Loin d'être un phénomène marginal ou dérivé, l'appropriation s'impose comme un principe structurant de la modernité et de la contemporanéité littéraires, remettant en question les notions d'originalité, d'auctorialité, de propriété textuelle et d'autorité créatrice. Des premières réflexions sur la citation et l'imitation aux théories modernes de l'intertextualité et de la réécriture, la critique littéraire a progressivement déplacé la figure de l'auteur autonome au profit d'une conception relationnelle et palimpsestique du texte. Des interventions fondatrices telles que la critique de la souveraineté auctoriale par Roland Barthes, la théorie de la transtextualité de Gérard Genette et les travaux d'Antoine Compagnon sur la citation et la répétition ont fourni un cadre théorique essentiel pour appréhender la littérature comme une pratique de réemploi et de transformation.
La critique anglophone a encore affiné et élargi ces perspectives. La théorie de l'influence de Harold Bloom conceptualise la création littéraire comme une mélecture agonistique ; Linda Hutcheon a théorisé l'adaptation et la parodie comme des modes créatifs et réflexifs ; Julie Sanders a cartographié la réécriture et l'appropriation en tant que pratiques littéraires historiquement situées. Plus récemment, les travaux de Kenneth Goldsmith sur l'écriture non créative ont mis au premier plan l'appropriation comme stratégie esthétique et conceptuelle explicite dans la littérature contemporaine.
Dans cette constellation théorique, l'appropriation est ici abordée non pas principalement comme un problème éthique ou juridique — bien que ces questions demeurent pertinentes — mais comme une poétique : un ensemble d'opérations formelles, stylistiques et discursives (citation, allusion, ekphrasis, montage, collage, pastiche, réécriture, sampling, réemploi archivistique) par lesquelles les textes négocient leur rapport aux textes antérieurs, aux genres et aux matériaux culturels. L'appropriation devient ainsi un lieu où la littérature réfléchit sur ses propres conditions de possibilité, sa mémoire et ses modes de transmission.
Le colloque cherche à explorer comment ces poétiques de l'appropriation opèrent à travers les genres et les périodes, des réécritures du mythe, des textes sacrés et du canon aux expérimentations modernistes et postmodernes avec la fragmentation et la citation, en passant par les pratiques contemporaines façonnées par la traduction, la remédiation et la textualité numérique.
Nous invitons des contributions examinant l'appropriation comme paradigme poétique et théorique central dans les littératures française et anglophone/américaine du XIXe au XXIe siècle, à partir de la lecture rapprochée, de la poétique, de la narratologie, de la théorie intertextuelle, des études sur l'adaptation et de la critique culturelle.
Les sujets possibles incluent (sans s'y limiter) :
L'appropriation comme principe poétique : modèles théoriques et vocabulaires critiques
Réécriture, adaptation et transformation littéraire
Intertextualité, transtextualité et formes hypertextuelles
Intermédialité, appropriation entre les arts
Influence, mélecture et distorsion créatrice
Citation, montage, collage et écriture fragmentaire
Pastiche, parodie et ironie comme modes d'appropriation critique
Traduction, auto-traduction et réécriture interlinguistique
Appropriation, auctorialité et autorité textuelle
Poétiques de l'appropriation et générations (littéraires)
Archives, mémoire et héritage culturel
L'appropriation dans l'écriture contemporaine et expérimentale
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Veuillez envoyer un résumé de 250 mots en italien, en anglais ou en français avant le 17 mai 2026 aux organisateurs du colloque Simone Francescato, simone.francescato@unive.it et Julien Zanetta, julien.zanetta@unive.it.
Les notifications d'acceptation seront envoyées avant le 15 juin 2026.