Édition
Nouvelle parution
Charles Baudelaire, Œuvres complètes, t. I & II (nouvelle éd., Bibliothèque de la Pléiade)

Charles Baudelaire, Œuvres complètes, t. I & II (nouvelle éd., Bibliothèque de la Pléiade)

Édition publiée sous la direction d'André Guyaux et Andrea Schellino.

Avec la collaboration d'Aurélia Cervoni, Antoine Compagnon, Romain Jalabert, Bertrand Marchal, 

Henri Scepi, Jean-Luc Steinmetz, Matthieu Vernet et Julien Zanetta.

Préface d'Antoine Compagnon

Tome I : Les écrits de Baudelaire de 1836 à Février 1861 : Vers latins - Salon de 1845 - Le salon caricatural - Salon de 1846 - La Fanfarlo - Publications préoriginales de poèmes à paraître dans «Les Flers du Mal» - Les Limbes - Douze poèmes envoyés à Théophile Gautier - Exposition universelle de 1855 - Les Fleurs du Mal (les dix-huit poèmes de la «Revue des Deux Mondes») - Edgar Poe. Sa vie et ses œuvres (et autres textes sur Edgar Poe) - Les Fleurs du Mal (édition de 1857) - De l'essence du rire - Quelques caricaturistes français - Quelques caricaturistes étrangers - Théophile Gautier - Salon de 1859 - Les Paradis artificiels.

Tome II : Les écrits de Baudelaire de février 1861 à 1867 : Les Fleurs du Mal (Édition de 1861) - Richard Wagner et «Tannhäuser» à Paris - Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains - Fusées - Hygiène - Le peintre de la vie moderne - Mon cœur mis à nu - La Belgique déshabillée - Amœnitates Belgicæ - Les épaves - Atelier du «Spleen de Paris» - [Pensées et aphorismes]. Appendice : Titres, projets et fragments - Notes de lecture - Carnet - Transcriptions.

En 1931, c’est avec les œuvres de Baudelaire – choix alors peu conformiste – que Jacques Schiffrin inaugure la Bibliothèque de la Pléiade. Édition après édition, la collection ne cessera d’accompagner le poète et de contribuer à l’évolution du regard porté sur son œuvre. Les volumes qui paraissent aujourd’hui constituent à cet égard un tournant décisif.

On dit de Baudelaire qu’il est, pour la poésie en vers, l’homme d’un recueil unique. Il serait au moins aussi significatif de souligner que Les Fleurs du Mal sont l’œuvre d’une vie, prépubliée à partir de 1845, publiée et condamnée en 1857, reprise et augmentée en 1861, prolongée jusqu’à la fin, ou presque. Or l’édition de 1857, qui n’est pas le fruit des circonstances, mais celui de la volonté de Baudelaire, n’est pas accessible à un large public. Dans le même ordre d’idées, on néglige de rééditer pour lui-même le recueil des Épaves de 1866, préférant l’annexer aux Fleurs du Mal de 1861 au motif qu’il procure les six pièces condamnées. La présentation habituelle du Spleen de Paris ne se distingue en rien de celle des livres publiés par Baudelaire, bien que ce recueil de cinquante « Petits poèmes en prose » n’ait jamais paru de son vivant et pose plusieurs des problèmes inhérents aux ouvrages posthumes. Bien des textes moins célèbres sont fréquemment regroupés au sein de recueils factices qui les coupent du contexte de leur rédaction.

Les nouvelles Œuvres complètes de Baudelaire rompent avec ces usages. Pour la première fois, l’œuvre n’est plus partagée entre poésie et critique. Le sommaire est désormais chronologique. Des Fleurs du Mal on propose les deux éditions, 1857 et 1861, dans leur intégralité. Elles sont précédées de toutes les prépublications de poèmes dans la presse, parfois réunies par Baudelaire en de petits recueils transitoires, tel Les Limbes en 1851. Les Épaves retrouvent leur autonomie et leur date. L’édition du Spleen de Paris ne dissimule plus la diversité des origines des poèmes en prose qui s’y trouvent rassemblés et fait entrer le lecteur dans l’atelier du poète : quand deux versions sensiblement différentes existent pour un même texte, toutes deux sont publiées. À leurs dates respectives, les différents Salons dialoguent avec les autres écrits. Les poèmes envoyés à Théophile Gautier dans l’espoir (en partie déçu) qu’il les publie en revue retrouvent leurs liasses originelles. Les féroces manuscrits « belges », enfin, font l’objet d’un nouvel établissement du texte et d’une présentation plus conforme à leur matérialité. L’œuvre, en somme – « l’œuvre qui a déterminé les voies de la poésie future » (A. Compagnon) –, s’écrit et se déploie sous les yeux du lecteur.