Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2020
Mai 2020 (volume 21, numéro 5)
titre article
Bertrand Vibert

Henri de Régnier en ses textes

Henri de Régnier in his texts
Christophe Imperiali, Henri de Régnier témoin de son temps. Anthologie, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque et littérature du xixe siècle », n° 26, 2019, EAN : 9782406078128. 812 p.

1L’impressionnant recueil de textes critiques d’Henri de Régnier (1864‑1936) proposé par Christophe Imperiali sous le nom d’« anthologie » arrive à un moment favorable, puisqu’on recommence, depuis une vingtaine d’années, à s’intéresser à un écrivain naguère célèbre, mais qui connut en France après sa mort un purgatoire d’un demi-siècle. Des éditions de texte, dont celle du journal sous le nom de Cahiers inédits1, des thèses2, des monographies3, des numéros de revue4, des colloques et journées d’études5, tout cela crée une dynamique qui contribue à donner un regain de visibilité et d’intérêt à une œuvre riche, diverse et tout à fait singulière. Il n’en est pas moins vrai que, la période symboliste passée, Régnier poursuivra son chemin en restant à distance des professions de foi modernes et avant-gardistes. Il y réussira en cultivant avec prédilection le mythe personnel d’un passé nourri par l’Histoire, l’art, la littérature et certains lieux emblématiques — comme Versailles et Venise —, dont l’inspiration lui ouvrira l’horizon propice à ses vagabondages imaginaires.

Régnier poète & critique symboliste

2L’œuvre critique suit un chemin parallèle. En prise directe sur l’histoire du Symbolisme dont Régnier fut un acteur important dans les années 1880-1890, elle perd ensuite ce statut pour en privilégier deux autres : un point de vue critique sur les œuvres et les écrivains du passé6 ; un point de vue d’observateur — également critique — sur les œuvres du présent, point de vue que lui permet son statut de chroniqueur dans les grands journaux comme Le Journal des débats ou Le Figaro. À cet égard, le choix de l’expression « témoin de son temps » pour le titre de l’ouvrage ne doit pas nous égarer : il ne s’agit pas purement et simplement de renvoyer un auteur désuet au passé d’où il vient. Car Régnier fut d’abord un acteur engagé de la littérature de son temps, et comme écrivain — d’abord poète —, et comme critique7. S’il s’en écarta par la suite, cela n’empêche pas son œuvre d’être marquée du sceau irrécusable auquel on reconnaît un écrivain. Quant à l’œuvre critique, elle fait montre des mêmes qualités : outre une manière de réflexion et de jugement propre au genre, elle y déploie à l’occasion une imagination sensorielle et sensuelle très vive, partant le don de l’image, l’art du récit et du portrait, un sens du comique qui inclut burlesque et grotesque, et qui va de l’ironie à l’humour ; sans oublier la nostalgie élevée au rang de faculté esthétique, l’originalité du style, la poésie enfin, non plus celle de ses recueils de poèmes, mais la poésie comme valeur cardinale qui ouvre le domaine du « songe ». C’est pourquoi les textes de l’« anthologie » demandent qu’on s’y arrête, plutôt que d’être trop vite remisés au rayon de l’archéologie critique.

Un demi-siècle de critique

3Bien sûr, on ne saurait rendre compte de la richesse de l’ensemble, ni du travail que suppose, dans le choix des textes (144 textes ou longs extraits), une synthèse opérée sur cinquante années de critique et comptant quelque huit cents pages. L’introduction, ou plutôt la « Préface », situe clairement, dans la vie de Régnier, les enjeux et les moments de la critique. Reprenons-en les catégories chronologiques : d’abord la « “critique d’artiste”, des petites revues au Mercure [de France] (1887-1897) » (p. 27) ; puis « la marche vers l’institutionnalisation », « du Gaulois au dilemme [du Journal] des Débats8 (1898-1911) ; enfin la dernière période (1912-1936), celle de l’Académie et du Figaro, celle aussi de la maturité et de la vieillesse, où « le “revoir” supplante le “voir” » (p. 37). Encore ce rapport au passé et au souvenir est-il consubstantiel à la manière de sentir et à l’esthétique de Régnier, de telle sorte que l’infusion du temps ne fait qu’accentuer un tropisme naturel. À cet égard, on aurait peut-être souhaité quelques pages de mise en perspective avec le reste de l’œuvre, les recueils de poèmes, les contes et les romans, mais aussi les récits de voyages ou de promenades qui sont un domaine frontalier entre la critique et la fiction : ce sont là par excellence ces « paysages » (Sujets et Paysages, 1906) au sujet desquels C. Imperiali déclare avec justesse qu’ils sont « des sujets comme les autres » (p. 32). Mais les œuvres littéraires proprement dites obéissent-elles aux mêmes valeurs et suivent-ils la même chronologie que les textes publiés sous le nom de critique ? S’il en est ainsi, qu’implique pour Régnier l’entrée sur la scène du roman en 1900 avec La Double Maîtresse, genre qui le rendra célèbre et auquel il restera fidèle jusqu’à sa mort, jusqu’à faire oublier le poète qu’il ne cessa jamais d’être ? Dans quelle mesure l’activité critique, parfois outrageusement pénible de son propre aveu9, parasite-t-elle sa vie et connaît-elle aussi ses bonheurs d’écriture ? Sur ce dernier point, qui est essentiel, les textes répondent par eux-mêmes.

De théorie point, mais une idée de la littérature

4Il faut citer Régnier à 26 ans — en 1892 —, jeune figure de proue du Symbolisme disant à Edmond Picard, le directeur de la revue belge L’Art moderne : « Pour ce qui est de théories littéraires, je ne saurais être que très bref, car il n’y a pas lieu à théorie de la part de quelqu’un qui est en pleine pratique et en pleine recherche » (p. 8). Bien sûr, il n’y en aura pas davantage après, car si Régnier ne fut jamais de tempérament avant-gardiste, il n’eut pas davantage de penchant pour les spéculations abstraites. Devons-nous être « frustrés » de cette « critique de praticien [plus] que de théoricien » (p. 24) ? Nous touchons là au cœur de ce qui peut susciter notre intérêt pour Régnier, pour peu que nous préférions, à des doctrines tout armées, une « finesse de lecture » (p. 25) et des points de vue variés sur la littérature. Celle-ci n’en présuppose pas moins chez lui une certaine conception, forgée auprès des maîtres et grands intercesseurs que furent Mallarmé et Villiers de l’Isle-Adam. S’inscrivant dans la mouvance idéaliste du Symbolisme, elle trouve son expression achevée dès 1894 dans Le Bosquet de Psyché, essai de poète touchant à ce que nous appelons la poétique. Nous retrouvons cette conception dans « Poètes d’aujourd’hui et poésie de demain » (1900), texte un peu plus tardif, qui prend davantage de recul et dessine ce qui pourrait être le panorama d’une histoire littéraire au présent.

Une anthologie raisonnée

5En toute logique, la nécessité d’une sélection des articles de Régnier oriente le choix vers la qualité ou le caractère représentatif des auteurs et des œuvres qui font l’objet d’un compte rendu, qu’il s’agisse d’écrivains déjà reconnus ou qui le seront plus tard, mais aussi de ceux que Chr. Imperiali désigne avec justesse comme « ses vrais contemporains, ceux dont il est resté contemporain jusqu’à sa mort, ceux qui faisaient la vie littéraire dans le dernier quart du xixe siècle. » (p. 42) S’y ajoutent en moins grand nombre les textes qui, à l’instar de ceux cités plus haut, expriment plus particulièrement un point de vue sur la littérature.

6Aux articles recueillis en volume par Régnier sont joints pour la première fois des articles publiés dans le Mercure de France, Le Journal des débats, Le Figaro qui ne furent jamais publiés en volume. Or il y a là toute une partie du travail critique de Régnier, moins accessible peut-être, mais non moins essentielle. Concernant par exemple la lecture de Proust par Régnier, il est aussi intéressant de constater l’absence d’une critique de Du côté de chez Swann en 191310 et d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs en 1918 que de suivre les critiques des volumes suivants de la Recherche, où la finesse des analyses et l’admiration du critique romancier qu’est Régnier le disputent à une certaine incompréhension résiduelle.

7Ajoutons que l’annotation du volume est riche et précise à souhait, bien qu’on eût préféré, peut-être, à certaines longues notes de bas de page, de lecture malaisée et qui réduisent le texte à la portion congrue, une présentation en forme de frontispice, au moins pour les articles les plus importants. Heureusement, les cas restent limités et n’obèrent pas l’ensemble.

L’éventail des critiques et des œuvres

8En tant qu’écrivain et critique, Régnier s’est acheminé peu à peu de la périphérie du champ littéraire vers son centre ; ce faisant, l’autorité qu’il gagne auprès du public de son temps lui retire pour l’avenir, aux yeux des chantres de la modernité, tout ou partie de sa légitimité antérieure. Or, à lire ses pages de critique, cette disqualification paraît injuste. On pourrait croire que le parti pris de la sélection, en privant le lecteur de pages fades ou malencontreuses, donnerait à lire un Régnier toujours au meilleur de lui-même : ce n’est pas le cas, et cela vaut mieux. Sans préjuger des préférences de chacun, on trouvera dans le volume, voisinant avec des pages qu’on pourra dire « ordinaires », des critiques inspirées qui transcendent leur moment pour venir s’imposer au nôtre. Aux risques et périls qu’encourt toute tentative de hiérarchie personnelle, je répartirai les articles de Régnier selon quatre niveaux d’intérêt croissant, quels que soient leur date et leur lieu de publication, ces catégories n’étant bien sûr pas étanches :

9 On trouvera tout d’abord, donc, des textes de critique ordinaire, un peu ternes et convenus, en cela parfois semblables à leur objet et qui, indépendamment de leur taille, peuvent donner l’impression de tirer en longueur. Le nom de l’auteur y est souvent scandé tout au long de l’article, comme pour soutenir un discours qui s’ennuie jusque dans l’éloge ou le blâme. Ainsi, à propos du volume Poésie de Cocteau (1925), à qui Régnier reproche d’avoir gâché son talent par des « excentricités » avant-gardistes qu’il espère « provisoires » (p. 586) ; ou encore de l’ouvrage de critique de François Porché, Poètes français depuis Verlaine (1930), auquel Régnier consacre une critique probe, minutieuse et tout à fait favorable. Mais on sent bien que ce qui vaut l’approbation ou mérite l’estime ne suscite pas pour autant l’enthousiasme. Le style le dit assez par son allure correcte et mondaine. À titre de symptômes différentiels, ces textes ne doivent pas être négligés ; car s’ils disent pour nous quelque chose de Régnier, ils n’en remplissent pas moins leur rôle à l’égard des œuvres qu’ils analysent.

10 Les textes marquants, on l’a vu, peuvent développer une réflexion sur la littérature et la poésie, laquelle s’y taille une place de choix. Au-delà des comptes rendus d’actualité dans la presse symboliste des jeunes années, émergent les figures tutélaires que sont Hugo et Mallarmé. Sans se limiter à la poésie, les grandes figures sont de plus en plus présentes dans les recueils tardifs, et donnent lieu à des souvenirs, témoignages, portraits et anecdotes, parfois même dans plusieurs textes : outre Mallarmé et Villiers déjà cités, il y a bien sûr Gautier, Baudelaire et Heredia. Viennent ensuite les poètes de la génération de Régnier, parmi lesquels l’ami Vielé-Griffin — au cours des années symbolistes —, Jean Moréas, Francis Jammes, Paul Fort, Émile Verhaeren et bien sûr Paul Valéry, compagnon de jeunesse dont Régnier suit les œuvres de la maturité. De façon générale, les articles naissent à l’occasion d’une parution, encore que Régnier donne parfois des vues générales. C’est le cas pour Huysmans, à qui En rade, en 1887, vaut, somme toute, une critique élogieuse dans les Écrits pour l’art. On verra que les articles suivants, sous couleurs de portraits, sont assassins. Aussi peut-on dire de Régnier qu’il s’est adonné, en termes de critique littéraire, à tous les genres et dans tous les formats.

11Il faut insister sur l’activité de Régnier critique de l’actualité littéraire : ce qui paraît, mais aussi ce qui se joue, principalement durant les trois années où il est en charge de la « La Semaine dramatique » au Journal des débats (1909-1911). Cela donne lieu, malgré un supplice imposé, à des pages de bonne facture qui font la part de la pièce et de la représentation. Ainsi des spectacles du théâtre de l’Œuvre comme Élektra d’Hofmannsthal et Le Roi Bombance de Marinetti, que Régnier place dans la lignée d’Ubu roi. La liste est plus longue des critiques consacrées aux futures célébrités de la génération montante, dont Régnier sait reconnaître le talent : Colette, pour Chéri, le « jeune » Giraudoux d’Adorable Clio, Mauriac avec Thérèse Desqueyroux, Bernanos et le Journal d’un curé de campagne, Giono pour Un de Baumugnes. Est particulièrement instructif, et non moins intéressant, le rendez-vous manqué avec Voyage au bout de la nuit de Céline, dont on sent qu’il inspire à l’auteur des Rencontres de monsieur de Bréot une répulsion viscérale, et qu’il qualifie de « sous-produit » ou « sur-produit, comme l’on voudra, du naturalisme d’antan, sa reviviscence informe et son prolongement difforme. » (p. 763). Il est également intéressant de voir, selon les œuvres, certains auteurs, tel Francis Jammes, loués ou critiqués. L’appariement dans une même livraison de deux ou plusieurs œuvres, au gré des publications, fait parfois ressortir quelques étranges contrastes, qu’il s’agisse de Maurice Barrès et de Paul-Jean Toulet, d’Élémir Bourges et de Paul Valéry.

12 Faisons aussi une place aux textes détonants, qui ressortissent à la polémique ou à la satire, textes bien souvent rosses de la part d’un critique plutôt courtois et mesuré. On y voit Régnier manier un trait acéré, en ses jeunes années notamment. On lit ainsi dans les Entretiens politiques et littéraires en 1891 : « les Goncourt n’eurent jamais d’imagination, du moins créatrice. » (p. 72.) Cet aperçu n’est pas le moins flatteur, et l’appréciation devient cocasse quand on la compare à l’aménité du portrait-souvenir que Régnier consacre à Edmond de Goncourt en 1933. À l’inverse, la rancœur de la brouille avec Gide voit la critique s’accuser au fil du temps. D’un persiflage subtil à propos de La Symphonie pastorale en 1920, dans un texte où l’éloge prépare l’éreintement11, Régnier, en 1927, en vient purement et simplement au règlement de comptes12.

13Quand il n’y a pas de polémique, comme avec le Naturalisme ou sur le Symbolisme, ou qu’il n’y a pas de différend personnel, ce sont l’agacement, le mépris, voire le dégoût qui poussent Régnier hors de ses retranchements. On l’a vu avec Céline. Ainsi, le tout venant du théâtre est renvoyé à l’oubli d’où il n’est plus sorti depuis. Restent quelques pépites de pur comique. Huysmans, dont Régnier reconnaît le talent, donne lieu à un « portrait » d’une drôlerie féroce en 1892 dans les Entretiens politiques et littéraires : « M. Huysmans fut d’abord un naturaliste tatillon et crispé et un psychologue hypocondre » (p. 105). En 1901, Huysmans a droit à un second portrait dans un texte intitulé « La Sandale ». Au lieu d’être frontale, l’ironie s’y fait aussi douce que ravageuse. Il faut l’aller lire dans le texte. Dans un autre registre, Francis Jammes, poète par ailleurs apprécié de Régnier, suscite avec son Livre de saint Joseph, dans Le Figaro (!) du 13 juin 1921, un article en forme de prière. Régnier invoque le saint pour lui demander le retour du poète parmi le commun des mortels. Et la prière s’achève par ces mots : « Rendez-nous notre Francis Jammes. Il vous reviendra toujours, et puis M. le curé d’Ozeron se chargera bien de vous le ramener. Ainsi soit-il ! » (p. 489-490). Décidément, Régnier, pour un écrivain apparemment rangé, n’aime aucune sorte de Trappe.

14 Les textes extra-ordinaires, ou essentiels, parfois inouïs, sont entre autres ceux où s’exprime sa conception de la poésie, tel Le Bosquet de Psyché déjà cité : « Cette mystérieuse demeure de Psyché, chacun la doit porter en soi-même et s’y retirer à l’ombre mentale de ses murs invisibles. » (p. 244.) Ces textes nous ramènent aux admirations pour les grands parmi ses contemporains, qu’il s’agisse de Villiers ou de Mallarmé omniprésents. Le texte d’hommage à ce dernier, Stéphane Mallarmé,d’abord paru dans La Revue de Paris le 1er octobre 1898, trois semaines après sa mort, est à cet égard exemplaire : « Aujourd’hui disparaît, par surprise, un des hommes dont la pensée fut le plus intimement mêlée à nos rêveries juvéniles […] » (p. 214). Au moment où disparaît Hugo, qui donne lieu à une brillante mise en perspective dans un autre texte, ces rêveries cherchent leur chemin à tâtons :

Les jeunes gens d’alors en étaient à une double lassitude ; d’un côté, le bruyant et boueux triomphe du Naturalisme ; de l’autre, la sévère et rigide technique des Parnassiens. […] Il fallait désembourber la prose et revivifier la poésie […]. Or, aux procédés plastiques du Parnasse, les nouveaux venus opposaient des procédés musicaux, et aux procédés descriptifs du Naturalisme, ils voulaient substituer une interprétation idéaliste de la vie. Il fallait restituer l’idée au roman et le symbole au poème. Peu à peu ces désirs prirent corps. L’état d’esprit qu’on a appelé un peu confusément le Symbolisme était né13.

15Mais il y a aussi les événements de théâtre. Plus que la création de Pelléas et Mélisande dont on sait à quel point elle compta dans l’histoire du Symbolisme, c’est L’Oiseau bleu au théâtre Réjane, le 26 décembre 1910, qui charme Régnier pour des raisons que l’on peut bien comprendre : « Pour la première fois, dans l’Oiseau bleu, l’art de M. Maeterlinck mêle à la gravité un sourire malicieux. Sur le thème philosophique de sa pièce, M. Maeterlinck a dessiné des figures narquoises et pittoresques. » (p. 411.) S’ensuit une belle critique, où Régnier s’enchante de ce qui est à ses yeux tout à la fois « un conte d’enfant exquis et naïf, une suite d’images, une féerie familière et poétique » et « la mise en scène et la vivification d’un symbole » où le drame et la philosophie marchent d’un même pas. Une morale et une métaphysique concrètes et pittoresques qui se mêle à tous les épisodes de l’action « sans les pédantiser » (p. 411), réunies dans une mise en scène dont la beauté est soutenue par « une admirable et charmante ingéniosité » (p. 413), voilà qui, pour un moment au moins, a dû réconcilier Régnier avec le théâtre. Signalons encore, dans un tout autre style, la critique de René Leys de Segalen, dans Le Figaro du 12 décembre 1922,ou celle de Paulina 1880, dans Le Figaro du 12 janvier 1926. Dans le roman de Jouve, Régnier « aime beaucoup l’ardente couleur stendhalienne où se mêlent les reflets d’un certain “rideau cramoisi” » (p. 592) et, de surcroît, il trouve le « ressort psychologique » de la mort de Paulina « assez analogue » (p. 593) à celui dont il a usé dans La Pécheresse, tout en analysant la différence. Et il conclut sur la « remarquable qualité littéraire » du roman (ibid.).

En somme…

16Cette copieuse anthologie des textes et articles critiques de Régnier donne un point de vue singulier sur l’histoire littéraire en épousant le parcours d’une rare longévité d’un critique poète et écrivain, qui rend compte de tous les genres en fonction de l’actualité des parutions, et donc sans s’en tenir aux chefs-d’œuvre. Il en ressort que Régnier fut assurément un témoin considérable de son époque, à la fois par les places successives qu’il a occupées dans le champ littéraire et par les écrivains sur lesquels il eut à se prononcer. A priori destinée à la consultation des chercheurs, l’édition de Christophe Imperiali devrait aussi trouver sa place, non seulement dans la bibliothèque de tout lecteur et amateur de Régnier, mais de qui souhaite embrasser un demi-siècle de critique sur la période qui va de la naissance du Symbolisme au milieu des années 1930.