Colloques en ligne

Julie Gay et Marie-Agathe Tilliette

Introduction. Hétérotopies et navires : un concept flottant ?

Introduction. Heterotopias and ships: A fluctuating concept?

1Quoique l’« hétérotopie » soit devenue, depuis plusieurs décennies, un concept que l’on rencontre avec une fréquence non négligeable dans les études littéraires, il ne semble pas inutile de commencer par en proposer un petit historique, avant de réfléchir à sa productivité transdisciplinaire et à l’usage que nous en faisons au sein de ce dossier, dans le contexte plus spécifique de la littérature maritime britannique et française.

2L’emploi actuel du terme « hétérotopie » vient des conceptualisations proposées par Michel Foucault à la fin des années 1960, mais le philosophe n’a pas forgé ce terme, qui apparaît au xixe siècle dans le vocabulaire médical européen. Il est ainsi défini par le Littré (1873-1874) : « Terme d’anatomie pathologique. Hétérotopie plastique, formation de tissus simples ou composés en des endroits du corps où, à l’état normal, on ne les rencontre point. » L’hétérotopie désigne donc dans un premier temps une production organique excédentaire, remarquable surtout par son lieu : elle signale une déviation physiologique de « l’état normal ».

3Michel Foucault, quant à lui, utilise le terme de deux manières différentes. Dans un premier temps, il l’emploie de manière isolée, dans la préface de son ouvrage de 1966, Les Mots et les Choses. Il s’en sert pour désigner, à partir de la classification incongrue des catégories animales par une « certaine encyclopédie chinoise » que décrit Jorge Luis Borges1, un espace langagier inquiétant, brisant le lien qui « fait “tenir ensemble” (à côté et en face les uns des autres) les mots et les choses » et impliquant donc une forme d’assèchement du langage, alors dépourvu de lieu commun d’avec les choses (Foucault, [1966] 1990, p. 9). L’hétérotopie s’oppose à l’utopie en ce que cette dernière crée un espace certes imaginaire, mais harmonieux et consolant, tandis que la première, au contraire, ouvre une troublante faille, au moyen d’un classement qui semble dépourvu d’ordre, entre les mots et les réalités auxquelles les mots devraient renvoyer. Toutefois, après avoir constaté la rupture ainsi créée, Foucault observe que le choix de Borges de situer cet ailleurs de la pensée dans un ailleurs géographique, la Chine, considérée comme réserve d’imagination pour les Occidentaux, suggère l’existence possible d’un autre lieu de rencontre entre les mots et les choses, impensable pour l’ordre occidental. On passe alors de l’inquiétante stérilité du langage à une ouverture infinie des possibles, où le langage est susceptible de troubler et peut-être de reconfigurer l’ordre sous-jacent à toute culture (Foucault, [1966] 1990, p. 10-11). Le terme « hétérotopie » n’est pas repris dans la suite de l’essai et l’on en reste donc à une définition implicite des hétérotopies langagières qui, plus qu’autre chose, reçoivent la fonction heuristique d’aider à percevoir l’existence d’un ordre dans chaque culture donnée, au fondement de la possibilité du savoir et que l’archéologie du savoir foucaldienne va s’efforcer de mettre au jour (p. 11-13).

4Dans un deuxième temps, Michel Foucault propose un usage plus construit du concept d’hétérotopie, dans une conférence radiophonique prononcée le 12 décembre 1966, intitulée « Les hétérotopies », et qui sera reprise, à la demande de l’architecte Ionel Schein, pour une présentation au Cercle d’études architecturales le 14 mars 1967, sous le titre « Des espaces autres ». Cette conférence, dont le texte dactylographié circulera entre les membres du Cercle, ne fera l’objet d’une publication écrite qu’en octobre 1984 dans la revue Architecture, Mouvement, Continuité, entrant ainsi, comme l’écrit Daniel Defert, dans le corpus des écrits autorisés du philosophe peu avant sa disparition en juin 1984 (Defert, 2009, p. 37-61). Comme le soulignent notamment John Miller et Mariangela Palladino, cet intervalle temporel a sans doute joué dans la séduction exercée par le concept, entouré d’un halo de mystère (Miller et Palladino, 2020, p. 2). Le substantif « hétérotopie » acquiert, dans ce second usage, un statut conceptuel dont le philosophe suggère qu’il pourrait former la base d’une science nouvelle, nommée l’hétérotopologie, la science des espaces autres (Foucault, [1966] 2009, p. 25). Il en énonce six principes, permettant de définir les hétérotopies :

  1. les hétérotopies sont universelles, elles existent dans toutes les sociétés. Les sociétés dites primitives se caractérisent par des hétérotopies temporaires liées à une « crise biologique » (par exemple le passage à l’âge adulte), alors que les sociétés modernes sont caractérisées par des hétérotopies « de déviation » aménagées dans leurs marges (Foucault, [1966] 2009, p. 26-27) ;

  2. elles fonctionnent cependant très différemment selon les cultures, selon des variations tant géographiques qu’historiques (p. 27-28) ;

  3. elles rassemblent en leur sein des espaces variés et qui seraient parfois même incompatibles en tout autre lieu (p. 28-30) ;

  4. les hétérotopies sont souvent des hétérochronies, c’est-à-dire qu’elles s’inscrivent dans un temps en rupture avec le temps traditionnel (p. 30-32) ;

  5. elles articulent un double système d’ouverture et de fermeture vis-à-vis du monde extérieur (p. 32-33) ;

  6. elles fonctionnent comme la « contestation de tous les autres espaces » (p. 35), ce qui ne signifie pas qu’elles s’y opposeraient systématiquement, mais plutôt qu’elles leur sont liées selon différentes modalités.

5Tout au long des deux textes, les hétérotopies sont illustrées par une série d’exemples, allant de la prison au village vacances, en passant par la maison de repos et le cinéma, suggérant une distinction implicite entre des hétérotopies créées comme telles, à l’instar des maisons closes, et des hétérotopies remplissant une fonction donnée, tels les cimetières ou les hôpitaux. L’exemple paradigmatique qui permet de les représenter au mieux est, conclut Foucault, le « morceau flottant d’espace » qu’est le navire :

Maisons closes et colonies, ce sont deux types extrêmes de l’hétérotopie, et si l’on songe, après tout, que le bateau, c’est un morceau flottant d’espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-même, qui est fermé sur soi et qui est livré en même temps à l’infini de la mer et qui, de port en port, de bordée en bordée, de maison close en maison close, va jusqu’aux colonies chercher ce qu’elles recèlent de plus précieux en leurs jardins, vous comprenez pourquoi le bateau a été pour notre civilisation, depuis le xvie siècle jusqu’à nos jours, à la fois, non seulement bien sûr le plus grand instrument de développement économique (ce n’est pas de cela que je parle aujourd’hui), mais la plus grande réserve d’imagination. Le navire, c’est l’hétérotopie par excellence. Dans les civilisations sans bateau, les rêves se tarissent, l’espionnage y remplace l’aventure, et la police, les corsaires. (Foucault, [1967] 2001, p. 1581.)

6Le navire, huis clos fonctionnant en autarcie durant un temps donné, incarne l’hétérotopie dans son mouvement même, lequel réunit physiquement des lieux différents et les juxtapose dans une combinaison qui est une déviation de « l’état normal » évoqué par le Littré. Invitant à penser l’impossible, il entretient un lien privilégié avec l’imagination et même le fantasme — auquel la conclusion de la conférence de 1966 laissait d’ailleurs une plus large place, à travers les figures des enfants jouant dans le lit des parents et des corsaires à la « beauté ensoleillée2 ».

7Voilà donc ce que Michel Foucault nous a légué : un concept séduisant, qui invite à penser les similitudes de fonctionnement pour des espaces infiniment variés, et un concept pour le moins large, pour ne pas dire imprécis (entre autres, Miller et Palladino, 2020, p. 4-5 ; Vanhoutte, 2023, p. 27) — ou même flottant, si l’on se permet ce jeu de mots dans le contexte maritime. Sa postérité a mis en lumière cette double dimension et continue à le faire. De fait, le nombre d’études, issues de diverses sciences humaines et sociales, qui se penchent sur les hétérotopies ou qui en font usage ne diminue pas avec les décennies, prouvant l’attrait du concept. De plus, ces études portent sur des domaines extrêmement divers, ce qui en montre la flexibilité. Un article de 2013 relève la variété des domaines concernés en langue anglaise et constate que, si la première réception du concept a été le fait des théoriciens de l’architecture, elle a vite débordé ce cadre (Johnson, 2013, p. 796). L’auteur de l’article, Peter Johnson, sélectionne trente-six exemples d’espaces parmi plusieurs centaines ayant été analysés comme des hétérotopies entre 1990 et 2013, tels que l’architecture arabo-islamique, les loges maçonniques, les colleges britanniques pour femmes au début du xixe siècle, certaines gated communities (quartiers résidentiels fermés) en Afrique du Sud, les sites Internet pornographiques, le Palais Royal à Paris au xviiie siècle, etc. (Johnson, 2013, p. 796-797). On voit que cette liste n’est guère moins hétéroclite que celle de l’encyclopédie chinoise imaginée par Borges et ouvre la question des fondements objectifs de ce que serait l’hétérotopologie.

8Si l’ampleur du concept joue certainement dans sa productivité, on peut également suggérer que la puissante séduction qu’il exerce vient du double rapport qu’il entretient avec l’imaginaire. En premier lieu, la conceptualisation des hétérotopies proposée par Michel Foucault trouve son origine dans une expérience ludique, propre ou projetée (le rire à la lecture de l’énumération borgésienne, les jeux d’enfants dans le lit des parents), et son expression passe, comme l’a souligné James D. Faubion, par un prisme affectif et rhétorique mouvant, jouant à faire se rencontrer les extrêmes (Faubion, 2008, p. 31-32). De plus, l’hétérotopie crée une relation ambiguë, voire dialectique, entre réel et imaginaire : les hétérotopies, insiste Foucault, se distinguent des utopies précisément en ce qu’elles ont une existence effective, alors que les utopies sont des « emplacements sans lieu réel ». Pourtant, elles ont fondamentalement partie liée avec l’imaginaire, si l’on se réfère aux deux fonctionnements possibles théorisés par Foucault : par illusion — en créant « un espace d’illusion qui dénonce comme plus illusoire encore tout l’espace réel » à l’instar des maisons closes —, ou par compensation — en créant un « autre espace réel, aussi parfait, aussi méticuleux, aussi bien arrangé que le nôtre est désordonné, mal agencé et brouillon », comme ont essayé de le faire les colonies puritaines fondées par les Anglais en Amérique au xviie siècle (Foucault, [1967] 2001, p. 1580). En cela, les hétérotopies sont à la fois le point d’aboutissement d’un processus qui a transposé une projection imaginaire dans le réel, et un point de départ pour imaginer une autre manière d’être, un autre « ordre des choses ». À ces deux égards, la désignation et l’analyse des lieux hétérotopiques fonctionnent comme une clef d’ouverture vers l’imaginaire : pour comprendre la manière dont l’imaginaire peut forger un emplacement réel, et pour parvenir à une représentation heuristique des rapports sociaux, spatialisés au sein des hétérotopies.

9Employer le concept d’hétérotopie au sein des études littéraires permet d’insister sur le double rôle de l’imaginaire dans la mise au jour et la création de ces emplacements réels. Pour ce faire, nous avons choisi de considérer l’espace du navire, que Michel Foucault qualifie d’« hétérotopie par excellence » : espace fermé sur lui-même et ouvert à l’infini du monde, dont l’équipage forme une microsociété à la hiérarchie bien définie, et qui constitue ainsi une formidable « réserve d’imagination » (Foucault, [1967] 2001, p. 1581). Nous en avons limité l’exploration aux littératures britannique et française des xixe et xxe siècles, dans des contextes particulièrement favorables au développement de la littérature maritime (Gannier, 2011), où le déplacement maritime reste encore l’une des principales voies des dominations impérialistes, tant économiques que politiques. Le motif récurrent du navire comme monde à part permet d’en faire précisément un espace qui représente le reste du monde, à la fois microcosme et mise en abyme. Ou, pour reprendre les termes de Herman Melville, dont les récits maritimes sont écrits alors même que la puissance américaine dépend de plus en plus de sa Marine : « Car un vaisseau est un morceau de terre ferme coupé du continent. C’est un État dont le capitaine est le monarque absolu3. » (Melville, [1850] 1967, p. 43.)

10En outre, la détermination de ces objets d’étude impose dès l’abord une double perception des hétérotopies, comme motif et comme procédé littéraires. Les récits maritimes — en particulier les romans et peut-être plus encore les nouvelles, grâce à leur cadre plus restreint, analogue à l’espace du navire qu’un seul regard permet de considérer de la poupe à la proue — mettent en jeu deux hétérotopies qui s’influencent réciproquement : l’hétérotopie « réelle » du navire, parfois inspirée d’un espace référentiel (autrement dit d’un bateau qui a effectivement existé), et l’hétérotopie métaphorique du récit lui-même, à la fois clos par l’espace de l’écriture et ouvert à la lecture4, contestation ou tout au moins interrogation, des espaces textuels variés avec lesquels il est en rapport5.

11Dans le premier article de ce dossier, Odile Gannier interroge tout d’abord la pertinence théorique du concept d’hétérotopie dans le cadre d’une étude du navire, en particulier au sein de la littérature maritime, et la façon dont ce concept éclaire les différentes perspectives à partir desquelles cet espace peut être perçu. Vu depuis la terre, le navire constituerait tout d’abord une certaine forme d’hétérotopie que Gannier appelle « antitopie », en ce qu’elle offre un reflet inversé ou déformé du monde terrestre. À l’instar de l’hétérotopie, il s’agit bien là d’un espace de transgression, et c’est cette transgression même qui se fait moteur du récit et entraîne divers types de crises, virant parfois même au cauchemar et à la folie. Toutefois, cette définition du navire hétérotopique et antitopique conserve comme point de référence le monde terrestre, tandis que selon Gannier le navire est un lieu pleinement autonome, qui n’a d’autre centre que lui-même. Elle propose donc de décentrer le point de vue en considérant plutôt le navire comme une « idiotopie », c’est-à-dire un espace fonctionnant selon ses propres lois, et qui se construit non par rapport au monde d’origine mais indépendamment de lui. La communauté de marins autour de laquelle cet espace se noue le rend ainsi particulièrement propice à toutes les projections imaginaires, du fait de son étrangeté pour le lecteur « terrien ».

12Sophie Bros poursuit cette réflexion sur la question du navire comme « hétérotopie par excellence » (ou pas) à travers l’étude comparée de deux romans du xixe siècle, l’un français (Partie carrée de Théophile Gautier, publié en 1948), l’autre britannique (L’Île au trésor de R. L. Stevenson, publié en 1883), dont le rapprochement peut a priori sembler surprenant. Elle montre toutefois que dans ces deux romans, le navire n’est en réalité qu’une façade ou un leurre, ce qu’elle appelle une « hétérotopie en mirage », dont la seule fonction est d’attiser l’imaginaire en annonçant un autre lieu, quant à lui réellement hétérotopique, celui de l’île. Les deux auteurs s’emploient en effet à « évider » le motif du navire hétérotopique, en évitant tous les passages obligés du roman maritime pour déplacer l’aventure maritime vers d’autres lieux, d’autres codes et d’autres potentialités littéraires peut-être moins éculées. Le navire, loin d’incarner l’hétérotopie par excellence dans ces deux romans, perd ainsi sa matérialité et sa temporalité pour devenir un outil diégétique éminemment plastique, qui ne reprend corps qu’au large de l’île pour servir les besoins de l’intrigue.

13Dans le troisième article de ce dossier, Jean-Pierre Naugrette souligne à son tour la plasticité du navire à travers l’exemple de la goélette de Karain : un souvenir (1898) de Joseph Conrad. Il y analyse les différentes fonctions de cet espace dans la nouvelle et évoque tout d’abord son caractère fondamentalement théâtral, qui l’apparente à une scène dont le double système d’ouverture et de fermeture correspond bien à celui de l’hétérotopie selon Foucault. Comme dans les romans étudiés par Sophie Bros, le motif typique du roman maritime qu’est la traversée en mer fait l’objet d’une ellipse, de sorte que l’hétérotopie maritime ne fonctionne qu’à proximité de la terre, et tend à s’immobiliser dans une forme de stase. L’hétérotopie se fait alors métaphorique, et c’est le surgissement du récit enchâssé à travers la venue de son narrateur, Karain, qui redonne corps et mouvement au navire et à l’histoire. Ce récit hétérotopique vient alors contester ou du moins interroger le récit principal, donnant accès à la part d’ombre de l’histoire de Karain — et de l’entreprise impériale.

14L’article suivant porte sur un autre grand voyageur et amoureux de la mer, Blaise Cendrars : nombre de ses récits, qu’ils soient fictionnels ou autobiographiques, se déroulent à bord de navires de toutes sortes, qui incarnent à ses yeux une échappatoire au désordre du monde et au « poison » de la société. François Berquin suggère toutefois qu’il existe chez Cendrars une forte tension entre cette vision fantasmée du navire hétérotopique propice à la contemplation solitaire et clandestine, et la réalité d’un espace grouillant bien souvent de ce qu’il appelle des « parasites », où il est forcé de composer avec ces « autres » qui viennent semer le trouble dans son utopie flottante. Paradoxalement, Cendrars semble finalement se complaire dans ces rencontres et ce grouillement, et Berquin avance l’hypothèse qu’il s’agit là d’un mécanisme propre au travail du deuil : cette tension devient alors symptomatique de la présence-absence de la main perdue de l’auteur, qui hante le récit et constitue peut-être le réel passager clandestin de l’hétérotopie métaphorique du texte.

15Enfin, ce dossier se clôt sur une analyse de l’hétérotopie maritime comme espace de transgression et de contestation de l’interdit de l’homosexualité. Lieu de cloisonnement et d’exclusion, le navire dans la nouvelle posthume d’E. M. Foster « The Other Boat » (1972) fonctionne selon Maxime Petit comme une hétérotopie normative clairement hiérarchisée et segmentée en groupes définis. Si l’espace de la cabine introduit la possibilité d’une transgression de l’ensemble de ces normes sexuelles, raciales et sociales à travers la liaison entre deux personnages, le huis clos du S. S. Normannia échoue, contrairement à d’autres navires chez Foster, à réellement incarner une utopie transgressive dans cette nouvelle, dont la fin tragique achève de réaffirmer la prégnance de la loi et de la norme. Le potentiel subversif de l’hétérotopie se déplace alors vers les corps et le langage qui révèlent tout comme chez Cendrars la transgressivité de l’indicible, et le caractère spectral de ses manifestations. L’irruption du fantastique met ainsi au jour un certain nombre de tensions raciales, sociales et identitaires fondamentalement insolubles. L’hétérotopie se mêle finalement à l’utopie pour réaliser toute la puissance transgressive de l’imaginaire dans la nouvelle de Foster, dont le texte même devient à son tour une hétérotopie métaphorique, et un lieu de résistance propice à la réinvention de la norme.

16Hétérotopie en mirage, stase hétérotopique ou encore idiotopie, les différents avatars des hétérotopies maritimes proposés par les études de ce dossier nous invitent à poursuivre l’analyse à bord d’un concept voyageur, qui semble, en fin de compte, devenir performatif pour créer une communauté temporaire rassemblant des pensées et des mots venus de diverses disciplines.