Spécialistes de dix pays, du Canada au Japon, en passant par la France, la Belgique ou la Norvège, participeront les 24 et 25 avril à Vigo au congrès international Écritures potentielles : l’ordinaire et l’infra-ordinaire, une rencontre coorganisée par les universités de Vigo et de Sorbonne Nouvelle par les professeurs et spécialistes reconnus Hermes Salceda et Alain Schaffner, figures clés dans l’étude de la narration contemporaine française.
En collaboration avec la Sorbonne Nouvelle
Avec la participation de chercheurs internationaux et des exemples emblématiques — de Perec à Roubaud et Garréta —, « cette rencontre aspire à redéfinir la relation entre littérature, espace urbain et mémoire, en ouvrant de nouvelles perspectives critiques et créatives », comme l’explique Hermes Salceda, qui précise que cet événement est en partie la continuation d’un précédent, Pé de letra, organisé en 2009 autour de la potentialité des lettres, et le fruit d’un long parcours de collaborations entre la section de français de l’Université de Vigo et l’Université Sorbonne Nouvelle, notamment avec le laboratoire Thalim — « l’un des principaux centres de recherche en France en littérature contemporaine » —. Ces collaborations incluent des séjours fréquents d’enseignants des deux universités, des projets de recherche conjoints ou encore l’organisation d’événements tels que le symposium Les écritures sous contrainte en Europe, tenu à Paris en juin 2025, ainsi qu’un autre déjà en préparation pour le printemps 2027 sur différents aspects des écritures potentielles.
« De la même manière qu’en 2009, notre congrès peut attirer divers acteurs culturels de la ville de Vigo, tant du monde littéraire que du domaine des arts plastiques », précise Salceda, qui estime que, dans la mesure où le congrès propose une approche expérimentale et ludique de l’écriture et du fait littéraire, « il est probable qu’il attire également les enseignants du secondaire ».
Projections au Marco à partir de ce jeudi
Cette fois-ci, le congrès débutera dans le bâtiment Redeiras de l’Université de Vigo le jeudi 24 à la première heure du matin, mais les activités associées, ouvertes au grand public, commenceront dès cette semaine. La première aura lieu demain jeudi à 19h00 au Marco avec la projection du documentaire Le jour de gloire de Joan Bofill sur Raymond Roussel, l’un des écrivains les plus énigmatiques du XXe siècle. À partir du long métrage Impressions de la Haute Mongolie (1976), que Salvador Dalí et son réalisateur José Montes-Baquer ont consacré à Roussel, plusieurs spécialistes comme Michel Butor dévoilent la figure de cet écrivain et poète, dans un voyage littéraire, musical et plastique qui les mène de Barcelone à Majorque, Madrid, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Autriche et les États-Unis. La projection sera suivie d’un colloque avec le professeur de l’Université de Vigo Alberto Ruíz de Samaniego, l’artiste plasticien Isaac Pérez Vicente et Hermes Salceda lui-même, reconnu expert de l’œuvre de Roussel.
Les projections se poursuivront le lendemain, vendredi 17, également à 19h00 au Marco, avec la projection de Un homme qui dort, film réalisé par l’écrivain français Georges Perec et le cinéaste Bernard Queysanne, à partir d’un scénario écrit par Perec lui-même, fondé sur son roman éponyme.
Exposition sur Raymond Roussel à la Galería Sirvent
Par ailleurs, le jeudi 23 à 19h00, à la veille de l’ouverture du congrès, sera également inaugurée à la Galería Sirvent de Vigo une exposition d’Isaac Pérez Vicente consacrée à Raymond Roussel. « Isaac Pérez Vicente est un artiste plasticien galicien qui travaille depuis des années avec des techniques de création directement inspirées par l’Ouvroir de littérature potentielle et par Raymond Roussel, dont les propositions constituent le corpus fondamental de notre congrès », souligne Salceda.
« Un espace de rencontre entre l’académie, l’art et la société »
Avec l’ensemble de ces activités parallèles au congrès, il s’agit non seulement « d’enrichir l’expérience », mais surtout de générer un espace de rencontre entre l’académie, l’art et la société. À cet égard, Salceda explique que l’exposition et les projections « offrent un regard transversal sur la manière dont les règles d’écriture peuvent transformer notre perception du quotidien, en reliant la création littéraire aux arts plastiques et à l’espace urbain ».
À partir de la réflexion de Georges Perec sur « l’infra-ordinaire », le congrès montrera comment les contraintes d’écriture peuvent renouveler le regard sur la vie quotidienne et générer de nouvelles formes d’écriture. Dans cette perspective, ses responsables expliquent comment l’Oulipo, créé en 1960 par Queneau et Le Lionnais, a cherché à fusionner mathématiques et littérature au moyen de contraintes, ce qui lui a valu des critiques pour son apparente distance par rapport au monde réel. « Toutefois, on analyse si ces pratiques permettent une approche critique et créative du quotidien », précise Salceda, tout en évoquant des exemples tels que les promenades alphabétiques de Roubaud, les poèmes dans le métro de Jouet ou le projet Lieux de Perec.