Acta fabula
ISSN 2115-8037

2007
Septembre 2007 (volume 8, numéro 4)
Sandrine Bretou

Du sens dans l’oeuvre de Ricoeur

DOI: 10.58282/acta.3460
Anthologie, Paul Ricoeur. Textes choisis et présentés par  Michaël Foessel et Fabien Lamouche, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 2007, 431 p.

1On n’en finit pas de le « reconnaître » : Paul Ricoeur (1913-2005) fut l’un des philosophes les plus importants du vingtième siècle, par l’ampleur de sa pensée mais également son impact au niveau international ; au vu d’une œuvre désormais close, peut-on tenter de formuler « une doctrine ricoeurienne » ? Telle est la question posée par Michaël Foessel dans son introduction. Les auteurs de la présente anthologie, la première du genre, Michaël Foessel et Fabien Lamouche, entendent montrer que la thèse centrale tiendrait dans une philosophie du sujet, aux termes de laquelle « le sujet ne se connaît pas lui-même directement, mais seulement à travers les signes déposés dans sa mémoire et son imaginaire par les grandes cultures. »1

252 textes sont présents, avec trois orientations principales. Les extraits sont tirés de plusieurs livres de périodes différentes mais toujours rapprochés à bon escient, dans un choix thématique où les anthologistes offrent pour chaque partie une introduction avec des renvois aux textes pour diriger ainsi la lecture afin de l’approfondir :

3Le langage et le monde (textes 1 à 15), touche l’interprétation, la phénoménologie, l’herméneutique critique et la fonction de la métaphore. L’articulation entre le langage et le monde se fait par une interprétation herméneutique des symboles, qui consiste à retrouver leur sens figuré. « On interprète pour comprendre et pour se comprendre. »2 On ouvrira donc tour à tour au fil des textes ici proposés : Le Juste 2, Paris, Ed. Esprit, 2001 ; Du Texte à l’action, Paris, Seuil, 1986 ; Le Conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969 ; Temps et récit 3, Paris, Seuil, 1991 ; Lectures 2, Paris, Seuil, 1992 ; L’Herméneutique biblique, Paris, Ed. du Cerf, 2000 ; La Métaphore vive, Paris, Seuil, [1995] 1997 et enfin Temps et récit 1, Paris, Seuil, [1983] 1991.

4Le sujet du récit (textes 16 à 30), s’inscrit dans une certaine continuité avec la première partie, où l’on retrouve : Du Texte à l’action, Paris, Seuil, 1986 ; Temps et récit 1 et 3, Paris, Seuil, 1991 ; L’Herméneutique biblique, Paris, Ed. du Cerf, 2000 ; Le Conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969, mais leur sélection ne s’arrête pas là : À l’École de la phénoménologie, Paris, Vrin, 1986 ; La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, [2000] 2003, Temps et récit 2, Paris, Seuil, [1984] 1991, Lectures 3, Paris, Seuil, 1994, De l’Interprétation, Paris, Seuil, [1965] 1995 ; Soi-même comme un autre, Paris, Aubier, 1950 et  Histoire et vérité, Paris, Seuil, [1995] 2001. La phénoménologie est omniprésente dans l’œuvre de Ricoeur : Michaël Foessel et Fabrice Lamouche lui font une large place dans cette partie également. Les notions clés de Ricoeur, « poétique » et « temps raconté » sont alors convoquées. Pour Ricoeur, « c’est en se racontant qu’on parvient à se comprendre, individuellement ou collectivement. »3 C’est une philosophie de l’Ego en rapport avec l’altérité. Il est vrai aussi que raconté, un récit ne ressemble pas à l’évènement auquel il se rapporte.4 Mais cet entrelacement de la fiction à l’histoire n’affaiblit pas celle-ci, mais plutôt « contribue à l’accomplir ».5

5Action et institution (textes 31 à 52) : dans cette dernière partie, on trouvera le seul texte extrait d’un article de la Revue Esprit, juillet-août 1988. Beaucoup de livres déjà présents dans les deux premières parties constituent une portion de celle-ci, mais nous en explorons d’autre encore : Philosophie de la volonté I et II, Paris, Aubier, respectivement 1950 et 1960 ; Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock, 2004 ; Lectures 1, Seuil, [1991] 1999 ; Le Juste 1, Paris, Ed. Esprit, 1995. L’éthique, le juste et le mal, ainsi que le paradoxe politique et la volonté liée à l’initiative constituent cette partie consacrée à l’action et l’institution, toujours dans une continuité de deux précédentes parties.

6« La mémoire est l’élément le plus décisif de la compréhension de soi-même, qu’il s’agisse de l’individu ou de la collectivité. Ainsi, on la retrouve dans le traitement de l’idéologie (texte 46) »6. En effet, « c’est toujours à travers une idée, une image idéalisée de lui-même, qu’un groupe se représente sa propre existence ; et c’est cette image qui, en retour, renforce son identité. […] Cette image idéalisée ne peut manquer d’engendrer ce qu’en langage psychanalytique on appellerait rationalisation et dont témoigne la ritualisation familière à toute célébration. »7. On en vient donc à se demander si tel ou tel mode de pensée est plutôt idéologique ou utopique…

7Le choix des textes et des thèmes, les nombreuses notices et notes, offrent donc au lecteur une exploration complète de l’œuvre de Ricoeur. D’une section à l’autre, on se trouve reconduit à un même carrefour ou point de passage : La question du sens, de l’imagination, et de leurs échanges. En effet, « l’imagination est ce par quoi le sens devient compréhensible, le monde dicible et l’action praticable. »8.