Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2008
Mai 2008 (volume 9, numéro 5)
Laurène Hoffmann

L’humour québécois

Humoresques, 25, 2007 : L’humour québécois. Textes réunis par Lucie Jaubert.

1Pour ce nouveau numéro d’« Humoresques », l’Association pour le développement des recherches sur le Comique, le Rire et l’Humour s’intéresse à l’humour québécois. Ce n’est pas aux humoristes contemporains, omniprésents dans la société, mais plutôt à leurs prédécesseurs qu’est dédié cet ouvrage, afin de mieux comprendre cette agitation autour de l’humour et plus particulièrement de l’humour québécois. De l’humour politique à un humour que l’on pourrait qualifier de plus léger, sans omettre l’humour visuel ainsi que l’humour dans le conte surnaturel et la littérature fantastique, les collaborateurs de ce numéro nous révèlent tout sur l’histoire de l’humour québécois.

2Comment l’humour québécois a-t-il réussi à s’accoutumer aux différents courants historiques, politiques, économiques et sociaux ?

3Comment se manifeste l’humour au Québec au XIXe siècle alors que le Canada connaît une véritable évolution politique ? C’est la question que Robert Aird se pose ici. Comment l’humour peut-il être libérateur ? La presse est alors le meilleur vecteur de l’humour et la politique constitue tout au long du siècle sa matière première que l’on peut retrouver à travers les différents journaux, tels que Le Canadien , le Fantasque, le Canard ou bien encore l ‘Opinion politique. La presse est railleuse. Tandis que Le Canadien utilisait des sujets sérieux pour prôner la faconde de manière tout à fait accorte , Le Fantasque encourageait à la liberté de penser et de s’exprimer et développe les œuvres fictives, visant tout autant à ridiculiser les hommes politiques. Berthelot , avec Le Canard, relance l’humour qui connaît une période creuse depuis la fin du Fantasque au milieu du siècle. C’est en étant moins « politisé » , qu’il s’en prend aussi bien au fond qu’à la forme de la politique. Il ne perd pas de vue que l’humour reste, avant d’être un moyen de combattre , un moyen de divertir. Robert Aird n’oublie pas non plus de mentionner Henri Julien ,qui introduit les dessins satiriques, et donc le caractère visuel de l’humour, dans la presse.

4C’est justement sur ce caractère visuel de l’humour que se penche Mira Falardeau. L’humour véhicule une opinion , encore très politique. La place des caricatures ne cesse de croître et celles-ci font succès notamment dans le journal d’ Hector Berthelot, Le Canard qui publie des histoires en images, bien que le créateur des histoires à suivre fût La Scie illustrée en 1866. Bien que la presse soit engagée, elle n’en est pas moins destinée à tous et l’apparition de la bande dessinée lui donnera la possibilité d’atteindre ce but. Les moyens techniques progressent et les deux héros de la bande dessinée québécoise apparaissent : Timothée et Baptiste Ladébauche. Dès le début du XX ème siècle, l’humour arrive sur l’écran, grâce à Raoul Barré qui crée le premier studio de dessin animé à New York en 1913. Comment instruire par l’humour ? C’est ce qu’essaieront de faire Barré, ainsi que l’office national du film quelques années plus tard. Mais tous ces changements n’auraient pu avoir lieu sans le développement technique et technologique qui permet à l’humour de s’ingérer dans la vie quotidienne.

5Cette dimension quotidienne de l’humour n’est pas nouvelle. Le rire occupait une place importante au XIXème siècle notamment dans le conte surnaturel. Michel Fournier nous démontre la double fonction du conte surnaturel, il dissocie la tradition orale dans le conte de la tradition écrite. Si les deux entretiennent une relation étroite avec la culture populaire, ils n’entretiennent pas pour autant la même relation avec l’humour. Alors que le premier reflète le rapport ludique que la société a au monde, l’autre se rapproche d’avantage de la culture officielle. Selon Michel Fournier, le conte permet d’intégrer dans la culture la dimension surnaturelle par le biais par exemple, de la « transgression » linguistique et remplit une fonction de distance par rapport à l’irrationnel.

6Georges Desmeules nous éloigne de l’irrationnel et nous rapproche de l’étrange, du fantastique. En quoi l’humour fantastique trouve-t-il son origine dans la double identité du Québec ? Georges Desmeules nous montre ici l’ambivalence de l’humour par divers exemples ayant tous un lien avec la mort. Comment peut-on faire rire grâce à la peur ? Le rire transporte un message d’espoir, que l’on peut retrouver dans la nouvelle de Roch Carrier « La Fin ». L’humour est véhiculé par l’absurdité de la situation et du personnage. La dérision est le maître mot de la nouvelle de Michel Tremblay « Le Pendu ». Cependant, c’est dans la nouvelle de Paul Paré, « On ne peut pas tout savoir », que l’esprit imaginatif du lecteur est le plus sollicité. Ici, Paul Paré entre dans une dimension fantastique, qu’il intègre toutefois à la vie quotidienne. Ces auteurs, et d’autres encore, font appel au lecteur et à sa créativité plus que jamais, en traitant ironiquement des scènes de la vie quotidienne qui ,à priori, n’avaient rien de comique.

7Mais l’humour au Québec passe-t-il toujours par la voix écrite ? Dans son argumentation, Michèle Nevert nous éclaire sur la capacité qu’a l’humour à s’adapter à tous supports, notamment le support visuel. L’humoriste existait déjà au Moyen âge, sous un autre nom : le bouffon. Tantôt bouffons des rues, tantôt bouffons des rois, ces personnages avaient pour but d’attirer l’attention, de faire rire, pouvaient se permettre beaucoup de choses, le tout excusé par la folie. Bien plus récemment , l’humour est à la télévision, dans La Petite Vie( de Claude Meunier) ou encore dans Sol (de Marc Favreau). Même si les mentalités ont changé, la folie reste un motif d’humour, les personnages souffrent de troubles, ont des comportements inattendus, insensés. Et c’est par la langue qu’ils font rire. Les jeux de langages n’ont jamais été aussi omniprésents et fusent sans oublier de rappeler l’importance de l’école et de l’éducation et sans entraver la langue française, plus qu’importante aux yeux des québécois.

8Cette langue française, ayant une grande valeur pour les québécois, Michel Olscamp nous en parle, à travers un écrivain « considéré comme l’un des plus grands écrivains de l’Amérique francophone », Jacques Ferron. C’est avec humour que Ferron traita le sujet de l’étranger et plus particulièrement celui de la France. Le rapport ambigu du Canada avec la France fût sa source d’inspiration. Influencé par la littérature française, il prendra la France et ses contemporains et son passé comme cibles tout en préconisant l’indépendance littéraire du Québec.

9Christian Morin lui aussi, s’intéresse à la peur comme source d’humour, mais cette fois-ci dans un roman de Réjean Ducharme « L’Avalée des avalés ». Après un brève définition de l’humour (qu’il distingue de l’ironie) ,Christian Morin dissèque les différents procédés utilisés par Réjean Ducharme pour susciter le rire. Comment des situations hors du commun, des contrastes et des ruptures peuvent-ils alimenter le rire ? C’est essentiellement par les jeux de langage qu’il va ironiser la situation familiale particulière de la protagoniste principale, Bérénice. Le concept de la mort intervient ici aussi et est tourné en dérision, tout comme l’état de « passion dysphorique » . Cette notion d’inhabituel, tant concernant la situation , que les mots usités ou bien encore les actions et réactions (affectives ou non) de Bérénice, créent un effet de surprise sans appel. Cette idée est d’autant plus renforcée par le jeune âge de Bérénice qui se comporte en adulte . Cependant, ici aussi le lecteur est sollicité. Il doit faire preuve d’imagination quant aux situations dans lesquelles se trouve Bérenice.

10Mais qu’en est-il de nos jours ? Comme mentionné précédemment, l’humour occupe une place importante (à enjeu commercial) dans la société actuelle au Québec. Dans cette partie, Lucie Joubert fait la distinction entre deux humours : l’humour médiatique et l’humour littéraire, dit « un peu plus subtil ». Les humoristes modernes tentent de jouer sur les deux tableaux, ils écrivent et sont à la fois sur scène ou à la télévision, peut-être par crainte de n’être qu’éphémères à l’écran. Mais certains lecteurs, comme Lucie Joubert, sont nostalgiques de l’humour littéraire, le vrai, celui où le lecteur doit s’investir. Phénomène encore non évoqué dans cet ouvrage :les femmes. Ce n’est que maintenant qu’elles entrent en scène avec comme principal sujet l’amour et les hommes. Par quelques exemples, elle prend position en faveur des femmes, encore peu reconnues sur le marché de l’humour. Où sont passés les livres dont faire rire n’est pas le seul but ? La Gloire de Cassiodore fait partie de ces ouvrages qui retournent aux sources, utilisent l’ironie et nous montre que « l’humour n’est plus une fin en soi ».

11Comme pour expliquer ou justifier l’omniprésence actuelle de l’humour au Québec, les collaborateurs de ce numéro d’« Humoresques » nous fournissent des détails et informations concernant ce phénomène. L’humour peut avoir de bien nombreuses facettes qui évoluent ou non au cours des années, voire même des siècles. Si les jeux de langages ont toujours été présents, ce n’est pas le cas de l’humour dit « visuel ». Quant à l’humour politique, il a sans cesse été modifié et adapté aux différentes époques. Chaque procédé offre un effet différent selon les personnes, les périodes, etc. On sera donc curieux de savoir comment les québécois, sans renier les siècles passés, vont intégrer et exploiter les nouvelles formes de communication pour poursuivre leur tradition sans accorder toutefois à l’humour une place excessive.