Mobilisant aussi bien les savoirs scientifiques que les conceptions philosophiques et religieuses, ou encore les œuvres de fiction et l’histoire de l’art, Georges Vigarello explore les différentes façons par lesquelles les sociétés occidentales ont pensé le corps humain dans son unité. Avec un souci d’intelligibilité remarquable, il met en lumière la succession de modèles (le modèle humoral, fibreux, énergétique, informationnel) par lesquels le corps a été appréhendé depuis l’Antiquité jusqu’au temps présent.
Au-delà d’une telle succession, il porte une attention subtile à ses usages, aux manières d’être et d’agir qui ne cessent d’évoluer au cours de l’histoire. Le livre montre comment le corps occidental est travaillé par des principes décisifs d’affranchissement, d’individualisation et de sensibilité, ouvrant sur une manière totalement inédite de penser le temps : dynamique centrale, originale, traversant la longue durée, d’où les individus tirent leur force, comme leur possible fragilité.
Notre propre conception contemporaine du corps en sort singulièrement dépaysée.
Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Georges Vigarello a notamment publié au Seuil Histoire du viol (XVIe-XXe siècle) (1998), Histoire des pratiques de santé (1999), La Silhouette (2012), Le Sentiment de soi (2014) et Histoire de la fatigue (2020). Il a dirigé par ailleurs plusieurs ouvrages collectifs, avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine, dont une Histoire du corps en 2006.
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On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un article sur cet ouvrage :
"Le puzzle du corps", par Jean-Marie Chevalier (en ligne le 17 avril 2026).
Pourquoi recommandait-on de consommer de la viande blanche au XVIe siècle et de la viande rouge au XIXe siècle ? Seule une conception unifiée de l’histoire du corps permet de résoudre ce genre d’énigme (« puzzle »), comme le montre le dernier ouvrage de Georges Vigarello, Les Logiques du corps. Se nourrir, se soigner, se vêtir et se tenir, s’exercer, expliquer, sentir, et peut-être finalement vivre, correspondent à autant de gestes que met en lumière une histoire des imaginaires du corps.