"Femmes, Lumières, Égalité : État et enjeux de la recherche sur Louise Dupin" (McGill University)
Extending New Narratives in the History of Philosophy/Pour de nouveaux récits en l’histoire de la philosophie
Journées d'étude internationales
5-6 juin 2026, McGill University (Montréal QC CANADA)
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Femmes, Lumières, Égalité :
État et enjeux de la recherche sur Louise Dupin
Longtemps restée dans l’ombre des Lumières, Louise Dupin (1706-1799) émerge aujourd’hui comme une penseuse majeure de l’égalité des sexes au temps de la première modernité. Ce n’est qu’en 1884 que, pour la première fois, parurent sous son nom certains de ses écrits, issus de ses Portefeuilles. Jusqu’alors, elle n’avait publié de son vivant, sans sa signature, que deux critiques de L’Esprit des Lois de Montesquieu, en collaboration avec son époux et d’autres auteurs. Il fallut attendre les travaux d’envergure menés par Frédéric Marty (Classiques Garnier, 2022), ainsi que par Rebecca Wilkin et Angela Hunter (Oxford, 2023), pour que la reconstitution de son manuscrit Des Femmes voie finalement le jour.
Bien avant d’être dispersés entre plusieurs bibliothèques d’Europe et d’Amérique du Nord, ou de demeurer dans l’ombre de fonds privés, ces papiers manuscrits restèrent sans doute inédits et inachevés en raison de leur approche critique. En effet, vraisemblablement entre 1743 et 1751, Louise Dupin noircit des centaines de feuillets avec l’aide de secrétaires – dont le jeune Rousseau – dans lesquels elle contestait la hiérarchie des sexes imposée par les autorités scientifiques, politiques, religieuses et morales. Elle y amassa une documentation puisée aux sources de l’histoire, afin de prouver qu’« à l’origine, il y avait égalité des droits entre les hommes et les femmes ». Ce faisant, elle ébranlait le socle même de l’ordre public sous l’Ancien Régime, dont la stabilité reposait sur une répartition des rôles sociaux immuable, dictée davantage encore par la subordination féminine, tenue pour naturelle, que par les privilèges de classe – qu’elle ne remettait pas en cause.
L’aboutissement de ces travaux éditoriaux marque ainsi un tournant, dont il est possible de tirer profit aujourd’hui, pour replacer la pensée de Louise Dupin au sein de l’histoire des idées. Ces journées d’étude visent à contribuer aux nouveaux récits en histoire de la philosophie, en s’inscrivant dans une dynamique historiographique actuelle qui consiste à revoir le canon afin de le rendre plus fidèle au passé. De cette manière, l’esprit de nos échanges mettra à l’honneur la méthodologie philosophique même de Louise Dupin qui, en proposant un nouveau récit de l’histoire des femmes, s’attacha à restituer, par le prisme d’une lecture critique tant du passé que du présent, leur liberté, égalité et dignité originelles.
Women, Enlightenment, Equality:
New Perspectives on Louise Dupin
Long in the shadows of the Enlightenment, Louise Dupin (1706–1799) is now emerging as a major thinker on gender equality during the early modern period. It was not until 1884 that some of her short essays were first published under her name. Until then, she was associated only with two unsigned critiques of Montesquieu’s L’Esprit des lois, which saw very small print runs and were attributed mainly to her husband. Recent research by Frédéric Marty (Classiques Garnier, 2022) and Rebecca Wilkin & Angela Hunter (Oxford, 2023) finally brought to light the reconstruction of her manuscript Des Femmes.
Before being scattered among libraries in Europe and North America or disappearing into private collections, these manuscripts remained unpublished and unfinished, likely due to their critical nature. Between 1743 and 1751, Louise Dupin filled hundreds of pages with the help of secretaries, including the young Rousseau. In these pages, she challenged the gender hierarchy imposed by scientific, political, religious, and moral authorities. She gathered documentation from historical sources to prove that « originally, there was an equality of rights between men and women ». In doing so, she challenged the very foundations of the Ancien Régime, whose stability rested on an immutable division of social roles. This division was dictated by women’s subordination – considered natural – as well as by class privilege, which she did not question.
The completion of this editorial work thus marks a turning point that we can now build upon to reposition Louise Dupin’s thought within the history of ideas. This workshop aims to contribute to new narratives in the history of philosophy, aligning with a current historiographical trend that involves revisiting the canon to make it more faithful to the past. In this way, the spirit of our discussions will highlight Louise Dupin’s own philosophical methodology. By proposing a new narrative of women’s history and through critical readings of texts both past and present, she demanded the restoration of their original freedom, equality, and dignity.
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Programme
Vendredi 5 juin 2026
Lieu : Leacock 927, McGill University (855 Sherbrooke O., Montreal)
Session : hybride & intervenant(e)s en présentiel
Fuseau horaire : EDT/UTC-4 (heure de Montréal)
10:00 AM – 10:15 AM: Accueil institutionnel et mot d’ouverture
Lisa Shapiro (Doyenne de la Faculté des arts, McGill University & Principal Investigator, Extending New Narratives)
Eleonora Alfano (Chercheuse postdoctorale, Extending New Narratives, McGill University)
10:15 AM – 11:15 AM:
Frédéric Marty (CY Cergy-Paris Université), Dans le cabinet d’une écrivaine des Lumières : quelques réflexions sur des lectures méconnues de Louise Dupin.
11:15 AM – 11:30 AM: Pause
11:30 AM – 12:30 PM:
Rebecca Wilkin (Pacific Lutheran University) & Angela Hunter (University of Arkansas at Little Rock) as the discussant, Idées séminales : Louise Dupin face à la physiologie de son temps ?
12:30 PM – 02:00 PM: Pause
02:00 PM – 04:00 PM: Session I
02:00 PM – 02:40 PM: Sacha Marignan (Université Paris-Nanterre), La dénaturalisation du tempérament chez Louise Dupin.
02:40 PM – 03:20 PM: Eleonora Alfano (McGill University, Extending New Narratives), « Dira-t-on qu’il faudrait n’être ni homme ni femme pour traiter cette question ? » : qu’est-ce que le sexe ?
03:20 PM – 04:00 PM: Discussion collective
04:00 PM – 04:15 PM: Pause
04:15 PM – 05:00 PM:
Rebecca Wilkin, Frédéric Marty & Angela Hunter, Dupin Book Club : lecture et discussion d’un brouillon inédit.
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Samedi 6 juin 2026
Session : en ligne & intervenantes à distance
Fuseau horaire : EDT/UTC-4 (heure de Montréal)
09:00 AM – 11:00 AM: Session II
09:00 AM – 09:40 AM: Natalia Zorrilla Sirlin (Università Ca’ Foscari di Venezia – McGill University), Conjecture historique et histoire des femmes : Louise Dupin et la genèse de l’inégalité genrée.
09:40 AM – 10:20 AM: Anastassia Depauld (Université du Québec à Montréal), Louise Dupin et l’usage critique de l’histoire : un récit du déclin de la condition féminine.
10:20 AM – 11:00 AM: Discussion collective
11:00 AM – 11:15 AM: Pause
11:15 AM – 12:15 PM:
Elena Muceni (Université de Lausanne), « Quelque chose qu’on devrait tâcher de détruire quand même il n’y avait pas d’autre raison que le respect de l’humanité » : un fragment "inédit" de l’ouvrage Des Femmes sur la prostitution.
12:15 PM – 12:45 PM: Discussion finale et clôture
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Le lien Zoom sera fourni après inscription : eleonora.alfano@mcgill.ca