Acta fabula
ISSN 2115-8037

2009
Mars 2009 (volume 10, numéro 3)
Thibaut Chaix-Bryan

« L’amitié, ce rapport sans dépendance »

DOI: 10.58282/acta.4943
Maurice Blanchot, de proche en proche, dirigé par E. Hoppenot et Daiana Manoury, Éditions Complicités, Collection Compagnie de Maurice Blanchot, 2008, EAN 9782351200070

1Ce nouvel ouvrage autour de l’œuvre de Maurice Blanchot aux éditions Complicités, après la parution d’un collectif sur Blanchot et l’Epreuve du temps ainsi que L’œuvre du féminin dans l’écriture de Blanchot, propose une étude de différentes filiations entre différents auteurs et le romancier et critique Maurice Blanchot.

2Comme l’indique Daiana Manoury, au nom du comité de direction, le titre de ce quatrième numéro de la collection « Compagnie de Maurice Blanchot » pourrait être celui de dialogues, comme autant d’entretiens infinis » si chers à Blanchot. Les analyses de ces différents entretiens sont classées et regroupées en quatre parties distinctes permettant ainsi, comme le suggère également Daiana Manoury, de proposer une multiplicité de portes métacritiques s’ouvrant sur des champs allégoriques complexes, mêlant plusieurs champs disciplinaires : philosophie, critique littéraire et pensée historique.

3La première partie intitulée « ontologiques » regroupe des études plus philosophiques interrogeant ainsi des notions comme la mort, la peur, l’altérité et l’œuvre. Les auteurs de cette première partie proposent de revenir, en centrant à chaque fois leur étude sur une problématique originale, sur le dialogue ininterrompu de Blanchot entre Hegel, Lévinas, Heidegger mais aussi Valéry.

4Le premier article se propose, comme le note Mathieu Bietlot, dés les premières lignes de son introduction de « lire l’œuvre de Blanchot à la lumière ou dans l’ombre de la philosophie hégélienne : confrontation périlleuse qui ambitionnait d’articuler une certaine continuité de la continuité et de la discontinuité entre un système philosophique totalisant, maîtrisant, transparent et une écriture dispersée, fragmentée, dissimulatrice ».

5La deuxième contribution d’Arthur Cools examine la notion de différend entre la pensée de Blanchot et Lévinas afin d’analyser de plus près la proximité de ces deux pensées, très souvent rapprochées. Artur Cools fera a d’ailleurs fait récemment un travail plus large sur cette question sous le titre de : Langage et subjectivité. Vers une approche du différend entre Maurice Blanchot et Emmanuel Lévinas2.

6Le troisième article de Thierry Durand poursuit cette réflexion car il s’interroge sur l’amitié qui liait Blanchot et Antelme en faisant appel à la philosophie de Lévinas : «  Mais de quelle proximité parle-t-on lorsqu’on parle de l’amitié qui lia Blanchot et Antelme, ou celle qui, durant toute sa vie, l’attacha à la pensée lévinassienne d’une loi d’avant la Loi ? ».

7 La contribution suivant d’Hannes Opelz intitulée : « Blanchot, Valéry et l’ « œuvre », examine de près les relations entre les deux écrivains pour en considérer d’une part les éventuels traits communs mais aussi et surtout les désaccords entre les deux écrivains.

8 Frank  van Deire, dans l’article qui suit, se propose en partant d’Heidegger, et plus particulièrement du Heidegger d’Etre et Temps, de rapprocher autant que possible les pensées des deux auteurs.

9 Le dernier article de cette première partie de l’ouvrage se propose d’étudier la filiation entre Louis-Combet et Blanchot dont les œuvres sont traversées par de nombreux thèmes communs. Stéphane Lavauzelle, qui a consacré sa thèse à la problématique du cycle et de la déchirure dans l’œuvre de Claude-Louis Combet, concentre ici sa réflexion sur la vanité de l’écriture comme il le précise en ces termes dans son introduction : « Notre propos se limitera pour sa part à mettre en lumière l’un des aspects où, avec le plus de force et d’ironie, se rejoignent les deux œuvres, à savoir celui d’une perte de substance, d’une vanité de l’écriture qui, par le truchement d’une écriture n’en finissant pas de se donner pour référence, avoue dans le même temps tout ce qui l’éloigne de ce qu’elle porte ».

10La deuxième partie de l’ouvrage intitulé « Poétiques » regroupe six articles mettant en évidence plusieurs filiations certes déjà explorées mais sous d’autres angles d’approche. Manola Antonioli travaille tout d’abord la question de l’espace dans l’œuvre de Blanchot à partir du concept d’hétérotopies développé par Michel Foucault. L’auteure de l’article nous prouve, en effet, que la rencontre entre les deux auteurs  a lieu de façon plus essentielle et précisément dans cette sorte de topographie commune et de rapport au temps, au langage, eux énoncés du savoir et aux stratégies du pouvoir.

11Yves Gilonne, dans la contribution suivante, s’intéresse à la lecture de Paulhan par Blanchot et plus particulièrement à la genèse de la pensée de Blanchot sur la terreur qui semble avoir été initiée par sa rencontre avec Paulhan.

12 L’article suivant d’Eric Hoppenot examine la question d’écriture et le concept de Fatigue dans les œuvres de Roland Barthes et de Maurice Blanchot, analyse qui permet progressivement de mieux saisir notamment la différence de perception du neutre chez les deux auteurs.

13La contribution suivante de Daina Manoury intitulée « Blanchot, Michaux et Butor : pour une pensée métacritique du rêve fictionnel » analyse le traitement inédit du rêve dans l’écriture chez ces trois auteurs.

14Alain Milon examine avec beaucoup de finesse Blanchot en tant que lecteur et plus précisément en tant que lecteur de René Char, la lecture envisagée pour Blanchot comme espace de fabrication du texte.

15Dans l’ultime contribution de cette deuxième partie de l’ouvrage, Vincent Teixera éclaire les lecteurs sur les liens entre Blanchot et Celan en prenant comme centre de son article la question d’Auschwitz et l’expérience de la Shoah.

16La troisième et dernière partie de l’ouvrage regroupe deux articles rassemblés sous le titre « Hiératiques ». Ces deux articles interrogent également les liens de Blanchot avec d’autres auteurs, tout d’abord, avec Bataille et ensuite avec Pierre Klossowski. Ces deux contributions ont le mérite de rendre notre approche de ces différents auteurs plus subtile et notamment en ce qui concerne les nombreux rapprochements établis entre Blanchot et Bataille.

17Cet ouvrage permettra donc aux lecteurs de Blanchot de saisir au plus près le sens profond de l’ « entretien infini » et de la notion d’amitié si chère à Blanchot.