Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2007
Novembre-Décembre 2007 (volume 8, numéro 6)
Aurélia Sort

Dramaturgie de Rotrou

J.-Y. Vialleton, avec S. Macé, Rotrou, dramaturge de l’ingéniosité, Paris, PUF/CNED, 2007.

1L’ouvrage que donnent J.-Y. Vialleton et S. Macé est un vade-mecum pour les agrégatifs de cette année et leurs professeurs. Clairement destiné au public des « agrégatifs », il est organisé en deux volets, un cours général qui donne toutes les bases nécessaires à l’étude des trois œuvres, et une deuxième partie constituée d’épreuves types sur les œuvres au programme (dissertation, explication de texte, épreuve de grammaire, leçon, commentaire stylistique).

2La partie cours est efficace et fonctionnelle : ne répétant jamais ce que l’on peut trouver dans les introductions des éditions au programme, elle va à l’essentiel tout en proposant des pistes d’approfondissement. Elle pourra donc aussi servir, en dehors du cadre de l’agrégation, de vaste répertoire bibliographique pour une étude sur Rotrou et le théâtre du xviie siècle. Les auteurs s’emploient en effet à donner des mises au point denses et concises sur chaque aspect nécessaire à la préparation du programme, associées à chaque fois à leurs références bibliographiques essentielles, qui sont utiles au plus haut point pour qui veut se renseigner sur cet auteur et cette période.

3L’orientation globale du cours est définie en introduction, comme une volonté de montrer que « les pièces de Rotrou ne témoignent pas d’une ambiguïté « baroque », mais qu’elles doivent se comprendre comme relevant dans leur dramaturgie de l’aristotélisme et dans leur invention de la rhétorique de l’ingéniosité ». Et de fait, les auteurs adoptent une perspective globale marquée par l’orientation dramaturgique et rhétorique prise dans les trente dernières années par les études théâtrales sur le xviie siècle. Mais si cette thèse sert de fil directeur, et donne lieu à de stimulantes réflexions sur le « conceptisme » de Rotrou (partie sur la violence au sein des alliances pour Antigone, partie sur le merveilleux et le vraisemblable concernant Venceslas, et point sur le « scintillement du poème » pour Genest), le livre suit un véritable parcours à travers les différentes contrées des études théâtrales dix-septièmistes, en les explorant une à une à l’aide d’une systématique mise au point historique et critique, tout à fait claire et utile : commençant par un exposé sur Rotrou, sa carrière et sa fortune critique (chapitres 1 et 2), le cours met en place ensuite les connaissances nécessaires à la mise en contexte des œuvres au programme, par l’examen des conditions matérielles de la vie théâtrale, puis des tendances de la dramaturgie dans cette période particulièrement féconde (chapitre 3 : « Rotrou et le théâtre de son temps »). À partir de cette mise en contexte, le propos en vient à des questions plus techniques concernant la dramaturgie de Rotrou : le chapitre 4, « la construction des intrigues », comme celui qui concerne la constitution des personnages (chapitre 5, « les caractères des personnages et leurs émotions »), résument, synthétisent, et appliquent pertinemment les conceptions développées par G. Forestier et ses élèves au théâtre de Rotrou, et à chacune des pièces au programme, en suivant les différents chapitres de la théorie dramatique et rhétorique aristotélicienne. La scénographie et la question des unités (chapitre 6, « la poétique du temps et de l’espace ») trouvent naturellement leur place à l’issue de cette étude dramaturgique. Puis le cours examine les fondements de l’écriture en elle-même, poétique et rhétorique (chapitre 7, « les pièces comme poèmes »), un examen rapide qui conduit à la théorie de l’invention ingénieuse, et donc à la question de la signification et de l’interprétation des œuvres (chapitre 8, « le théâtre et l’existence »).

4Ces deux derniers chapitres, qui formulent des hypothèses intéressantes et à discuter, trouvent un prolongement dans les exercices du volet suivant. La question de la signification est mise en application dans le sujet de dissertation sur la Fortune et le destin, qui donne une étude complète et problématisée de l’esthétique tragique de Rotrou ; la mise au point rhétorique s’illustre dans le commentaire stylistique, qui traite du « style pathétique » et en donne une analyse exhaustive, qui pourra servir de référence pour commenter tout passage de cet ordre. Quant à l’exercice de la leçon, sur « Lumière et Ombre », il approfondit certains motifs et réseaux métaphoriques des œuvres tout en proposant un modèle pour traiter des sujets thématiques. Joints à l’explication de texte et à l’étude grammaticale qui l’accompagne, ces exercices servent donc de méthodologie par l’exemple.

5Enfin, le livre offre une bibliographie complète sur Rotrou et les œuvres au programme, assortissant d’un commentaire les références aux ouvrages fondamentaux sur l’auteur et les éditions de ses textes.

6Les agrégatifs devraient donc faire leur miel de ce livre clair et pédagogique qui ne suppose aucune connaissance préalable, mais qui donne constamment des pistes bibliographiques pour l’approfondissement du propos et expose les derniers acquis de la recherche dix-septiémiste dans des synthèses utilisables directement pour l’étude des œuvres.