Essai
Nouvelle parution
François de Saint Cheron, Benoît Wirrmann (éds.), André Malraux, la tentation du cinéma

François de Saint Cheron, Benoît Wirrmann (éds.), André Malraux, la tentation du cinéma

Publié le par Marc Escola

Catalogue sous la direction de François de Saint Cheron et de Benoît Wirrmann.

Né six ans à peine après l’invention du cinématographe par les frères Lumière, André Malraux a découvert, pratiqué, pensé et accompagné ce qui devint le septième art.
Dans les premiers écrits du jeune auteur des années 1920, dans l’engagement antifasciste de la décennie suivante, dans ses Écrits sur l’art qui se développent sur plusieurs décennies et dans la politique culturelle qu’il a imaginée dans les années 1960, le cinéma est omniprésent. Aussi, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort d’André Malraux, le catalogue qui accompagne l’exposition André Malraux, la tentation du cinéma à la BNU de Strasbourg propose de porter un regard neuf sur la vie et l’œuvre de l’écrivain.

Au sortir de la Première Guerre mondiale, dès lors que l’on commence à considérer le cinéma comme un art autonome, « Charlot » est devenu la figure cinématographique dominante, un véritable idéal artistique pour les avant-gardes que fréquente Malraux à Paris. Dans sa vingtaine, il découvre aussi à Berlin, saisi dans son fauteuil, le cinéma expressionniste. Mais c’est surtout celui du soviétique Eisenstein qui le marque profondément et qui reste avec celui de Chaplin l’un des deux grands pôles auxquels il se réfère ensuite dans ses écrits et ses discours.

Les années 1930 sont particulièrement placées sous le signe de l’engagement pour Malraux. Résolument antifasciste, il signe des pétitions, prend part à de nombreux meetings, dénonce le régime hitlérien qui a pris le pouvoir en Allemagne. Autant d’engagements politiques avant l’action militaire en Espagne contre Franco, à la tête d’une escadrille. De son expérience du combat de l’autre côté des Pyrénées et de la fraternité qui en découle, Malraux tire un roman, L’Espoir, et plus tard un film, Sierra de Teruel.
Après-guerre, l’écrivain, qui a abandonné le genre romanesque, consacre plusieurs pages au cinéma dans ses Écrits sur l’art et dans son Miroir des Limbes. Rallié au général de Gaulle et devenu le premier « ministre de la Culture », il soutient pendant près d’une décennie la Cinémathèque française d’Henri Langlois avant de vouloir se séparer de ce dernier, ce qui provoque une fronde du cinéma mondial. Au soir de sa vie, la tentation du cinéma semble toujours, malgré tout, aussi grande. L’avènement de l’audiovisuel ne fait que le confirmer. Pour l’Art, encore.

Malraux cinéaste ? Une fois. Mais Godard l’a placé en bonne place dans son Histoire(s) du cinéma. Rien que pour cela, cela méritait bien un long traveling, non ?

Exposition à la BNU, Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg, mars-juin 2026.