Les 10 et 11 décembre 2026, Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO),
Pôle des langues et civilisations, 65 rue des Grands Moulins 75013 Paris
2026年12月10、11日、国立東洋語文化大学(パリ)
Langues du colloque : français et japonais
使用言語:フランス語、日本語
Tawada Yôko, écrivaine bilingue japonais/allemand affirme : « Si l’on me demande quel type de littérature est représentative des années 1990, je pense répondre que ce sont les œuvres écrites dans une langue autre que la langue maternelle[i] ». Langue mineure dans les rapports de force internationaux, le japonais reste encore souvent considéré comme une langue pratiquée uniquement par les Japonais. Or, depuis une trentaine d’années, on observe sur la scène littéraire japonaise un phénomène qui nous invite à remettre en question cette vision : l’apparition, significative bien que marginale, d’écrivains ayant choisi de s’écarter de leur langue maternelle pour écrire en japonais. À l’instar de Rībi Hideo, Yang Yi ou Ri Kotomi, plusieurs auteurs préférèrent l’écriture en japonais plutôt que dans une langue première pourtant parfois majeure au regard de l’économie de la littérature mondiale. L’obtention des prix littéraires les plus prestigieux, tels que le prix Akutagawa, montre que ces auteurs jouissent d’une réelle reconnaissance littéraire. Ainsi la littérature japonaise n’est-elle plus forcément écrite par des écrivains de langue maternelle japonaise, comme entémoigne également l'émergence remarquable du genre dit « littérature transfrontalière » (越境文学) depuis les années 1990 au Japon.
Toutefois, ce phénomène s’inscrit aussi dans une généalogie plus longue, qu’on ne saurait limiter à la fin du xxesiècle. N’oublions pas que la littérature japonaise moderne s’est construite en grande partie dans la dynamique de son rapport à l’autre et son ouverture à l’étranger. L’un des courants novateurs de l’ère Meiji fut ainsi porté par des écrivains qui, tels que Mori Ōgai ou Natsume Sōseki, avaient séjourné longuement en Europe[ii]. Par la suite, le Japon de la première moitié du xxe siècle connut de nombreux conflits internationaux : la guerre russo-japonaise, les deux guerres sino-japonaises ainsi que la guerre du Pacifique. Ces confrontations exposèrent la littérature japonaise à l’autre, notamment par le biais de militaires envoyés au front (on pense à Sakurai Tadayoshi ou Hino Ashihei) et de correspondants de presse (ce fut par exemple le cas de Kunikida Doppo).
Le Japon en tant qu’empire colonial en Asie entraîna l’émergence d’écrivains issus des pays colonisés. La littérature des Coréens au Japon (在日朝鮮人文学) est l’exemple le plus représentatif de cette écriture. Son héritière, la « littérature zainichi » (在日文学), portée par des écrivains appartenant aux deuxième ou troisième générations de l’immigration coréenne, occupe toujours une place importante sur la scène littéraire japonaise[iii]. Inversement, le moment colonial fut à l’origine d’un intérêt des écrivains japonais pour ces nouveaux espaces qu’ils intégrèrent à divers degrés dans la littérature nationale (ainsi en 1942, le prix Akutagawa fut accordé à Tada Yūkei, auteur résidant alors à Shanghai[iv]). Par la suite, l’histoire impériale fit apparaître des auteurs japonais, tels que Yuasa Katsue ou Morisaki Kazue, nés dans les colonies et marqués par cette expérience, créant ainsi une « littérature du rapatriement » (引揚げ文学[v]) ou « littérature de l’expansion » (海外進出文学[vi]) qui englobe aussi l’écriture des militaires.
Enfin, la littérature japonaise est elle-même « en migration ». En effet, la traduction d’œuvres depuis ou vers le japonais représente un mode de mobilité de la production littéraire important, et qui intéresse de plus en plus la recherche[vii]. On a dit comment la littérature japonaise, dès la fin du xixe siècle, avait élaboré sa modernité en dialogue avec les littératures étrangères, mais l’émergence de nouvelles pratiques, telles que l’auto-traduction, ne cesse de renouveler ces dynamiques. Dans un contexte de mondialisation de la littérature, la question de la place que peuvent occuper la langue et la littérature japonaises sur la scène littéraire internationale suscite autant d’enthousiasme que d’interrogation, voire d’inquiétude[viii], une situation que le monde académique a aussi vocation à aborder.
Ce colloque, intitulé « La littérature japonaise en migration », nous offrira l’occasion d’approfondir notre compréhension des « mobilités » d’une littérature japonaise loin d’être statique, et d’interroger les enjeux contemporains de la création littéraire.
Pistes à explorer :
- écriture et langue
- multilinguisme
- polyphonie et polyglossie
- traduction, auto-traduction
- appartenances, inclusions
- migration, déplacement, exil
- colonialisme et littérature
Le colloque se clôturera avec une table ronde des écrivains en situation de bilinguisme. Jeffrey Angles, Gregory Khezrnejat, Nemoto Misako, Tawada Yōko, Ri Kotomi nous ont donné des réponses favorables et seront présents.
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Les langues de communication du colloque seront le français et le japonais.
Le résumé de la proposition (250 mots au maximum) indiquant le titre et contenant une brève biographie de l’auteur est à envoyer avant le 15 juin 2026 à l’adresse suivante :
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Comité d’organisation :
Noya Dalem (doctorante, INALCO / IFRAE), Dan Fujiwara (MCF, Université Toulouse Jean Jaurès / IFRAE), Guillaume Muller (MCF, Université Bordeaux Montaigne / D2iA) et Mayumi Shimosakai (MCF, Université d’Orléans / RÉMÉLICE)
[i] Tawada Yōko 多和田葉子, Divagations dans une langue baragouinée カタコトのうわごと, Seidosha, Tokyo, 1999, p. 130.
[ii] Ashiya Nobukazu 芦屋信和, Ueda Hiroshi 上田博 et Kimura Kazuaki 木村一信 (dir.), L’expérience du monde des écrivains 作家の世界体験, Sekaishisōsha, Tokyo, 1994.
[iii] Isogai Jirō 磯貝治良, L’étude sur la littérature « zainichi » 〈在日〉文学論, Shinkansha, Tokyo, 2004, p. 28.
[iv] Ōhashi Takehiko 大橋毅彦, L’expérience de Shanghai dans la littérature de l’ère Shōwa 昭和文学の上海体験, Tokyo, Bensei shuppan, 2017.
[v] Park Yuha 朴裕河, L’introduction à l’étude sur la littérature de rapatriement, Vers une nouvelle ère postcoloniale 引揚げ文学論序説 新たなポストコロニアルへ, Jinbunshoin, Tokyo, 2016.
[vi] Ikeda Hiroshi 池田浩士, L’Introduction à « la littérature de l’expansion » 「海外進出文学」論序論, Impact Shuppankai, Tokyo, 1997.
[vii] Cécile Sakai et Nao Sawada (éds.), Pour une autre littérature mondiale, Picquier, Arles, 2021.
[viii] Mizumura Minae 水村美苗, Quand la langue japonaise périt 日本語が亡びるとき, Chikuma Shobô, Tokyo, 2008.
「九〇年代を代表する文学とはどんな文学かと聞かれたら、わたしは、作者が母国語以外の言語で書いた作品、と答えるのではないかと思う[i]。」日本語・ドイツ語のバイリンガル作家である多和田葉子はこのように述べている。世界を射程に入れると、マイナー言語である日本語は、現在も日本人によってのみ使われる言語だと考えられがちである。しかしながら、三十年ほど前からこのような考えに疑問を呈する現象が文学界に見られる。数少ないとはいえ、自身の母語よりも日本語で書くことを選ぶ作家が確実に出現してきているのだ。リービ英雄、楊逸、李琴峰などのように、一部の作家たちは、自らの第一言語がときには世界文学内の力関係においてよりメジャーであるにもかかわらず、日本語で書くという選択をしている。彼らが芥川賞のような、もっとも権威ある文学賞を受賞していることは、その文学的価値が認められていることを示している。実際のところ今日、日本文学は必ずしも日本語を母語とする作家によって書かれているわけではない。1990年代以降のいわゆる「越境文学」というジャンルの出現は、そのこと如実に物語っている。
とはいえ、日本文学と「外なるもの」との出会いは二十世紀に突如としておこったのではなく、そこには長い歴史が存在する。日本近代文学が、外国への開放と他者との関係において構築されたことを忘れるわけにはいかないのである。明治時代のもっとも斬新な文学潮流は、森鴎外や夏目漱石のような、ヨーロッパに長く滞在した作家たちによって担われた[ii]。また、二十世紀前半の日本は、数々の軋轢−−日清戦争、日露戦争、日中戦争、太平洋戦争−−を経験した。これらの体験は、前線へ送られた軍人(桜井忠温や火野葦平など)を通じて、あるいは従軍記者(例えば國木田独歩)を通じて、日本文学が外国/他者と遭遇する機会となった。
また、日本が植民地帝国としてアジアに君臨することによって、植民地化された国々からの日本語作家が誕生した。在日朝鮮人文学はそのもっとも顕著な例である。その末裔であり、在日コリアン第二世、第三世によって担われる「在日文学[iii]」は、現在においても日本文学界において重要な位置を占めている。その一方で、植民地帝国時代は、新しく獲得された空間を日本人作家たちが国文学の中に組み込む機会ともなった。(こうして、1942年の芥川賞は上海在住の多田裕計が獲得した[iv]。)その後、帝国の歴史は湯浅克衛や森崎和江のように植民地で生まれ、その体験に刻印された日本人作家を出現させ、「引揚げ文学[v]」や兵士たちによる作品も含めた「海外進出文学[vi]」を生み出した。
つまり、日本文学そのものが「移動」しているのである。また、日本語から、あるいは日本語への翻訳も文学作品の移動の重要な様相であり、ますます多くの研究者の関心の対象となりつつある[vii]。19世紀末以来、日本文学は外国文学との対話を通じてその近代性を獲得したが、自己翻訳などの新たな方法は日本文学を革新してやまない。文学のグローバル化が進む今日においては、日本語と日本文学が世界において占める位置に関して言えば、喜ぶべき要素に欠かない一方で、疑念、果ては危機感も尽きない[viii]。そして、この様な状況は、あらゆる角度から見た「移動」というテーマのもとにアカデミズムの世界が日本文学を考察するよう促すのである。
「移動する日本文学」というタイトルの当シンポジウムは、決して静止状態にあるわけではない日本文学の「移動」についての理解を深め、現代における文学作品のあり方について問い直す機会となるはずである。
研究課題例
● エクリチュールと言語
● 複数言語使用
● ポリフォニーとポリグロシア
● 翻訳、自己翻訳
● 帰属、ソーシャル・インクルージョン
● 移動、移住、亡命
● 植民地主義と文学
シンポジウムはバイリンガルの状況にある作家たちによるラウンドテーブルによって締めくくられる予定である。ジェフリー・アングルス氏、グレゴリー・ケズジャナット氏、根本美作子氏、多和田葉子氏、李琴峰氏が参加を表明している。
シンポジウムにおける使用言語はフランス語か日本語である。発表のタイトルと550字以内のレジュメの他、参加者の簡単な自己紹介を2026年6月15日までに以下のアドレスに送付すること。
主催者
ダレム・のや(フランス国立東洋言語文化大学)、藤原団(トゥールーズ=ジャン・ジョレス大学)、ギヨーム・ミュレール(ボルドー・モンテーニュ大学)、下境真由美(オルレアン大学)
[i] 多和田葉子『カタコトのうわごと』、青土社、1999年、130頁
[ii] 芦屋信和、上田博、木村一信, 『作家の世界体験』, 世界思想社1994年
[iii] 磯貝治良『〈在日〉文学論』、新幹社、2004年、28頁
[iv] 大橋毅彦『昭和文学の上海体験』、勉誠出版、2017年
[v] 朴裕河『引揚げ文学論序説 新たなポストコロニアルへ』、人文書院、2016年
[vi] 池田浩士『「海外進出文学」論序論』、インパクト出版会、1997年
[vii] Cécile Sakai et Nao Sawada (éds.), Pour une autre littérature mondiale, Picquier, Arles, 2021.
[viii] 水村美苗『日本語が亡びるとき』筑摩書房、2008年