Œuvre s’il en est synesthésique, interartistique, où les préraphaélites rencontrent Wagner, où les visions seraient de Poe et les correspondances baudelairiennes, où passent Jean Lorrain et Villiers de L’Isle-Adam, où les motifs picturaux inspirent le récit et les psychologies, Monada, recueil de nouvelles paru en 1894, est un incontournable de la littérature finiséculaire.
L’héroïne éponyme, fragile et fanée, pourtant indivisible et immarcescible, comme son nom l’indique, incarne assurément quelque idéal féminin décadent.
On se laissera aussi envoûter par les autres âmes troublées du recueil ; par son inquiétante étrangeté et ses contrées où meurent les amants.
Gabriel Mourey (1865‑1943), écrivain et critique d’art, fut l’un des passeurs des lettres et des arts entre France et Angleterre. Traducteur de Poe et de Swinburne, promoteur du préraphaélisme, il publie, outre Monada, salué par Mallarmé et Huysmans, des romans, des nouvelles et des essais — notamment L’Embarquement pour Ailleurs (1893).