Fabula-LhT
ISSN 2100-0689

La revue

 

 « Avec les choses intellectuelles, nous faisons à la fois de la théorie, du combat critique et du plaisir »

Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes

 

Pouvons-nous prétendre aujourd’hui faire de la pensée du littéraire la fine pointe d’un « combat critique » ? Si le propos est toujours d’actualité, c’est apparemment du côté de la sociologie, de la philosophie ou de l’histoire : la poétique, pour sa part, a dû rabattre de son ambition théorique et authentiquement critique.

Non que l’étude générale de la littérature soit de nos jours négligée, mais elle semble portée par des disciplines qui la surplombent. Lorsqu’il est question d’entreprise de démystification pour la théorie, c’est dans le cadre intellectuel et militant des cultural studies, qui ont partout leur audience sauf en France. Et si l’on trouve quelque intérêt à faire de la littérature un objet de savoir, c’est d’un savoir toujours plus positif car l’heure est à l’érudition : les bilans s’ajoutent aux anthologies, aux dictionnaires et aux synthèses ; les biographies ne nous paraissent jamais assez grosses, les éditions assez complètes et les colloques assez nombreux.

Pourtant bien des difficultés continuent d’appeler un travail théorique. Quelle est la portée et l’historicité des concepts présupposés par nos lectures ? Quelle périodisation et quelle définition pour le champ de la Littérature ? La notion d’intertextualité ne sert-elle pas aujourd’hui à légitimer la quête des sources, qu’elle avait à l’origine pour fonction de combattre ? Quel rapport entre la fiction et les discours de savoir ? Comment articuler plaisir du texte et enjeux éthiques de l’œuvre ? Comment écrire l’histoire littéraire ? Autant de questions qui interdisent de renoncer à toute entreprise de généralité.

Si chacun s’accorde à proclamer la nécessité d’une conciliation entre diachronie et synchronie, et si Clio exerce plus que jamais son autorité sur les textes à fonction esthétique, les enjeux de l’actuel « retour » de l’histoire littéraire restent largement impensés. Une guerre autrefois a eu lieu, opposant les sœurs ennemies « Théorie » et « Histoire ». S’agit-il simplement pour elles de se redistribuer aujourd’hui un territoire, chacune laissant à l’autre le soin de penser sa propre pratique ?

Fabula-LHT posera au contraire que « Théorie » et « Histoire » constituent deux pôles à la fois solidaires et antagoniques de toute réflexion générale sur la littérature. Solidaires – parce que la théorie et l’histoire littéraires ont en commun de chercher à élaborer des objets transcendant la singularité des œuvres individuelles (la « période » ou le « genre » sont des objets de statut épistémologique comparable) – mais non pas complémentaires – l’histoire littéraire s’accommodant mal du caractère non pas anhistorique mais transhistorique des objets théoriques. Antagoniques – là où l’histoire littéraire procède par induction dans le champ des œuvres du passé, la théorie littéraire prétend œuvrer par déduction a priori dans le champ de tous les textes possibles – mais non pas antinomiques : faire l’histoire de la littérature, c’est aussi considérer l’éventail des possibles qui s’offraient à elle aux différents moments de son devenir.

C’est ce rapport, fait d’alliances et de tensions, que la revue Fabula-LHT s’attachera à explorer.

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Fabula-lht sera publiée sur le site www.fabula.org sous la forme de numéros organisés en plusieurs sections :

Un « Dossier » réunira un ensemble de textes relatifs à tel aspect des rapports entre histoire et littérature ; les thèmes des dossiers feront régulièrement l’objet d’un appel à contributions.

Au chapitre « Traduction », on donnera la version française d’un article récemment publié dans une revue de théorie littéraire de langue étrangère, représentatif des nouvelles tendances de la recherche hors de France.

La section « Archives » présentera un article ou une réflexion critique ancienne devenue inaccessible.

Ces sections pourront être complétées par une section « Essais », composée d’articles hors dossier choisis pour leur intérêt particulier : les textes retenus pourront porter sur un champ de préoccupations très large – francophonie, théorie du cinéma, études culturelles, etc.

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Chaque texte sera soumis de manière anonyme à un comité de lecture, conformément au protocole habituel des revues savantes le comité de rédaction de Fabula-LHT faisant appel à des lecteurs dont la liste sera très vite rendue publique.

Les articles de Fabula-LHT sont mis en page de manière à pouvoir être facilement cités : chaque paragraphe est indexé par un pied de mouche (¶) suivi d’un numéro pour une citation locale, un cartouche en fin d’article pour le référencement de l’article lui-même, la revue bénéficiant elle-même d’un référencement ISSN, grâce à l’usage des normes internationales valables pour les revues électroniques OAI (Open Archive Initiative).