Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2007
Octobre 2007 (volume 8, numéro 5)
Samuel Minne

Queeriosités

Queer Sexualities in French and Francophone Literature and Film, French Literature Series, volume 34, 2007.

1Depuis 1974, la revue French Literature Series, de l'université de Caroline du Sud, livre un numéro annuel portant sur un sujet générique (« The French Short Story » en 1975, « Autobiography » en 1985, « Poetry and Poetics » en 1991), thématique (« Eroticism » en 1983, « The Child » en 2004...), théorique ou critique (« Irony and Satire » en 1987, « Narratology and Narrative » en 1990, « Feminism » en 1989, ...).

2Ce trente-quatrième numéro est consacré aux sexualités « queer », un terme dont William F. Edmiston définit bien la brève histoire critique et le sens théorique. En reprenant l'analyse de Donald Hall1, « queer » en tant que nom renvoie aux identités sexuelles minoritaires, alors qu'employé comme adjectif, le même mot désigne ce qui défie les systèmes d'identification, tandis que le verbe « to queer » signifie perturber et remettre en cause les notions de normalité. Le présent numéro, issu d'un colloque tenu en 2006, s'attache donc à explorer les sexualités minoritaires dans la culture francophone, et les manières dont des textes littéraires ou des œuvres cinématographiques perturbent les représentations conventionnelles de la sexualité et de l'identité sexuelle. Il est cependant dommage qu'Edmiston, tout en synthétisant avec clarté les discussions américaines, ne cite guère le contexte français, prenant pour acquis l'universalité du queer en tant que théorie, alors que sa réception en France est rien moins que problématique2.

3Ce numéro rassemble quatorze articles. Si deux des contributeurs sont rattachés à l'université française, et d'autres à la Norvège, au Royaume-Uni et à l'Australie, les auteurs proviennent majoritairement de la recherche des États-Unis, ce qui rend difficile de modifier et permet à peine de nuancer le constat de Didier Eribon il y a près de dix ans : « il est assez édifiant de constater que c'est un collectif de chercheurs étrangers (canadiens et américains) qui a récemment publié un volume sur l'histoire de l'homosexualité en France du XVIIIe au XXe siècle »3. En histoire, où la recherche sur les sexualités s'est quelque peu développée en France, un recueil collectif récent publié en France repose encore beaucoup sur des chercheurs anglo-saxons4. S'il est flatteur que les chercheurs étrangers s'intéressent autant à la littérature francophone5, il est plus inquiétant de trouver si peu de répondant de la part de la recherche française.

4Les articles sont ordonnés suivant la chronologie des œuvres discutées, du Moyen Âge au XXIe siècle ; à l'exception notable des textes d'Hélène Fleckinger et de Lawrence R. Schehr, ils analysent des auteurs canoniques ou célèbres. Deux articles incluent des films dans leur corpus, la seule femme à laquelle un article est consacré est George Sand, et seul un article aborde les livres d'auteurs belges, ce qui limite quelque peu l'impact du titre : mises à part ces exceptions, l'ouvrage aurait pu tout aussi bien s'intituler « Queer Approaches on Gay French Literature ». Si devant la prédominance des auteurs masculins on regrette la rareté d'études sur la littérature et le cinéma féminins ou transgenres, on saura gré aux organisateurs du colloque et au directeur du volume d'avoir cependant ouvert la problématique, et permis d'aborder autant d'époques, d'auteurs, de domaines et de champs (y compris la musique, non citée dans le titre du recueil).

5Dans « Sodomy, Allegory, and the Subject of Pleasure », Michael A. Johnson étudie l'opposition médiévale entre l'expression allégorique et l'expression euphémique, qu'il rapproche à la fois des deux modes de lecture décrit par Roland Barthes dans Le Plaisir du texte, l'« intermittence » et le « strip-tease », et de modes de lecture qualifiés de « correct » ou de « sodomitique » au Moyen Âge. Son article porte sur Le Roman de la rose de Jean de Meun et Guillaume de Lorris, en particulier sur deux manières de parler des testicules de Saturne qui opposent de manière irréconciliable Amour et Raison. Raison privilégie le langage littéral, qui lui permet de construire un sens allégorique spiritualisé, mais finit en fait par abstraire le corps et par le nier en le sublimant. A l'opposé, Amour est taxé de lecture incorrecte et donc « sodomitique » par Raison, à cause de son goût pour l'euphémisme. Favorisant l'intermittence, il respecte cependant davantage la matérialité du corps dans sa présence silencieuse. La démonstration, menée avec logique, est convaincante, mais il est regrettable que Johnson ne s'appesantisse pas sur le lien qu'il pose entre un certain mode de lecture et la sodomie : s'agit-il d'un rapprochement commun chez les auteurs médiévaux, ou est-ce un effet de sa propre lecture ? L'article repose surtout sur la psychanalyse, et le recours à l'histoire culturelle aurait permis d'approfondir l'analyse6 : la comparaison avec l'interrogation sur le sexe de Nature dans La Plainte de Nature d'Alain de Lille est bienvenue mais trop peu développée. Le manque d'espace a sans doute également empêché de mettre en relation le texte avec la vision de la sodomie au Moyen Âge7.

6Lise Leibacher-Ouvrard s'intéresse, dans « Divergences et Queeriosités : Ovide moralisé ou les mutations d’Iphis en garçon » (XIIe-XVIIIe s.) », aux traductions et adaptations d'un mythe ovidien qui reste un rare exemple de lesbianisme dans la culture antique. Bien documenté et très au fait des théories queer, son article dense montre comment les auteurs vont refaçonner la métamorphose de la jeune Iphis en homme, suivant leurs fantasmes ou une volonté de censure. L'auteure s'appuie sur un corpus qu'elle connaît bien et qu'elle étudie avec un plaisir communicatif. De l'Ovide moralisé qui part dans une digression sur les tribades, à la pièce d'Isaac de Benserade qui subvertit la norme hétérosexuelle, en passant par Christine de Pizan et Montaigne, elle retrace la mise au pas du mythe christianisé, qui se concentre sur la métamorphose pour célébrer le couple hétérosexuel et faire l'apologie tour à tour de la virginité ou de la procréation. Son examen minutieux des traductions et adaptations du mythe d'Iphis et Ianthé permet d'éclairer aussi à chaque fois les conceptions de la sexualité et des genres sexuels, et les positions profondément divergentes d'un auteur à l'autre et d'une période à l'autre.

7Avec « A Modest Proposal for Queering the Past : A Queer Princess with a Space of Her Own », Pierre Zoberman se concentre sur le XVIIe siècle, à travers la figure historique de Monsieur, Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, et le roman de Madame de Lafayette La Princesse de Clèves. C'est pour prendre en compte la réalité historique et l'écart entre les schémas conceptuels de l'époque que Zoberman propose de relire l'identité de Monsieur à travers son rôle dans la lignée dynastique et la représentation royale. À la fois père d'héritiers et prince munificent, il renforçait la norme hétérosexuelle malgré son homosexualité notoire : Zoberman conclut avec justesse que s'il était gay, il n'était pas queer, puisqu'il ne perturbait pas les normes. La princesse de Clèves lui semble un personnage plus transgressif, dans une analyse où il emprunte beaucoup à la critique féministe américaine qui s'est déjà penchée sur le roman de Madame de Lafayette. Il recourt de manière intéressant à l'intertextualité avec une Phèdre non encore écrite pour expliquer les aveux de la princesse, pour lesquels Genette ne voyait pas de motivation. N'agissant pas selon son sexe, et évitant sagement de se mettre à nouveau sous la coupe d'un homme à la fin du roman, elle apparaît pour Zoberman cartésienne dans sa maîtrise des passions, et queer par sa sexualité (ou son asexualité) mystérieuse.

8« Rousseau's Queer Bottom : Sexual Difference in the Confessions » d'Angela N. Hunter s'intéresse à une partie du corps privilégiée chez Jean-Jacques Rousseau. Revenant sur la fameuse scène de la fessée que Mlle Lambercier inflige au jeune Rousseau, Hunter étudie l'érotisation du derrière dans les Confessions, comme substitut du désir sexuel génital. Elle rappelle que Mlle Lambercier elle-même a involontairement exposé ses fesses au roi de Sardaigne, et éclaire l'exhibitionnisme de Rousseau, qui montrait son derrière aux jeunes femmes : « Ce qu'elles voyaient n'était pas l'ojet obscène, je n'y songeais même pas, c'était l'objet ridicule ». Le déplacement du sexe vers une autre partie du corps n'est cependant pas une marque d'homosexualité chez Rousseau, et Hunter expose avec rigueur le paradoxe sur lequel repose le désir sexuel chez Rousseau : à travers le fessier, Rousseau peut à la fois exprimer son désir pour les femmes et s'identifier à celles-ci. L'hétérosexualité de Rousseau est donc indéniablement inattendue et queer. Tout en choisissant un auteur a priori éloigné des questionnements de la théorie queer, Hunter parvient à livrer une analyse convaincante, loin des défauts caricaturaux prêtés à ces approches8.

9Guri Ellen Barstad consacre son article « Mademoiselle de Maupin, fluctuations identitaires et sexuelles » au roman de Théophile Gautier, connu pour son jeu sur l'identité sexuelle et la bisexualité. Elle enrichit les approches précédentes de l'oeuvre, en allant plus loin dans la valorisation du changement de la sexualité dans le couple hétérosexuel du roman, formé par Albert et Rosette. En employant l'ornement comme grille de lecture, on peut ainsi voir de manière dynamique la formation des couples autour de Madeleine de Maupin, travestie en Théodore. L'arabesque est montrée comme un motif marginal qui tend à déborder du cadre, comme le queer, et les interrogations sur la bisexualité et l'identité sexuelle suscitées par le personnage de Théodore/Madeleine redéfinissent ainsi le couple formé in fine par Albert et Rosette, indubitablement marqué par le passage de l'amante androgyne et ambiguë.

10De manière inattendue dans le cadre du volume, James F. Hamilton propose avec « Gender Convergence in Sand's La Mare au diable, a Contrasexual Reading », de relire le roman de George Sand à travers la psychanalyse jungienne. L'originalité de sa lecture repose sur l'inversion du point de vue : le schéma de l'ego-héros Germain accompagné de l'Anima Marie est renversé en ego-héroïne accompagnée de son Animus. L'adjectif « contrasexuel » qu'il emploie pour faire référence à la bisexualité psychique universelle et à la convergence de genre chez les personnages de fiction, est attaché en France au livre de Beatriz Preciado, Manifeste contra-sexuel9, qui conteste les catégories sexuelles et la notion de sexualité. Or, si Hamilton admet la variation de genre en postulant une bisexualité originelle, il s'effarouche devant l'hypothèse d'une anima masculine lancée par un psychothérapeute homosexuel. L'approche jungienne permet de mettre à jour les archétypes présents dans La Mare au diable, mais relève d'un symbolisme très stéréotypé et paraît donner une vision hétérocentrée des genres sexuels. L'article relève cependant le mélange de masculin et de féminin dans le roman, et le comportement « féminin » de Germain10, qui confirme son statut d'Animus, ainsi que le rôle prépondérant de Marie. Germain peut ainsi apparaître comme l'agent de l'initiation de l'héroïne Marie. L'ensemble met clairement au jour la richesse symbolique du roman.

11L'article de Samuel N. Dorf, « ''Etrange n'est-ce pas ?'' The Princesse Edmond de Polignac, Erik Satie's Socrate, and a Lesbian Aesthetic of Music ? » rompt avec les limites assignées au recueil par son titre. En effet, l'article s'attache à une œuvre musicale, et non à la littérature ou au cinéma. Il permet de revenir sur la personnalité peu connue de Winnaretta Singer, l'héritière des industries Singer qui, après un mariage malheureux annulé par le Vatican, avait épousé Edmond de Polignac, comme elle homosexuel. Sa fortune lui a permis de financer plusieurs des plus grands compositeurs et pianistes de la première moitié du XXe siècle, faisant d'elle l'une des plus grandes mécènes musicales de son temps. Sa commande d'un opéra sur Socrate auprès d'Erik Satie réunit deux êtres ambigus : la lesbienne discrète, qui cherche à cacher sa vie privée au point de consacrer sa passion de l'Antiquité à Socrate alors que Natalie Barney et Renée Vivien relisaient Sappho, et le compositeur excentrique, à la vie privée plus secrète encore, bien qu'entouré d'homosexuels décomplexés tels que Francis Poulenc ou Virgil Thomson.

12Le projet de l'article de Nathan Guss, « Outing Proust », semble bien inutile, tant l'homosexualité de Proust est devenue un lieu commun des études proustiennes, un secret de polichinelle étudié par Julius Edwin Rivers ou Eve K. Sedgwick - même son lesbianisme a été exploré par Elisabeth Ladenson. En fait, cet article revient sur Jean Santeuil, le roman de jeunesse de Proust, publié de manière posthume. Il s'agit d'une « microlecture » qui revient sur une scène importante du roman, mais hautement ambiguë. Il rapproche une scène de dispute entre Jean Santeuil et ses parents d'un événement biographique de Proust, l'interdiction par ses parents de revoir son amant Lucien Daudet. La scène suivante, où le personnage se revêt du manteau de sa mère, pose problème : elle dévoile en apparence l'homosexualité du personnage à travers le travestissement, mais s'accompagne de toute une rhétorique dénégatrice.

13Auteur peu étudié dont l'oeuvre est pourtant particulièrement riche, Marcel Jouhandeau est l'objet de « The Anus of Tiresias: Sodomy, Alchemy, Metamorphosis » d'Ed Madden. Faisant partie des Ecrits secrets de Jouhandeau publiés anonymement en 1954, Tirésias dévoile sans fard mais avec une écriture poétique la découverte tardive et fascinée que fait le narrateur du rôle de pénétré auprès de robustes prostitués. La figure mythologique de Tirésias, souvent associée au transsexualisme, vient soutenir l'identification du narrateur avec une femme depuis ce nouveau statut, qui le met du côté du plaisir féminin et non plus seulement du côté de la connaissance masculine. La transformation de l'homme en femme s'associe aux métamorphoses des amants en animaux, créatures mythologiques ou dieux. Ces métamorphoses soulignent à la fois le côté mécanique et bestial de la sexualité et son côté mystique, permettant de sortir de soi et de se transformer lors de l'« alchimie du Plaisir ». Tout en rappelant l'importance et la spécificité de l'érotisme homosexuel11 (rappelant Le Désir homosexuel de Guy Hocquenghem), l'article d'Ed Madden éclaire brillamment une œuvre unique et singulière dans son approche littéraire d'une expérience considérée comme transgressive et ésotérique.

14Elizabeth Stephens semble s'attaquer à un sujet rebattu avec « Queer Writing: Homoeroticism in Jean Genet's Fiction ». Son article se concentre en fait sur la figure du narrateur chez Jean Genet et développe surtout une réflexion théorique. Stephens entend prendre acte à la fois des contradictions exprimées au sein de son œuvre, et du gouffre entre la biographie de l'auteur et de son oeuvre, où l'homosexualité est trop souvent rapportée à la vie de l'auteur. L'article cherche plutôt à lier le thème de l'homoérotisme aux choix littéraires de Genet, sa lutte contre le discours dominant et sa perversion concertée du langage

15Hélène Fleckinger revient sur l'effervescence qui a entouré le FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire) dans les années 1970. « Nous sommes un fléau social: cinéma, vidéo et luttes homosexuelles » se penche sur les films et les documents vidéos laissés par les membres et sympathisants du mouvement, reflet de leurs revendications et instruments de contestation politique. Ces films militants donnent une conception révolutionnaire de la sexualité (Lionel Soukaz en est le représentant le plus connu), plutôt féministe chez les militantes lesbiennes(avec le collectif Vidéa). L'audace politique de ce cinéma se double d'une originalité esthétique, autour de l'autobiographie et de la mise en scène du corps chez Maria Klonaris et Katerina Thomadaki (Double labyrinthe, 1975-1976), ou à travers la théâtralité des « folles » efféminées dans La Banque du sperme de Philippe Genet et Pierre Chabal (1975), mettant en oeuvre une véritable « mobilisation érotique », comme l'écrivait joliment Jean-François Garsi12.

16« Révélations intimes: Vers une Cartographie queer du sud-Ouest » de Philippe C. Dubois révèle bien le projet poursuivi : à la convergence des films d'André Téchiné et de François Ozon, que complètent les de Roland Barthes ou de Fabrice Neaud, le sud-ouest de la France apparaît comme un territoire de circulation des désirs, un espace érotique privilégié. Lieu de la drague, des désirs troubles et de la fluidité de l'identité, cet espace clairement investi par ces artistes ne semble cependant pas avoir d'autre spécificité.

17Il semblerait étrange de trouver l'article de Douglas Morrey sur Michel Houellebecq, grand peintre de l'hétérosexualité, dans un recueil collectif sur les sexualités queer. « Stop the World, or What's Queer about Michel Houellebecq ? » explique cependant comment le sexisme de ses romans peut se retourner contre les normes. La description d'une sexualité réduite au rang de marchandise, portée sur la violence ou vouée à la frustration, fait en effet en écho aux critiques lancées par des féministes comme Sheila Jeffreys aux dérives de la libération sexuelle. Comme le suggère son titre (« Stop the World »), cet article s'appuie aussi sur No Future: Queer Theory and the Death Drive de Lee Edelman13. La Possibilité d'une île présente un refus de l'avenir inattendu dans un roman de science-fiction, et conteste une société hétérosexuelle consumériste14.

18Lawrence R. Schehr passe en revue une vingtaine de romans gays publiés entre 1999 et 2005 dans « Recto/Verso: Mapping the Contemporary Gay Novel ». Il montre comment ces romans, souvent pornographiques, qu'il n'a pas choisi pour leurs qualités littéraires mais pour leur représentativité, créent sur le modèle du quartier du Marais à Paris un espace nouveau qui échappe aux préjugés sur la séropositivité, les modes de vie gays et l'homoparentalité (Marc Vilrouge). Ils déjouent une norme hétérosexuelle qui ne s'applique plus sur ses personnages ni dans les lieux où ils évoluent. Schehr montre aussi combien l'identité et la sexualité apparaissent comme postmodernes (Bahaa Trabelsi, Alexandre Legrand, Pierre-Arnaud Jonard), même chez des auteurs peu préoccupés de créer une oeuvre littéraire (Lionel Duroi, Antoine Saron).

19Tous ces articles traversent plusieurs époques, avec des conceptions de la sexualité différentes de la nôtre ou très proches, côtoient des auteurs qui n'ont que peu en commun, et étudient des œuvres peu comparables,. L'objectif n'est pas de les rapprocher, mais bien de montrer l'applicabilité et l'efficacité des approches queer quelles que soient les époques et les œuvres, pour peu que ces dernières contiennent en germe ou de manière déclarée la conscience des singularités sexuelles et/ou la recherche d'une subversion des normes. L'examen des notions de l'époque ou la volonté de réinsérer les textes dans leur temps en tenant compte du contexte historique vient contrebalancer la vision très neuve qu'apporte la critique queer, non sans révéler la remise en cause des normes sexuelles opérées par ces œuvres, et l'audace sur ces sujets dont font preuve des textes d'époques antérieures (sans pour autant les voir de manière anachronique comme « en avance sur leur temps »).

20Le recueil est alors passionnant dans sa confrontation des textes ou des films inscrits dans parmi les œuvres classiques et « mainstream » (généralistes), et ceux qui sont estampillés « gays et lesbiens ». La perspective sur plusieurs siècles permet, toutes proportions gardées vu le nombre moyen d'articles, d'apprécier les différentes approches des sexualités à travers les œuvres, du Moyen-âge au XXIe siècle.

21La multiplicité des approches à partir de quelques thèmes communs (la pluralité et la diversité de l'hétérosexualité, le bouleversement apporté par la bisexualité, l'androgynie ou le changement de sexe, le point de vue de l'homosexualité) manifestent enfin l'attention passionnée avec laquelle les auteurs de ce recueil collectif se penchent sur les textes ou les films, non pour y trouver une vérité sur le sexe, ni même simplement ébranler des certitudes, mais parce qu'ils y retrouvent la singularité des expériences et le plaisir que seul procure l'art.