adresser conjointement à loraine.toque@univ-pau.fr et sylvie.loignon@univ-pau.fr  pour le 30 septembre 2026.

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Comité scientifique :

Pierre Bayard (Université Paris 8)

Michel Braud (UPPA)

Caroline Julliot (Université Jean Moulin Lyon 3)

Eric Hoppenot (Sorbonne Université – Inspé)

Sylvie Loignon (UPPA)

Nancy Murzilli (Université Paris 8)

Pascale Peyraga (UPPA)

Mireille Séguy (Université Sorbonne Nouvelle)

Loraine Toque (UPPA)

Laurent Zimmermann (Université Paris Cité)

 

[1] Pierre Bayard et Christian Doumet, « Avant-propos », in Pierre Bayard et Christian Doumet (dir.), Le Détour par les autres arts : pour Marie-Claire Ropars, Éditions L’improviste, 2004, p. 10. 

NB : Les frais d'inscription au colloque s'élèvent à 50 euros.