Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2007
Septembre 2007 (volume 8, numéro 4)
Alissa Le Blanc

Enquête sur l'évolution littéraire. 1800-1900

Histoire de la littérature française du XIXe siècle, sous la direction de Jean-Pierre Bertrand, Philippe Régnier et Alain Vaillant. 2e édition actualisée, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire de la littérature française" », 2007.

1Cette nouvelle Histoire de la littérature française du XIXe siècle, revue et augmentée par rapport à la première édition (1998) est un ouvrage composé à trois mains. Voici d’abord une rapide présentation des auteurs.

2Les auteurs relèvent la gageure d’écrire une nouvelle histoire littéraire du dix-neuvième siècle, une tâche rendue particulièrement ardue selon eux par la richesse et l’instabilité des événements socio-politiques qui ont animé cette période, qu’ils définissent en introduction comme un « maelström permanent ». Marquée par ces bouleversements majeurs, mais aussi par l’essor des sciences sociales, par l’intensification des échanges entre les différents arts ou par la mutation du système de production littéraire, la littérature du XIXe siècle apparaît en effet plus que jamais comme un objet mouvant, dont il est difficile de fixer la trajectoire.

3L’ouvrage s’adresse essentiellement à un public estudiantin (premier et second cycles universitaires) et aux professeurs de l’enseignement secondaire. Si les auteurs ont nécessairement dû faire des choix pour condenser leur propos en 642 pages, l’entreprise de synthèse s’avère réussie, car elle ne procède ni par raccourcis, ni par approximations. Entre manuel et essai, la réflexion d’ensemble et de détail s’affirme au contraire cohérente et fouillée.

4Le traitement de la matière historique obéit à une périodisation tripartite. 1899 et 1900 sont retenus comme les balises arbitraires et symboliques délimitant le siècle, à l’intérieur duquel 1830 et 1870 s’imposent comme les dates clés. Le milieu du siècle 1848-1851 n’est pas retenu comme un terme, mais est envisagé comme « la charnière et le pivot » de la deuxième période, qui forme ainsi un moment de transition entre l’ère romantique et la fin du siècle. Les trois parties principales, divisées chacune en plusieurs chapitres, portent les titres suivants :

5« 1800-1830 : modernité et tradition »

6« 1830-1870 : grandeurs et servitudes de la littérature »

7« 1870-1870-1900 : les ambivalences d’une fin de siècle »

8Ces formules générales indiquent une volonté de ne pas associer trop étroitement une école ou un mouvement à un moment historique très nettement défini, ce qui autorise plus de souplesse dans la périodisation. L’écueil de l’émiettement factuel du propos a aussi été évité grâce à une démarche intellectuelle originale : refusant « la critique d’auteur sur fond d’histoire littéraire », les auteurs sont parvenus à concilier historicité et singularité des œuvres en élaborant un compromis entre des « chapitres généraux » et des « chapitres consacrés aux auteurs », habilement reliés les uns aux autres. Un extrait du sommaire donnera une bonne idée du procédé. Ainsi, pour la première partie (1800-1830), le chapitre initial, intitulé « La littérature et les pouvoirs », qui s’attache à retracer une évolution littéraire globale, se voit compléter par deux portraits, l’un consacré à Benjamin Constant et l’autre, à Madame de Staël. L’itinéraire de Chateaubriand occupe ensuite à lui seul le deuxième chapitre, tandis que le troisième se présente à nouveau comme un chapitre « général », fédéré par l’unité thématique de l’« effervescence philosophique » propre au début du siècle. L’approche générique (poésie, théâtre, roman) commande d’ailleurs la structuration de plusieurs chapitres dans chacune des trois parties.

9Les développements sur les auteurs secondaires sont rassemblés à la fin des chapitres généraux sous la forme de séries de portraits de quelques pages chacun. Quant aux auteurs consacrés par la tradition écrivains de premier plan, ceux dont l’influence sur leur temps s’est révélée la plus forte, ils donnent lieu à des chapitres monographiques plus étoffés, qui conservent une relative indépendance. Ces derniers s’insèrent en général dans la chronologie générale en tenant compte de la période de production la plus féconde des auteurs. Ils obéissent au principe de composition suivant : une fois résumée l’image laissée par l’auteur et exposées les principales données biographiques et bibliographiques le concernant, un espace assez vaste est réservé à « l’examen de la poétique de l’œuvre », pour lequel les auteurs revendiquent une certaine subjectivité interprétative.

10Une abondante chronologie d’une quarantaine de pages, produite à la fin de l’ouvrage, permet d’effectuer de précieux repérages et de cerner au plus près la riche part événementielle de cette histoire littéraire. La lecture en est affinée par la division en six sections (histoire générale, histoire culturelle, histoire du roman, histoire poétique, histoire théâtrale, histoire littéraire). La bibliographie, qui se veut sélective, fournit une synthèse utile des principales références en langue française sur l’histoire socio-politique et intellectuelle du XIXe siècle et ses principaux mouvements littéraires. Elle propose aussi un choix d’études génériques et thématiques. Les ouvrages complets ont été privilégiés par rapport aux articles. Enfin, l’index nominorum englobe les écrivains, journalistes et éditeurs littéraires, l’index titulorum les œuvres et périodiques.

11Mieux qu’un manuel de vulgarisation, les trois auteurs mettent à la disposition du public une synthèse de grande qualité, qui permet de parcourir l’histoire de la littérature du XIXe siècle à la lumière d’analyses fines, rassemblées dans une unité interprétative. Dans leur approche renouvelée, ils sont parvenus à conjuguer l’évocation des parcours individuels et la dimension sociale que revêtent nécessairement écriture et lecture.