« Gautier et la nature » : le sujet s’annonce comme une évidence, tant le terme de nature revient fréquemment sous sa plume. Il est difficile toutefois d’imaginer le frileux jeune homme des Poésies de 1830 en Wanderer ou encore le pontife de l’art pour l’art en dévot de la nature. Au terme de sa carrière littéraire, là où peut-être son penchant le mène, Gautier consacre pourtant deux de ses derniers livres aux choses de la nature : Ménagerie intime [1869], qui relate la vie des animaux domestiques qui ont partagé sa vie, et La Nature chez elle [1870], qui se présente comme un livre d’heures panthéiste qui tente de surprendre la nature dans son intimité.
Sa critique d’art le montre également sensible à la « nouvelle école du paysage », qui prend acte de l’invention romantique de la nature comme le symptôme d’une civilisation industrielle, en décadence et paradoxalement malade de ce qu’elle tue. Sans doute faut-il aussi appréhender ses conceptions et ses représentations de la nature comme une reviviscence du panthéisme antique, dont il s’était très tôt fait l’adepte. Quoi qu’il en soit, bien loin de reconduire les grands stéréotypes dont il s’empare pour mieux les déconstruire à force de paradoxes profonds et féconds, Gautier à l’inverse brouille les pistes et nous invite, à travers les arts, le voyage, la poésie, la rêverie et la réflexion personnelle, à reconsidérer notre rapport établi aux choses de la nature.