Actualité
Appels à contributions
Fiction & sciences Sociales II (Montpellier)

Fiction & sciences Sociales II (Montpellier)

Publié le par Marc Escola (Source : Pierre Philippe-Meden)

Ce colloque s’inscrit dans le prolongement direct de la rencontre « Fiction & Sciences Sociales » organisée en mai 2024, consacrée aux articulations contemporaines entre les régimes de la fiction et les méthodologies des sciences sociales. Les échanges engagés à cette occasion ont permis d’approfondir des réflexions déjà anciennes sur les rapports de concurrence, de tension, mais aussi de complémentarité entre écriture savante et écriture fictionnelle, en accordant une attention particulière à des pratiques émergentes telles que l’enquête fictionnelle. L’enjeu central consistait à analyser comment l’hybridation entre les registres documentaire et fictionnel déplace les manières d’enquêter, d’écrire et de restituer les résultats de la recherche.

L'édition de 2024 a ainsi mis en lumière l’émergence d’une véritable « communauté de langage », fédérant chercheurs, écrivains et artistes autour de problématiques partagées. Il en est ressorti que la fiction ne saurait être réduite à un simple ornement esthétique ; elle constitue un outil cognitif puissant permettant d'explorer le réel autrement. À travers une réflexion sur les « écritures alternatives » (BD, récits littéraires, formes hybrides), nous avons également interrogé la légitimité académique de ces pratiques, capables de rendre visibles des pans du social souvent difficilement accessible par les méthodes classiques. In fine, ces travaux, qui feront l’objet d’un ouvrage collectif aux Éditions Effigi, dans la collection In Situ (juin 2026), ont posé les jalons d’un dialogue renouvelé où la fiction devient un laboratoire pour repenser les frontières de la connaissance sociologique, anthropologique et historique.

Le colloque « Fiction & Sciences Sociales II », qui se tiendra les 25 et 26 juin 2026 à Montpellier, sera l’occasion de prolonger ce sillon en mettant à l’honneur des cas concrets d’enquêtes fictionnelles, tout en interrogeant leurs usages, leurs conditions de possibilité, leurs formes de diffusion et leurs effets. Ce second volet accordera également une attention particulière à la diversification des écritures alternatives, aux nouveaux espaces de publication qu’offre l’ère numérique, ainsi qu’aux propositions d’ateliers thématiques, de conférences-performées, afin de faire émerger des formats d’échanges collaboratifs en lien avec les enjeux du colloque.

Problématique générale

En France, les travaux d’Éric Chauvier occupent une place décisive dans la réflexion contemporaine sur les rapports entre fiction et sciences sociales. Ils invitent à ne plus penser la fiction comme un simple supplément littéraire venant après l’enquête, mais comme l’une des modalités mêmes par lesquelles l’enquête peut s’écrire, se déplacer et produire de l’intelligibilité. Dans cette perspective, l’enquête n’est pas seulement exposée dans une forme narrative : elle peut être, en certains cas, fictionnelle dans son mode de déploiement, sans pour autant renoncer à ses exigences de rigueur, d’attention au réel et de démonstration. De Anthropologie à Somaland, de Plexiglas mon amour à Laura, Chauvier a contribué à ouvrir un espace de travail dans lequel la fiction n’apparaît plus comme l’envers de l’enquête, mais comme l’un de ses possibles prolongements, notamment lorsqu’il s’agit de saisir des expériences, des expériences de trouble dans le langage, des zones d’incertitude ou des formes de vie qui résistent aux formats académiques les plus stabilisés. En ce sens, l’enquête fictionnelle ne relève ni d’une simple licence littéraire, ni d’un abandon du réel : elle constitue une manière de travailler les limites de l’enquête, d’habiter ses points d’aveuglement, et d’explorer ses puissances descriptives et critiques. Cette réflexion entre en résonance avec les travaux de James Clifford, George E. Marcus, Clifford Geertz, Kirin Narayan, Ivan Jablonka ou encore Marc-Henry Soulet, qui ont chacun contribué, dans des cadres différents, à penser les enjeux d’écriture, de réflexivité, d’autorité, de narration et de restitution dans les sciences sociales. Le colloque souhaite ainsi offrir un espace de discussion autour des usages heuristiques, méthodologiques, épistémologiques, politiques, religieux et publics de la fiction dans les sciences sociales. 

Afin de structurer cette réflexion, le colloque propose trois axes de discussion. Le premier interrogera les usages de l’enquête fictionnelle dans la production de connaissance et les déplacements qu’elle introduit dans les manières d’écrire, de décrire et de restituer le réel. Le deuxième examinera les conditions de publication, de légitimation et de circulation institutionnelle de ces formes d’écriture encore souvent périphériques dans l’espace académique. Le troisième, enfin, portera sur les usages publics de la fiction dans la médiation des sciences sociales, ainsi que sur les formes de collaboration qu’elle rend possibles entre chercheurs, artistes et professionnels de la diffusion culturelle. 

Axe 1. Enquête fictionnelle, écriture et production de connaissance

On peut explorer l’articulation fiction et sciences sociales de plusieurs manières. Certains travaux insistent sur les ressources de la littérature non fictionnelle pour renforcer la réflexivité, la description et la portée analytique des sciences sociales. D’autres, dans le sillage de Clifford ou de Geertz, invitent à penser l’écriture de l’enquête comme une opération de mise en forme, de composition et de construction narrative, sans que cela la réduise pour autant à une fabulation mensongère.

Le colloque de 2024 invitait ainsi à dépasser l'opposition classique entre vérité scientifique et construction narrative afin d’envisager la fiction comme un mode de connaissance légitime. Au-delà du débat sur la véracité des récits, il s'agissait d'analyser les gains heuristiques de l' « enquête fictionnelle » (Soulet, 2022), entendue comme un dispositif permettant de pousser l’investigation au-delà de la stricte factualité pour mieux saisir l’expérience concrète là où les méthodes les plus classiques s’essoufflent. Dans cette perspective, la fiction peut devenir, chez Chauvier, une nécessité pragmatique pour affronter des espaces de non-savoir, pour travailler l’incertitude, pour exemplifier des situations, ou encore pour approcher ce qui demeure difficilement dicible dans le monde social. D'autres chercheurs ont recours à des dispositifs voisins pour contourner les résistances du terrain (Milhé, 2020 ; Jounin, 2021) restituer des expériences sensibles ou prolonger le travail empirique sous des formes moins conventionnelles. L’enjeu de cet axe sera donc de discuter ce que de telles démarches impliquent en termes de stratégies d’écriture, de rapport au matériau, de mise en scène des personnages, de statut de la preuve, de réception et de validité scientifique.

Les propositions pourront notamment porter sur :

- les formes contemporaines de l’enquête fictionnelle ;

- les usages empiriques de la fiction dans l’enquête ;

- les gains heuristiques de la narration fictionnelle ;

- les rapports entre fiction, vérité, vraisemblance et démonstration ;

- les usages de la fiction pour restituer des expériences difficiles à documenter ;

- les implications éthiques et méthodologiques de ces dispositifs.

Axe 2. Publier des enquêtes fictionnelles : espaces éditoriaux, légitimités, circulations

Si les écritures fictionnelles ou hybrides occupent désormais une place plus visible dans les sciences sociales, leurs formes s’accordent encore difficilement avec les procédures ordinaires de validation académique. Les normes de présentation, d’évaluation et de valorisation de la recherche demeurent en effet largement structurées par des formats stabilisés, souvent peu propices à la reconnaissance de récits expérimentaux, d’écritures non calibrées ou d’objets éditoriaux hybrides.

Ce second axe entend approfondir une dimension encore en friche dans les discussions engagées en 2024 : celle de l’ancrage éditorial et institutionnel de ces travaux. Écrire à rebours des genres dominants, s’affranchir des formats attendus ou déplacer les frontières entre recherche, récit et création revient souvent à proposer un autre partage du sensible, mais aussi à affronterdes contraintes spécifiques : difficultés d’évaluation, incertitudes quant aux lieux de publication, tensions avec les normes de carrière, fragilité institutionnelle de certaines productions. L’existence de la collection In Situ, aux Éditions Effigi, qui accueillera l’ouvrage issu du colloque de 2024, témoigne de cette volonté d’ouvrir des espaces de publication pour les récits d’enquête et les écritures alternatives. Mais quelles sont les autres voies éditoriales possibles ? Quels rôles jouent les maisons d’édition, les revues, les plateformes numériques, les collections transversales, les structures artistiques ou culturelles dans la diffusion de ces travaux ? Quelles formes de reconnaissance — ou de marginalisation — accompagnent ces choix d’écriture ?

Les propositions pourront notamment interroger :

- les conditions de publication des enquêtes fictionnelles ;

- les rapports entre innovation formelle et légitimité scientifique ;

- les effets institutionnels, professionnels et symboliques de ces choix d’écriture ;

- les politiques éditoriales favorables aux écritures hybrides ;

- les expériences concrètes de publication, de réception et de diffusion.

 —

Axe 3. Fiction, médiations et diffusion publique des sciences sociales

Cet axe interroge les usages de la fiction dans la diffusion des sciences sociales auprès de publics non académiques. Qu’il s’agisse de sociologie, d’anthropologie ou d’histoire, la mise en récit peut constituer un puissant vecteur de médiation. Lors du colloque de mai 2024, la bande dessinée a occupé une place importante dans les échanges. Or d’autres formes de valorisation méritent d’être davantage explorées : théâtre, cinéma, création sonore, exposition, performance, dispositifs numériques, podcasts, écritures visuelles ou scéniques.

Il s’agira ici de réfléchir aux formes par lesquelles les sciences sociales circulent hors de l’espace académique, en empruntant parfois les codes de la fiction ou du récit sensible. Le colloque permettra ainsi d’analyser les modalités concrètes de collaboration entre chercheurs et artistes, entre chercheurs et professionnels du théâtre, du cinéma, de l’édition, des musées ou de l’audiovisuel. Au-delà de la démarche créative, l’enjeu sera aussi de comprendre les montages institutionnels, les modèles économiques, les contraintes matérielles et les formes de réception publique qui rendent possibles ces productions hybrides. 

Les propositions pourront porter sur :

- les usages de la fiction dans la vulgarisation et la médiation scientifique ;

- les collaborations entre chercheurs et artistes ;

- les formes scéniques, visuelles, sonores ou éditoriales de diffusion de la recherche ;

- les conditions institutionnelles et économiques de ces projets ;

- les effets de ces médiations sur l’écriture même de la recherche.

Consignes

Les communications orales se feront en français. Chaque intervention disposera de 20 minutes, suivies de 10 minutes de discussion.

Les propositions devront comporter :

- le titre de la communication ;

- le nom du ou des auteurs ;

- l’affiliation institutionnelle ;

- une adresse électronique ;

- un résumé de 300 mots maximum ;- 5 mots-clés précisant les thèmes et les champs scientifiques concernés ;

- le cas échéant, l’indication de l’axe dans lequel s’inscrit la proposition.

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 25 mai 2026 aux adresses électroniques suivantes : 

eric.perera@umontpellier.fr ; yann.beldame@free.fr

Informations : https://santesih.edu.umontpellier.fr/congres/