Jacqueline Manicom, sage-femme et écrivaine guadeloupéenne, est une oubliée de l’Histoire, comme tant de femmes noires. Dans les années 60 et 70, elle exerce à Paris, dans une maternité d’avant la loi Veil : avortements clandestins, violences gynécologiques, femmes battues, grossesses subies. Elle y voit tout. Manicom signe le Manifeste des 343, témoigne au procès de Bobigny aux côtés de Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir. Unique femme noire de ce combat, elle fonde aussi le Planning familial en Guadeloupe et s’engage dans la lutte indépendantiste. Elle incarne une pensée à la croisée des luttes : de classe, de sexe et de race. En 1974 paraît La graine. Le livre frappe par son style haletant, mêlant vérité technique et souffle romanesque. On y croise des sage-femmes qui risquent leur poste si elles parlent de contraception, des patientes livrant des récits crus, des avortements clandestins décrits sans fard, des erreurs médicales que l’on préfère taire, et ce racisme ordinaire qui traverse les couloirs de l’hôpital. Rare, courageux, bouleversant, ce texte garde aujourd’hui toute son actualité. Épuisée par le silence et le racisme, elle se suicide à quarante ans. La collection L'imaginaire (Gallimard) réédite La graine de Jacqueline Manicom, avec des préfaces de Cloé Korman et Maya Mihindou, pour rendre justice à cette héroïne singulière, qui a voulu raconter les femmes telles qu’elles sont vraiment : meurtries, résistantes, vraies.
Paraît dans le même temps la biographie d'Hélène Frouard, Jacqueline Manicom : la révoltée (L'Atelier). On peut retrouver sur france.tv le documentaire Jacqueline Manicom : une voix pour les femmes de Martine Delumeau, diffusé sur France3 le 9 mars dernier.