Nathalie Godnair, « De merveille esperdu ». Écrire l’émotion esthétique à la Renaissance (1500-1620)
L'expérience esthétique est « de toutes les expériences communément vécues à la fois la plus banale et la plus singulière » écrit le philosophe Jean-Marie Schaeffer. Elle constitue en effet un moment unique où se rencontrent l'œuvre d'art et la conscience qui la perçoit. Faisant de l’émotion ressentie l’expression même de l’individualité, cette définition contemporaine n’est pourtant pas opérante pour rendre compte de ce que les hommes de la Renaissance entendent par le mot « esmotion », à une période où cette notion d’individualité émerge à peine. À partir d’un vaste corpus donnant à lire des émotions nées de la contemplation d'un tableau, d'une sculpture, d'un bâtiment, d'une pièce d'orfèvrerie ou de l'écoute d'un morceau de musique, Nathalie Godnair s’attache à mieux cerner les enjeux à la fois théologiques, philosophiques, médicaux et sociologiques qui sous-tendent les représentations littéraires de l’émotion esthétique à la Renaissance. Par l’étude des trois modèles d’écriture qui se succèdent et s’entremêlent au fil du siècle, elle montre en particulier comment cette dernière quitte peu à peu le seul espace visible du corps dans son extériorité pour emprunter des voies plus intérieures et se replier dans le « petit cabinet d’affections » qu’est le cœur.
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Sommaire
Introduction
Première partie: Sièges et chemins de l’émotion, les inflexions d’une topographie intérieure
Préambule. Les mots des émotions
Au sein du discours philosophique
Au sein du discours religieux
Au sein du discours médical
Chapitre premier. Le corps et l’âme, théâtres des « grandes merveilles de musique » (1500-1540)
Une écriture de la « merveille »
Le corps et l’âme, sièges de l’émotion
Conclusion
Chapitre II. Des sens à l’esprit, l’itinéraire du ravissement (des années 1530 aux années 1560)
À l’origine du ravissement, la perception sensible
Écrire le transport : une hybridité des discours
« Esprit[s] abstraict[s], ravy[s] et ecstatic[s] » : l’état contemplatif
Conclusion
Chapitre III. La progressive migration de l’émotion vers le cœur (1570-1620)
Le cœur, à la croisée des discours et des représentations
De l’« esmotion » à la passion
Conclusion
Deuxième partie: Figures de réception, d’une représentation allégorique à l’amorce d’une expérience singulière
Chapitre IV. Les figures allégoriques de la laus musicæ (1500-1540)
Figures génériques et collectives : l’universalité des merveilles de musique
Figures divines et légendaires : variété et symétrie des effets
Figures inanimées : les effets de la musique sur la barbarie
Conclusion
Chapitre V. Figures du ravissement, une hybridité des modèles (des années 1530 aux années 1560)
Des figures de réception définies par leur perception sensible
Entre allégorie et représentation de la réalité
Le ravissement esthétique, signe d’une heureuse naissance
Conclusion
Chapitre VI. Vers une singularisation et une diversification des figures de réception (1570-1620)
Une singularisation de l’expérience sensible
La bigarrure des opinions
Conclusion
Troisième partie: Décrire l’œuvre d’art, de l’idée du beau aux prémices d’une « subjectivisation » de l’appréciation esthétique
Chapitre VII. Les « lunettes canoniques » de la description (1500-1570)
Les « yeux de l’esprit », les « oreilles de l’entendement »
L’objectivité du Beau
Conclusion
Chapitre VIII. Vers une subjectivisation du Beau (1570-1620)
Une progressive prise en considération de la matérialité sensible
Une inflexion des critères esthétiques : entre studium et punctum
Conclusion
Conclusion
L’histoire de l’esthétique et la Renaissance
La « propédeutique humaniste »
Les « Echalotes » du goût
Bibliographie
Sources
Études
Index nominum
Table des figures