Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2016
Novembre-décembre 2016 (volume 17, numéro 6)
titre article
Chloé Chaudet

De l’indissociabilité du littéraire & du politique : l’entre-deux-guerres, terrain d’expérimentation pour le roman engagé

Aurore Peyroles, Roman et engagement. Le laboratoire des années 1930, Paris : Classiques Garnier, coll. « Perspectives comparatistes », 2015, 667 p., EAN 9782812447624.

1« La forme (au-delà comme en deçà de la phrase, s’entend) est une médiation naturelle entre la substance sociale, extra-textuelle, et le sens que prend l’énoncé romanesque », écrivait Henri Mitterand dans Le Discours du roman1. Le riche essai d’Aurore Peyroles, issu de la thèse de littérature comparée qu’elle a soutenue en 2013, débute par la citation d’un autre penseur affilié à la sociocritique (du moins par certains2) : Jacques Rancière, qui soulignait que « quand il est question d’engagement, il est fréquent que l’un des interlocuteurs à la fois entend[e] et n’entend[e] pas ce que dit l’autre3 ». Prenant acte de cette mésentente, c’est bien dans une perspective sociocritique que s’inscrit l’ouvrage d’A. Peyroles, qui

 […] se propose de contribuer au renouveau critique et théorique de la notion, connue de tous mais difficilement saisissable, d’engagement littéraire, et de participer au suspens de cette défiance que semble inévitablement provoquer le rapprochement de la littérature avec le domaine politique : en un mot, il s’agit ici de réinscrire la problématique de l’engagement dans le champ de l’analyse littéraire. (p. 11)

2À cette fin, « l’engagement peut ne pas être considéré comme le surajout d’une dimension politique imposée à la logique littéraire, mais comme un effet inhérent à cette dernière ». (p. 15)

3C’est en effet l’un des mérites de cet ouvrage que de circuler sans cesse entre analyses micro- et macrotextuelles et études contextuelles, rendues nécessaires par sa définition de l’engagement comme « réaction à une situation » (ibid.), plus précisément comme « réaction opposée à une situation jugée insoutenable » (p. 16).

4L’attachement d’A. Peyroles aux contextes est d’autant plus indispensable que son corpus d’étude, trilingue, est composé des trois premiers tomes (1934-1942) du Monde réel d’Aragon, de la trilogie USA (1930-1936) de Dos Passos et des quatre volumes de November 1918 de Döblin (1937-1942), tous écrits dans les années 1930. Lors de ces « années […] de l’élaboration de l’engagement littéraire, et non celles de son imposition ou de sa contestation radicale » (p. 19), Aragon, Dos Passos et Döblin se rejoignent en trois éléments : leur expérience des horreurs de la Première Guerre mondiale, leurs sympathies pour le communisme dès la fin des années 1920, et l’inflexion de leur œuvre littéraire des années 1930 par rapport à celle de la décennie précédente, marquée par des expérimentations formelles héritières du surréalisme et de l’expressionnisme. De ce point de vue, les trois auteurs apparaissent comme des « figures engagées de et dans leur temps » (p. 34), au cours d’une décennie « qui marquera un tournant déterminant, dans leurs pratiques, leurs ambitions, leurs représentations du rôle qui leur incombe en tant qu’écrivains et romanciers » (p. 57).

Entre force de proposition & force de contestation : deux pôles de l’engagement littéraire chez Aragon, Dos Passos & Döblin

5Sans oublier d’insister sur la « réversibilité presque inévitable » de ses catégories, A. Peyroles développe son exploration du roman engagé des années 1930 dans deux premières parties, « Écrire pour ? — Situation, réaction, révélation » et « Écrire contre — Contestation, reconfiguration, contre-scénarisation ». Ce choix permet de répondre à l’ambition de l’ouvrage de ne jamais perdre de vue les analyses formelles aux dépens des analyses de contenu, la force de proposition et la force de contestation correspondant de facto aux deux grands pôles rhétoriques de l’engagement littéraire, entre lesquels se déclinent les poétiques des romans étudiés.

6Revenant d’abord sur la remarquable capacité d’Aragon, Dos Passos et Döblin à répondre « à des situations critiques, d’une violence politique inédite » (p. 50), la première partie de l’ouvrage montre comment les trois romanciers « révèle[nt] le prisme à travers lequel sont perçues par beaucoup de leurs contemporains les années 1930 » (p. 60). « Romans de guerre civile », Le Monde réel, USA et November 1918 sont en effet informés par la binarité qui structure la vision du monde de cette période « autant qu’ils lui donne[nt] une représentation et une forme littéraire » (ibid.) Réponse à une réalité qu’il s’agit de « rendre […] inacceptable » (p. 211) aux yeux du lecteur, les trois auteurs contribuent à reconfigurer le regard porté sur le monde réel : « écoles du regard » (p. 51), leurs œuvres visent à provoquer une prise de conscience en se livrant à une entreprise de dévoilement

7Si « le camp des vaincus remporte toujours une victoire symbolique » (p. 80), la « discrétion d’un engagement que l’on pourrait qualifier de positif » n’en est pas moins frappante dans les romans étudiés, dont « [l’]enseignement, réel, est essentiellement négatif » (p. 51). La deuxième partie de l’ouvrage examine dès lors le refus de modèles linguistiques et narratif dominants ainsi que la reconfiguration de la langue nationale et de l’entreprise narrative qui parcourent les œuvres : c’est ici « le mouvement de l’opposition, le contre, qui lance celui de la reconfiguration, celui du pour » (p. 52). A. Peyroles montre comment Aragon, Dos Passos et Döblin initient une véritable « bataille linguistique » (p. 293) contre le pouvoir symbolique (Bourdieu) en jeu dans « l’opinion collective […], relais […] involontaire et inconscient de l’idéologie des dominants » : « c’est le ressort de ce pouvoir symbolique que Döblin, Aragon et Dos Passos cherchent à identifier — pour mieux le démonter » (p. 294‑295). A. Peyroles prend notamment pour exemple les manières dont les œuvres étudiées mettent au jour les « confiscations » des termes « France », « America », et « Deutschland » (296-303). Dans chaque roman,

la polysémie inhérente à ces mots, susceptibles de renvoyer à différentes définitions politiques et à différentes traditions historiques de la nation, est réduite à un sens unique : celle qui encourage le maintien de l’ordre établi. Cette confiscation de l’idiome national, paroxystique quand il s’agit précisément du nom de la nation, est indissociablement linguistique, idéologique, et très immédiatement politique : elle contribue, au sein des intrigues romanesques, à l’exclusion hors de la communauté politique légale de tous les acteurs de la contestation des pouvoirs en place. Elle réussit aussi à substituer à la conviction d’appartenir à une classe sociale le sentiment d’appartenir à une nation une et indivisible : être fier de son statut de citoyen français / allemand / étatsunien, c’est renoncer à l’être à d’autres titres — au hasard, ceux d’ouvrier ou de gréviste —, puisque la définition imposée de la citoyenneté exclut les revendications menées au nom de ces catégories sociales et politiques. (p. 303)

8Si, pour suivre Bourdieu, « la contestation de l’ordre établi commence avec une contestation linguistique », Aragon, Dos Passos et Döblin utilisent ainsi « le dévoilement de l’imposture linguistique comme arme d’intimidation massive » (p. 322).

9Une autre stratégie des romanciers consiste à faire acte de « désignation “muette” ». S’inspirant des « pierres muettes » auxquelles J. Rancière compare les œuvres littéraires depuis l’âge d’or du roman, A. Peyroles applique cette expression à la description dans les œuvres des « femmes des classes populaires […] apparaissant usées par le travail et les grossesses non souhaitées » (p. 342), « port[ant] sur leur corps le témoignage de leur histoire4 ». Elle souligne que « c’est par ce témoignage muet qu’elles [les femmes des romans] parviennent paradoxalement à la parole et énoncent un discours par leur seule représentation au sein de l’espace romanesque » (ibid.). À cet égard, « l’optimisme linguistique5 » dont font preuve les romanciers est à interroger : comme le souligne A. Peyroles, « cette assimilation du langage romanesque à un instrument de désignation transparente et non problématique ne peut manquer d’étonner de la part des écrivains que sont Aragon, Dos Passos et Döblin » (p. 344) — d’autant plus que ceux-ci n’ont parallèlement de cesse de mettre au jour les impostures linguistiques induites par les discours hégémoniques qu’ils épinglent. A Peyroles propose dès lors de considérer leur démarche comme celle d’une « reconquête linguistique », rejoignant la geste du pamphlétaire telle que définie par Marc Angenot :

C’est un des paradoxes du discours pamphlétaire que d’exprimer une double attitude face au langage : par une opposition très romantique, la dégradation de celui-ci est dénoncée avec horreur, mais ses pouvoirs potentiels de révélation sont au contraire majorés et exaltés6.

10Cette proposition éclairante trouve toute sa justification lorsqu’A. Peyroles met en évidence, à la fin de sa deuxième partie, l’enjeu de fond des romans étudiés : identifier ce que les romanciers considèrent être de « bonnes » et de « mauvaises » histoires (p. 396). Tout en mettant en scène « le possible détournement de ses propres pouvoirs, ceux de la narration », le roman engagé des années 1930 se définit « par opposition aux fictions trompeuses » (p. 54) — en roman de la « contre-scénarisation », pour reprendre, comme dans l’essai, une expression d’Yves Citton7. En d’autres termes,

 [l]a contestation passe par une sorte de réinvestissement de formes jugées insuffisantes ou de mots dépourvus de sens, dans un compromis entre une structure existante et sa transformation. Ainsi, s’opposer au storytelling dominant n’impliquera-t-il aucunement de renoncer aux stories elles-mêmes. (p. 45)

De la cité au lecteur : le roman engagé, espace démocratique

11Si force de proposition il y a dans le roman engagé des années 1930 tel qu’il s’incarne chez Aragon, Dos Passos et Döblin, ses retombées seraient davantage à chercher du côté du lecteur que de celui de la cité. Suivant les fils de cette hypothèse initiale (p. 14), A. Peyroles s’intéresse dans la dernière partie de son ouvrage, « Écrire avec — Implication, investigation, expérimentation », à la reconfiguration dans et par les œuvres étudiées d’un espace littéraire intrinsèquement démocratique. « Confronté à une discontinuité narrative parfois poussée jusqu’à son paroxysme, le lecteur [de ces œuvres] doit entrer sur la scène pour reconstituer les puzzles narratifs et se livrer à une enquête » ; en ce sens, il « est engagé par et dans la lecture des romans »  (p. 48). Le lien entre cette lecture collaborative et une approche du roman engagé comme espace démocratique est explicité via un recours à Hannah Arendt :

Dans Qu’est-ce que la politique ?, utile complément au Qu’est-ce que la littérature ? sartrien, Hannah Arendt définit la politique comme un « espace intermédiaire » (« Zwischenraum ») de « mise en relation » (« Verknüpfung ») où s’exerce à plein la « faculté de juger » (« Urteilskraft ») et où résonne une « parole libre » (« freie Rede8 »). C’est cette faculté de juger que sollicite le roman engagé par les blancs qu’il multiplie, et c’est cette parole libérée des discours convenus et manipulateurs qu’il faut entendre : son mode de fonctionnement et son mode d’expression en feraient donc un espace intrinsèquement politique […], donnant les moyens non de rêver, mais de comprendre, première étape de l’action. (p. 49)

12Les réflexions d’Arendt autour du concept d’autorité sont également un appui utile pour « comprendre l’importance, en termes politiques, de [la] redéfinition de l’autorité narrative » dans les romans étudiés (p. 605), qui proposent plus qu’ils n’imposent. Autre référence intéressante dans ce contexte, les concepts complémentaires d’expérience et d’enquête (inquiry) définis par John Dewey (p. 555), convoqués pour mettre en évidence « la lecture-enquête repos[ant] sur une entreprise de défamiliarisation et de distanciation » caractéristiques du Monde réel, de USA et de November 1918. Que ces « romans structurellement politiques » soient (encore) considérés par leurs romanciers comme un « antidote authentiquement politique »  (p. 599-600) est mis en valeur par l’analyse de la lettre d’amour trouvée par le personnage d’Edmond Barbentane dans Les Beaux Quartiers d’Aragon – lettre que le romancier annonce avoir lui-même trouvée par hasard dans un parc de Neuilly (613-619). Avec cette lettre présentée comme un collage,

c’est une conception du roman qui est en jeu, mais aussi une illustration de sa relation intrinsèque avec le régime démocratique : le roman surgit tout entier de l’expérience de la foule démocratique, où chacun est à la fois un individu pris dans des aventures intimes et un atome de la multitude des grands boulevards ou des parcs parisiens, pris dans une aventure commune. Une lettre qui ne s’adressait qu’à une seule femme trouve un destinataire inattendu, qui à son tour le transmet à des lecteurs qui lui sont tout aussi inconnus ; le drame d’un homme devient celui de tous, liés dans l’attente d’une passante qui n’est pas, bien sûr, sans évoquer celle de Baudelaire. […] Défini par la disponibilité à toutes sortes de rencontres, abouties ou non, rêvées ou vécues, le roman se nourrit de l’expérience infinie et indéfinie qui est celle du régime démocratique, fluctuant et ondoyant par nature, flottant et instable par essence.  (p. 615)

13Impliquant une certaine humilité des romanciers, la « profondeur démocratique »  (p. 619) des romans étudiés explique sans doute la volonté d’A. Peyroles de distinguer « roman à thèse » et « roman engagé » (p. 21‑25), au prix d’observations pas toujours généralisables au-delà de la période qu’elle aborde : elle affirme par exemple qu’à la différence du roman à thèse, le roman engagé « se projette rarement dans l’avenir », n’étant « pas guidé par l’émanation d’une société idéale à atteindre » — ce qui ne vaut pas pour le roman engagé contemporain. Aurore Peyroles a cependant conscience de la spécificité des années 1930, et évite les généralisations abusives quant à l’écriture de l’immédiat des écrivains engagés : elle note que « c’est probablement [un] sentiment d’urgence qui distingue le plus les auteurs engagés de cette époque et leurs romans de leurs homologues de l’après-guerre, étudiés par Sylvie Servoise9 » (p. 97). Elle nuance par ailleurs cette association entre engagement littéraire et écriture de l’urgence en soulignant que chez Aragon, Dos Passos et Döblin, « [l’]enquête portant sur la situation présente est indissociablement plongée dans le passé, et il est remarquable que les trois cycles romanesques adoptent une même distance par rapport à l’époque de leur écriture, remontant quelque vingt ou trente ans en arrière » : si dans les trois romans, « l’horizon est le présent qu’il s’agit de comprendre », leurs auteurs n’en adoptent ainsi pas moins « la posture d’historien du temps présent » (p. 154).

Les années 1930, laboratoire de la « littérature engagée » sartrienne

14Au terme de son parcours précis et nuancé, A. Peyroles est parvenue à montrer que « si les années 1930 constituent un véritable laboratoire de l’engagement littéraire, c’est bien parce qu’elles forgent la notion en même temps que sa pratique » (p. 45). Elle profite ainsi de sa conclusion générale pour dérouler les différents sens du terme « laboratoire » (p. 621-630). À comprendre à la fois comme un lieu d’élaboration, comme un lieu d’observation, et comme un terrain de reconfiguration, ce terme polysémique permet in fine de souligner que

le roman engagé est à la fois le résultat de recherches pratiquées dans le laboratoire historique, politique et idéologique des années 1930, et laboratoire lui-même — à la fois réponse aux questions soulevées par la situation et aux impératifs qu’elle impose, et continuation des interrogations, des observations et des expérimentations. (p. 621)

15Nul hasard si la figure et les écrits de Sartre nous ont semblé constituer un fil rouge dans l’ouvrage : en s’intéressant à de telles « expérimentations », A. Peyroles prouve en effet en creux que la « littérature engagée » sartrienne n’a pas été inventée par celui qui fut plus tard considéré comme un « terroris[te] de l’engagement10 ».

16Plusieurs points nodaux de la théorisation sartrienne de l’engagement apparaissent ainsi clairement dans les romans étudiés : la thématique du dévoilement, « procédé constant et caractéristique de l’engagement littéraire, avant même sa théorisation dans Qu’est-ce que la littérature ? » (p. 41) ; la conception de l’engagement comme intervention (94), ou encore le goût du polemos (p. 109). Tous revendiqués dans Qu’est-ce que la littérature11? (1948), ils dénotent le remarquable esprit de synthèse de Sartre autant qu’ils soulignent que son concept de « littérature engagée » est lui-même totalement situé – ce qu’un extrait de l’ouverture du premier numéro de la revue allemande exilée Neue Deutsche Blätter (1933), cité par A. Peyroles dans un passage consacré à Döblin, met en évidence :

Il n’y a de neutralité pour personne. Et cela vaut surtout pour l’écrivain. Même celui qui sait participe au combat. Celui qui, effrayé et étourdi par les événements, se réfugie dans sa sphère privée, utilisé l’arme de la parole comme jouet ou comme décor, se résigne à une attitude de fausse sagesse – celui-là se condamne lui-même à la stérilité sociale et artistique et laisse le champ libre à l’adversaire12.

17Ce passage annonce en effet de manière troublante le passage le plus célèbre de la préface au premier numéro des Temps modernes :

L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. Ce n’était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l’affaire de Zola ? L’administration du Congo, était-ce l’affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d’écrivain. L’occupation nous a appris la nôtre. Puisque nous agissons sur notre temps par notre existence même, nous décidons que cette action sera volontaire13.


***

18Sartre n’est évidemment pas le seul théoricien de l’engagement évoqué dans l’ouvrage d’Aurore Peyroles : outre Berthold Brecht avec son « eingreifende Literatur » (p. 110), on y trouve notamment des références à la « guerre de position » contre l’idéologie dominante prônée par Gramsci et aux développements de Barthes autour de la responsabilité de la Forme (p. 385), jusqu’à une ouverture vers le nouvel « imaginaire de gauche » auquel en appelle Y. Citton (p. 632). Ces réflexions, pour la plupart postérieures aux années 1930, ne font qu’accentuer le rôle fondamental des œuvres étudiées par A. Peyroles pour l’élaboration théorique et pour la pratique de l’engagement littéraire aux xxe et xxie siècles.

19À cet égard, son ouvrage invite à un « anachronisme critique14 » pertinent pour penser la littérature contemporaine, en particulier dans ses rapports complexes au storytelling pris pour cible par Christian Salmon15 : la « machine [néolibérale] à fabriquer des histoires et à formater les esprits16 » n’est en effet pas sans rappeler les manipulations efficacement signalées dans Le Monde réel, USA et November 1918. Le roman engagé des années 1930 a décidément encore des choses à nous apprendre.