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L’eau : pratiques sportives et imaginaires (Clermont-Ferrand)

L’eau : pratiques sportives et imaginaires (Clermont-Ferrand)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Thomas Bauer)

Cette proposition s’inscrit à la croisée de la mythocritique, des études culturelles et de la physiologie. Elle se propose d’interroger les imaginaires et leurs réalités physiologiques, liés aux pratiques sportives aquatiques contemporaines entre la nature (axe 1) et l’artificialité (axe 2), en portant une attention conjointe aux eaux douces (lacs, rivières, fleuves, canaux ou bassins artificiels) et aux mers. Celles-ci constituent en effet des espaces ambivalents où s’articulent des savoirs empiriques et des connaissances scientifiques issues des sciences de l’activité physique portant sur les réponses du corps à l’immersion, à la température de l’eau, à la résistance du milieu et à la durée de l’effort. 

Axe 1 – L’eau comme milieu naturel : épreuve, mythe et confrontation à l’élément

Dans la lignée de Gaston Bachelard (L’Eau et les rêves), l’eau est envisagée comme une matière de l’imaginaire, suscitant des rêveries de l’immersion, de la profondeur, de la dissolution et de la métamorphose. Les pratiques sportives en milieu naturel (baignade en rivière, nage en eau libre, traversée de lacs, descentes de fleuves, mais aussi exploits maritimes tels que la traversée de la Manche à la nage) réactivent un rapport archaïque à l’élément aquatique. Elles reposent sur l’épreuve du corps, l’endurance, la gestion du souffle et la confrontation à une nature mouvante, imprévisible, parfois hostile, imposant au nageur ou à la nageuse des ajustements physiologiques constants liés à la température, aux courants, à la densité de l’eau et à la fatigue progressive. Ces pratiques, objectivables dans leurs dimensions corporelles, prolongent des figures mythiques anciennes (ondines, sirènes, êtres amphibies), analysées par Gilbert Durand, où l’eau apparaît simultanément comme une matrice et une menace. Cet imaginaire de la confrontation se retrouve dans de nombreuses représentations contemporaines. En littérature, Gilles Bornais (Les Aventuriers de la nage, Éditions du Rocher, 2016) met en récit la nage comme une aventure extrême et une expérience limite. Le cinéma réactive également cette symbolique du passage, comme dans Welcome de Philippe Lioret (2009) qui, à travers la tentative de traversée de la Manche à la nage, associe l’exploit sportif à l’exil et au danger ; Agua de Verónica Chen (2006) fait de la natation en milieu ouvert une quête identitaire. Les arts plastiques accompagnent ces représentations : les figures immergées d’Antony Gormley (Another Place, 1997) interrogent la résistance physiologique du corps face aux éléments, tandis que certaines chansons contemporaines (Feu! Chatterton, La Mer, 2015) mobilisent l’eau comme espace de perte de repères et de transformation du sujet. 

Axe 2 – L’eau artificialisée : contrôle, norme et intériorisation des tensions

À l’inverse, la piscine incarne une eau domestiquée, mesurée, chlorée, surveillée et normée. Elle constitue un espace emblématique de la modernité sportive, où le corps est soumis à des dispositifs de contrôle, de mesure physiologique, d’évaluation de la performance et de visibilité. Les travaux de Georges Vigarello (Techniques d’hier et d’aujourd’hui) permettent de penser cette artificialisation du milieu aquatique comme un processus de normalisation des gestes, des postures et des corps. Toutefois, cette rationalisation ne fait pas disparaître l’imaginaire : elle le déplace vers l’intériorité, la contrainte et le malaise. La littérature contemporaine rend particulièrement visibles ces tensions liées à l’artificialité du milieu aquatique. Julia Mattera explore l’enfermement psychique et la pression normative du bassin dans Le Syndrome de la brasse coulée (Flammarion, 2020), tandis que Bruno Giroux fait de la piscine un lieu de contamination symbolique et d’angoisse dans Chlore (Talent Éditions, 2022). Gilles Bornais (Le Nageur et ses démons, François Bourin Éditeur, 2018) interroge la part obsessionnelle et sombre de la pratique, quand Valentine Goby (Murène, Actes Sud, 2019) montre comment le corps nageant devient le lieu d’une transformation intime et identitaire. Ces mêmes tensions traversent le cinéma, qui met en scène des corps immergés confrontés à la norme, à la performance et à leurs limites. Si Le Grand bain de Gilles Lellouche (2018) fait de la piscine un espace de reconstruction collective et de résistance sociale, Nadia Butterfly de Pascal Plante (2020) révèle la violence symbolique de l’exigence sportive. Les arts plastiques, enfin, prolongent cette mise en tension du corps et du dispositif, de la piscine-théâtre de David Hockney (A Bigger Splash, 1967) à la sculpture de Xavier Veilhan (Grande machine lumineuse, le plongeon, 2003), qui figent ou stylisent le corps sportif entre contrôle, immobilité et objectivation physiologique du mouvement. 

Ces deux axes visent en définitive à interroger la manière dont les pratiques sportives aquatiques engagent des processus physiologiques spécifiques, indissociables des constructions symboliques et culturelles qui les accompagnent.

Votre proposition de communication (maximum 400 mots) ainsi qu’une biobibliographie (environ 200 mots) est à envoyer au plus tard le 30 mai 2026 à Thomas BAUER (thomas.bauer@unilim.fr), Anne-Sophie GOMEZ (a-sophie.gomez@uca.fr) et Lore METZ (lore.metz@uca.fr). 

Les décisions d’acceptation ou de refus seront communiquées au plus tard le 30 juin 2026.

La journée d’études se déroulera en français et en présentiel uniquement. Elle n’est pas soumise à des frais d’inscription. Le transport sera à la charge de l’orateur.ice, une nuitée et un dîner seront financés par l’université Clermont Auvergne avec le soutien de le Fédération Recherche Eau, environnement, territoires.

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Sélection bibliographique :

Bachelard, Gaston. L’Eau et les rêves : essai sur l'imagination de la matière. Paris, J. Corti, 1942.

Bourgeois-Gironde, Sacha. Être la rivière, Paris, Presses Universitaires de France, 2020. 

Brunel, Pierre. Mythocritique. Théorie et parcours. Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Écriture », 1992.

Castagnès, Gilles. Au fil de l’eau, au fil des textes. Littérature et pêche à la ligne. Grenoble, UGA Éditions, coll. « Ateliers de l’imaginaire », 2021.

Clavel, Bernard. Légendes des lacs et rivières. Paris, Hachette, 1979.

Durand, Gilbert. Les Structures anthropologiques de l’imaginaire. Paris, Dunod, 1992.

Mentz, Steve. An Introduction to the Blue Humanities, New York London, Routledge, 2024.

Pierron, Jean-Philippe. La poétique de l'eau: pour une nouvelle écologie, Paris,  François

Bourin, 2018.

Paquot, Thierry. Géopoétique de l’eau. Hommage à Gaston Bachelard. Les Lilas, Eterotopia, 2016.

Vigarello, Georges. Une histoire culturelle du sport : techniques d’hier et d’aujourd’hui. Paris, Revue EPS/Robert Laffont, 1988.