Acta Fabula
ISSN 2115-8037

Dossier critique
2020
Novembre 2020 (volume 21, numéro 10)
titre article
Christophe Cosker

L’Intention anticolonialiste dans le livre‑Afrique franco‑allemand pour la jeunesse (1991‑2010)

The anti-colonialist intention in the Franco-German book-Africa for youth (1991-2010)
Élodie Malanda, L’Afrique dans les romans pour la jeunesse en France et en Allemagne 1990‑2010. Les pièges de la bonne intention, Paris, Honoré Champion, 2019, 583 p., EAN : 978‑2‑7453‑5071‑8.

C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature.

André Gide

1« Encore un livre sur l’Afrique ! » est‑il ironiquement annoncé au début de l’état des lieux de sa recherche par Élodie Malanda. Après avoir rappelé les différents angles possibles de questionnement sur l’Afrique en tant que lieu — dépaysant ou non — en tant que personne — stéréotypée ou non comme étrangère ou immigrée  —, la chercheuse remet en question l’attitude attendue dans les études sur la littérature coloniale : en révéler le racisme. C’est la raison d’être des relectures de Tintin au Congo et du mythe du Nègre selon Cheikh Anta Diop :

[…] « der Negermythos », le mythe du nègre — c’est‑à‑dire l’idée que l’Africain serait un être inférieur, proche de l’animal et dénué aussi bien de raison, que de culture et d’histoire. Dans la partie dédiée à l’analyse des romans, il montre l’importance d’images comme celle de l’Africain « pauvre et à plaindre » ainsi que des images coloniales comme celle du primitif ou de l’Africain comme grand enfant, qui sont toujours d’actualité dans les ouvrages des années 1980‑1990. (p. 20)

2Élodie Malanda propose, quant à elle, un regard décalé qui se fonde sur son expérience personnelle, vision du monde entre le Congo et le Luxembourg d’un point de vue géographique, et entre la France et l’Allemagne, d’un point de vue linguistique. Notons toutefois que, contrairement à la France, l’Allemagne ne posséda un empire colonial qu’une trentaine d’années, soit jusqu’au Traité de Versailles en 1919. La littérature de jeunesse relative à l’Afrique, produite en France et en Allemagne, apparaît à la fois raciste et anticolonialiste, selon un paradoxe qui incite la chercheuse à articuler les deux plateaux d’une balance :

Les ouvrages examinant l’Afrique dans la littérature de jeunesse européenne et nord‑américaine constatent et déplorent que, tel un spectre, l’imaginaire colonialiste rôde toujours à travers les pages des romans qu’ils étudient. Or, même si, à la lecture de bon nombre de romans pour la jeunesse des années 1990 et 2000, je ne pouvais qu’agréer avec ces constats, je décelais aussi autre chose : l’intention de grand nombre de ces romans pour la jeunesse de valoriser l’Afrique et les Africains, de dénoncer le racisme et de rejeter l’idée d’une « supériorité blanche ». Là, où la plupart des ouvrages sur l’Afrique dans la littérature de jeunesse traquaient le racisme et le misérabilisme, je décidai alors d’étudier la thématique sous le prisme de la « bonne intention » et de ses dangers. (p. 23‑34).

3Face à l’attitude raciste, il conviendrait donc de mettre en valeur une autre attitude qui n’a pas toujours meilleure presse : la bonne intention. L’analyse du corpus construit par la chercheuse permet de mettre au jour, dans le contexte du décalage entre une idéologie postcoloniale actuelle qui juge, a posteriori, l’idéologie qui l’a précédée et à laquelle elle s’oppose, une bonne intention qui se présente comme suit :

La « bonne intention » des romans pour la jeunesse sur l’Afrique subsaharienne se décline selon trois axes majeurs : celui de favoriser l’entente entre les peuples, que l’on trouve surtout dans ce que j’appelle les « romans de la rencontre », celui de sensibiliser le jeune lecteur à la misère et à la guerre en Afrique dans les ouvrages que je qualifie de « romans humanitaires », et celui de combattre l’imaginaire colonialiste. (p. 24)

4Remettant au goût du jour le concept d’intention, en le détachant de l’auteur et l’insérant dans le texte, le livre démontre que, malgré une volontéanticolonialiste, la production littéraire destinée à la jeunesse en Allemagne et en France, lorsqu’elle touche à l’Afrique, contient des représentations discordantes du continent noir. En d’autres termes, le texte fait parler l’auteur malgré lui, et le fait parfois trahir sa pensée ou son intention. Pour rendre compte de cet ouvrage foisonnant, nous proposons de reprendre la typologie des genres proposée par Élodie Malanda, à savoir, le roman de la rencontre, le roman d’aventures, le roman historique et, à titre subsidiaire, le roman humanitaire.

Le Roman de la rencontre

Du livre‑Afrique au roman de la rencontre

5Le corpus présente, dans son versant francophone, des titres aux consonances exotiques, du Masque d’or et de sang (1997) de Michel Amelin au Lion blanc de Michael Morpurgo republié en 2006. L’objet d’étude de la chercheuse est le livre‑Afrique, selon un concept emprunté à l’allemand :

Je propose d’emprunter le terme allemand commun « Africabuch » [« livre‑Afrique »] et de le considérer comme un sous‑genre déterminé par sa seule coulisse : « l’Afrique ». L’absence de préposition entre « Africa » et « Buch » laisse indéterminé le rapport qu’entretiennent le complément et l’objet : il peut aussi bien s’agir d’un livre sur l’Afrique écrit par un auteur européen qu’un livre d’Afrique, donc un livre d’un écrivain africain. (p. 24)

6L’une des difficultés de l’essai consiste donc à articuler les concepts de littérature, de jeunesse et d’Afrique. L’auteure recourt, de façon intéressante à partir des white studies, aux concepts de pigmentation — noir et blanc —, d’Afrique et d’Europe, mais plus rarement à des couples conceptuels comme Nord/Sud, autochtone/allochtone, endogène/exogène. Le statut de l’Afrique reste donc volontairement flottant dans l’ouvrage, qu’il soit la matière des livres ou le lieu d’origine de l’auteur. L’effort conceptuel de la chercheuse porte davantage sur l’appréhension de la chose littéraire, entre théorie de la littérature et théorie des genres. En conséquence, le corpus retenu fait l’objet d’une typologie qui distingue quatre orientations du livre‑Afrique pour la jeunesse entre 1991 et 2010. Cette typologie n’asservit pas la production aux formes européennes, mais dialogue avec elle tout en tentant de s’ajuster au mieux à la production.

La forme littéraire du roman de la rencontre

7La catégorie qui nous paraît la plus intéressante, à la fois pour le chercheur et pour sa recherche, est la forme appelée par É. Malanda le roman de la rencontre :

Il s’agit de romans dont le but est de faire découvrir aux jeunes lecteurs européens, comment vivent les enfants dans d’autres pays. J’inclus dans cette catégorie aussi bien les carnets de voyage, que les romans dans lesquels le personnage principal est un jeune Africain, que les romans traitant de l’anti‑racisme. Ils représentent un peu plus d’un quart des romans. (p. 54)

8Cette forme est théorisée à partir du concept allemand de Brückenliteratur : littérature qui tresse des ponts. Elle la croise avec l’une des tendances de la production francophone, à savoir le roman ethnographique. Elle la place également dans la perspective des formes de littérature interculturelle : littérature de l’exil, littérature des minorités, littérature migrante et littérature de voyage. Il convient de préciser que, dans le cadre de la littérature de jeunesse, la rencontre n’est pas à prendre au sens fort de la rencontre amoureuse aboutissant à un couple mixte et aux problèmes qui se posent aux deux partenaires. Il s’agit néanmoins de mesurer, dans une rencontre, la part d’échange réel et celle de simple face‑à‑face. Cette littérature fourmille d’informations sur différents pays africains et procède du lieu commun vers la connaissance précise, au risque de la généralisation et de la folklorisation. Dans le domaine de la littérature de jeunesse, la chercheuse théorise un concept de biographie ethnographique « dans lequel un enfant, représentatif des enfants de son pays / sa région / son ethnie, raconte son quotidien. » (p. 317). Ainsi la littérature de jeunesse croise‑t‑elle la Dokumentarliteratur — littérature documentaire — et la Begegnungspädagogik — pédagogie de la rencontre.

Du point de vue européen au point de vue africain

9En ce sens, le roman de la rencontre s’oppose diamétralement au roman d’aventures. Il évite l’écueil de l’exotisme qui fantasme sur l’autre, mais se garde de la fusion. À l’inverse, le roman de la rencontre adopte le point de vue de Sirius et opère, selon É. Malanda, la révolution copernicienne d’un point de vue africain. Pour autant, cette forme n’exclut pas le stéréotype, mais elle le remet en question, à l’instar des dents blanches et luisantes — crocs de cannibale ou sourire amical ? — et les chaussures — les baskets de luxe sont fabriquées par des enfants qui marchent pieds nus. Enfin, le racisme y est remis en question non pas en raison de sa méchanceté, mais de sa fausseté. La conversion du regard de l’Europe — qui se trouve provincialisée — vers l’Afrique est inscrite dans la perspective des études postcoloniales.

Le Roman d’aventures

Le Décor d’une Afrique mythique

10Le roman d’aventures apparaît comme le lieu de prédilection pour poser le problème de la bonne intention relativement à la représentation de l’Afrique dans la littérature de jeunesse franco‑allemande : « les romans d’aventures africaines, qui posent l’Afrique comme un continent lointain, à explorer. Il s’agit de l’Afrique des savanes et des animaux sauvages. Ils représentent un tiers du corpus. » (p. 53). De façon globale, le roman d’aventures africain repose sur une représentation ambivalente du continent noir. On trouve en effet une distinction entre une Afrique vraie et une autre fausse. Cette discrimination entre authentique et inauthentique se comprend dans la perception d’une Afrique primitive tantôt idéalisée — pour son mode de vie traditionnelle en harmonie avec la nature —, tantôt diabolisée pour sa sauvagerie. Dans tous les cas de figure, l’Afrique glisse de la réalité vers le fantasme, comme dans La Statue de Jade : « Plongé dans les vieilles terreurs de l’enfance, une Afrique de légendes et de superstitions hantée d’hommes‑léopards, de lions mangeurs d’hommes et de sorciers à plumes. » (p. 90) Cette vision, que la chercheuse rapporte à Jules Verne, est également celle d’un Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres.

Stéréotypisation des personnages noirs & blancs

11Dans cette perspective, la littérature de jeunesse s’apparente à la littérature populaire dans sa diffusion des stéréotypes. C’est la raison pour laquelle la chercheuse s’intéresse d’abord aux personnages, puis aux lieux communs. En ce qui concerne les personnages, on peut signaler d’abord le négrillon, qui apparaît comme la forme pervertie de l’enfant, un enfant sans potentiel héroïque, souvent réduit à une figure simiesque qui, en moquant les valeurs coloniales, se discrédite lui‑même. Parmi les adultes, on découvre successivement la figure du serviteur fidèle qui vaut caution du système colonial, ou encore Bamboula, au sens de l’Africain considéré comme un grand enfant souriant. Deux figures plus inquiétantes apparaissent ensuite, celui du sauvage ou de la brute violente, puis celle du sorcier. Ces deux figures appellent le héros blanc selon un paralogisme hérité de la période coloniale. On distinguera alors avec profit les types suivants : l’explorateur, qui veut connaître, le politique, posséder, le fondateur, bâtir et l’aventurier, profiter. É. Malanda relève aussi des lieux communs parmi lesquels le plus représentatif est assurément celui de la scène d’admiration d’un personnage blanc par un personnage noir. À l’inverse, la chercheuse met l’accent, notamment grâce à l’apport des white studies de Myriam Cottias, sur les différentes manières de faire descendre le personnage blanc de son piédestal et d’associer blanchité et honte. On peut aussi penser à la scène dite du regard impérial, à la fois supérieur et panoramique.

Style français & style allemand

12Du point de vue de la problématique, le passage du narratif à l’argumentatif permet de mettre au jour des discordances : du conflit discurso‑narratif — « quand le narrateur et l’histoire sont en désaccord » — à la schizophrénie narrative — « quand l’histoire se contredit ». En‑deçà, la chercheuse relève les faiblesses des histoires qui font du racisme un vice du personnage méchant, ce qui ne permet ni de comprendre ni de déconstruire le racisme. La différence de traitement tend à faire penser que l’anticolonialisme allemand se déduit du personnage alors qu’il s’induit de l’histoire française. Pour poursuivre la distinction entre un style français et un style allemand de la littérature de jeunesse relative à l’Afrique, on peut opposer la vision hyperréaliste allemande de l’Afrique à la vision poétique française du même lieu. On peut encore différencier la volonté d’engagement allemande de la distanciation française, la mise en relief allemande des bienfaits de l’humanitarisme face au scepticisme français quant à ses dangers. De même, le style allemand préfère le personnage onymeauquel le lecteur s’identifie et le style français le personnage anonyme qui garde ses distances. Le happy ending allemand s’oppose souvent au travail de Sisyphe français. En France, on peut traiter de l’esclavage et de la traite négrière, mais pas, comme en Allemagne, de la colonisation proprement dite.

Le Roman historique

Physionomie du roman historique

13Selon É. Malanda, le roman d’aventures est celui dans lequel se glisse la vision la plus stéréotypée et le roman de la rencontre celui où elle est davantage remise en question — ce qui explique l’ordre de notre plan, antithèse de l’original et de l’attendu, puis recherche d’une voie médiane ou d’une synthèse. En effet, le roman historique est la forme la plus fortement idéologique du corpus. La chercheuse la présente ainsi : « J’y inclus les romans rétrospectifs, c’est‑à‑dire les romans qui traitant d’événements historiques récents, comme l’apartheid. Ils représentent environ un sixième du corpus. » (p. 54). C’est dans la quatrième partie de son essai qu’É. Malanda s’intéresse à la narration afro‑européenne de l’histoire. On y retrouve Lilyan Kesteloot, non pas comme chercheuse, mais comme auteure pour la jeunesse avec Chaka Zoulou ou Soundiata l’enfant‑lion. É. Malanda s’intéresse également au titre Un Tirailleur en enfer.

Focalisation sur deux formes historiques : le roman de l’apartheid & celui humanitaire

14La chercheuse s’intéresse en particulier à la forme qui renvoie au contact le plus brutal et le plus inégalitaire entre Africains et Européens, à savoir le roman de l’apartheid en Afrique du sud. Il est à noter qu’il s’agit moins de condamner ce régime que d’y voir le parangon, c’est‑à‑dire la forme la plus exacerbée des problèmes posés par le roman de jeunesse relativement à l’Afrique.

15La forme littéraire du roman humanitaire, en dépit de son intérêt, est ici traitée de façon subsidiaire. É. Malanda la rattache d’abord au genre du roman engagé puis, de façon plus originale, à la problem novel, roman pour la jeunesse dans lequel un problème qui la concerne est abordé comme le sexe, la drogue ou encore l’alcool. Dans le cas présent, les romans humanitaires « traitent de la guerre et de la misère, qui sévissent dans certaines parties de l’Afrique. Ils représentent un sixième du corpus. » (p. 54). C’est en présentant ce corpus que la chercheuse dresse une typologie de problèmes africains : l’enfant (solitude, vie dans la rue, travail précoce et déscolarisation), la faim (famine, disette et accès à l’eau), la guerre (enfants‑soldats, orphelins, réfugiés), maladie (sida). Il se comprend dans la perspective de la double définition possible du misérabilisme qui consiste : soit à confondre culture du pauvre et culture pauvre, soit à mettre en avant la misère pour susciter la pitié. En dépit de la tendance iconique qui verse dans la femme ou l’enfant en détresse, ou encore dans le martyr multifonctionnel — c’est‑à‑dire le personnage qui collectionne les malheurs, la littérature de jeunesse est influencée par le mouvement littéraire du réalisme social et critique décrit comme suit :

L’ancrage résolu dans la réalité ainsi que les appels à engagement du corpus allemand sur le « problème africain » relèvent des préceptes du « réalisme social et critique » [« sozialkritischer Realismus »], né en Allemagne dans les années 1970 et resté dominant jusqu’à nos jours. Ce mouvement littéraire confère à la littérature de jeunesse le rôle de confronter le jeune lecteur à des réalités sociales et d’être un outil d’éducation civique. La littérature de jeunesse est perçue comme ayant une responsabilité et un pouvoir de changer les choses. Dans les années 1970, l’aspect littéraire du livre pour enfants compte alors moins que son message. (p. 214)

16Ainsi le réalisme social et critique est‑il appréhendé comme un mouvement littéraire et il est également daté. Son importance est liée aux trois clefs qu’il propose pour interroger le livre‑Afrique pour la jeunesse, à savoir la société, le réalisme et la distance.


*

17En conclusion, le livre‑Afrique franco‑allemand, dont Élodie Malanda prend soin de distinguer les styles nationaux, concernant la littérature de jeunesse, de 1991 — date de la fin de l’apartheid et premier anniversaire de l’indépendance du dernier État africain, la Namibie — à 2010, suit trois directions principales :  roman de la rencontre, roman d’aventures, roman historique et à titre subsidiaire, roman humanitaire. Nous n’avons pas suivi l’ordre retenu par la chercheuse afin de mettre en valeur ce qui nous a semblé le plus original, puis le plus représentatif, selon un ordre d’importance décroissante, du roman d’aventures au roman humanitaire. Ces catégories confirment l’ambiguïté de l’objet d’étude d’Élodie Malanda :

[l’]« intention anticolonialiste » ne remet pas en cause l’affirmation des études constatant la pérennité des préjugés racistes dans la littérature de jeunesse. En effet, cette intention se heurte régulièrement à des limites et à des paradoxes. Ce qui m’intéresse alors est l’écart entre ce que Vincent Jouve appelle « l’effet‑valeurs » — c’est‑à‑dire « les valeurs dont le texte se réclame » — et ce qu’il appelle l’« idéologie », c’est‑à‑dire « ce qui imprègne le texte à son insu. » (p. 28‑29)

18Les textes du corpus exemplifient donc cette tension entre des valeurs explicitement voulues et des valeurs implicitement présentées malgré l’auteur. Pour résoudre ce problème, la chercheuse construit le concept d’intention anticolonialiste et en fait une sous‑catégorie de :

[l’]« intention axiologique », puisqu’elle concerne les valeurs défendues et transmises par un texte. En vérité, très peu de romans ont comme intention première — au sens d’intention qui donne naissance au texte et assure sa cohérence — celle de combattre le racisme et l’impérialisme. C’est le cas de, tout au plus, quelques romans, qui ont comme message principal l’antiracisme, et de certains romans historiques. J’émets l’hypothèse que l’intention anticolonialiste reste une « intention axiologique préméditée » dans la majorité de ces romans, au sens où elle sous‑tend et dirige la façon dont sera élaboré le discours visant à divertir, à sensibiliser ou à informer le lecteur. Elle fait donc partie de « ce que l’écrivain avait à dire ». (p. 30‑31)

19Pour nous, la vertu principale de cet essai est d’évoquer la difficulté de lecture et d’écriture d’un certain nombre de textes actuels, ou récents, que l’on peut qualifier d’africains, de francophones ou encore de postcoloniaux. En effet, un certain nombre de ces écrits se retournent paradoxalement contre leurs auteurs qui revendiquent une idéologie postcoloniale, alors que la critique y décèle des relents d’idéologie coloniale. Élodie Malanda donne un nom à ce risque : le piège de la bonne intention. Elle incite également à distinguer soigneusement la gradation entre les termes « colonial » et « colonialiste », assimilés jadis par Albert Memmi et par lui condamnés. Elle permet enfin de comprendre certaines saillies ayant donné lieu à débat, de Paul Guerlain à Nadine Morano en passant par Nicolas Sarkozy.