Acta fabula
ISSN 2115-8037

2006
Mai 2006 (volume 7, numéro 2)
Sandrine Bretou

De la rhétorique à la critique : la philosophie grecque aujourd’hui

DOI: 10.58282/acta.1366
Philosopher en Grèce aujourd’hui, Paris, PUF, Collège international de Philosophie, Rue Descartes, n° 51, 2006.

1Philosophe-t-on en Grèce aujourd’hui de la même façon que dans les autres pays européens ? Peut-on même parler d’une philosophie grecque comme on parle de « l’art grec » ou même de la « pensée française ou allemande » ? « La vraie question est celle de l’historicité d’une pensée, de ce à quoi elle est aux prises et qu’elle contribue à transformer. »1

2L’histoire de la Grèce et le développement de sa pensée et de sa culture transforment cette philosophie

3La Renaissance de la pensée grecque est située entre 1620 et 1830 par G. P. Henderson. Les Lumières grecques ont apporté à l’univers intellectuel grec un sentiment de nouveauté et de renouveau, et surtout la « promesse d’une libération intellectuelle ».  Mais les Lumières ayant du mal à s’enraciner dans la pensée grecque eurent comme conséquence de remplacer la critique par de la rhétorique dans la culture grecque.

4Deux grands auteurs influencèrent la pensée grecque : Kondylis et Psychopedis. Le premier est un ancien trotskiste qui devient sceptique envers toutes les normes. Il étudia auprès de Gadamer, Henrich et Koselleck. Le second est marxiste et marqué par Adorno et Horkheimer. « Tout en appartenant à des écoles contraires, le décisionnisme pour Kondylis, la théorie critique pour Psychopedis, ils mettent l’accent sur les mêmes thèmes. Le décisionnisme kondylien rejette normes et valeurs en faveur du relativisme ; la théorie critique psychopedienne est une théorie des valeurs qui combat le relativisme au profit des normes ; l’un croit à la neutralité axiologique, l’autre non. Pour l’un, le savoir doit être pur de toute norme ou valeur pour penser des phénomènes sociaux normatifs imprégnés de valeurs. Pour l’autre, le cadre de pensée du savoir social doit évaluer les valeurs sociales, pour voir lesquelles peuvent mieux assurer l’objectivité à un savoir qui, de ce fait sera normatif, donc critique envers son propre objet. »2

5En fait la philosophie aujourd’hui en Grèce ne se rattache à aucune « tradition indigène postérieure à l’Antiquité ». Ceux qui l’exercent ont tous étudié à l’étranger et amènent donc idées et pensées avec eux.

6« Le développement de la recherche en philosophie a été graduel, il y a eu d’abord un intérêt pour l’Antiquité qui est assez ancien, ensuite, dans les années 50-60, pour l’existentialisme, puis le marxisme dans les années 60-70 – pour la Théorie Critique avec la revue Deukalion au départ, et pour Althusser, Castoriadis, et l’école italienne. Enfin dans les années 70-80, 20 ans sont marqués par la grande vogue de l’épistémologie en Grèce, avec la tradition des textes de Kuhn, de Feyerabend, etc. et par un intérêt pour Hegel. […] Enfin on peut signaler aujourd’hui un intérêt accru pour la théorie de la littérature, qui passe par la tradition herméneutique aussi bien que par la philosophie française (Derrida, etc.). »3

7La philosophie grecque cherche à se démarquer de sa longue tradition de rhétorique mais les épreuves pour cela sont assez nombreuses. L’histoire de la Grèce ainsi que les études à l’étranger des penseurs grecs ont influencé et influencent encore cette philosophie. La Grèce s’imprègne de l’Europe intellectuellement de cette manière et acquiert une expérience.