Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2004
Printemps 2004 (volume 5, numéro 1)
María José Palma Borrego

La littérature au miroir des femmes

Lectrices. La littérature au miroir des femmes. Textes rassemblés par Marianne Camus et Françoise Rétif, Éditions Universitaires de Dijon, coll. « Écritures », 2004.

1L´ouvrage collectif rassemblé par Marianne Camus et Françoise Rétif s´attache à faire le point des recherches sur le rôle des femmes lectrices et auteures dans des disciplines telles que le roman, la poésie et le théâtre.

2Dans un article intitulé « Une femme en traduit une autre : la figure de Vanessa Bell dans l´œuvre de Virginia Woolf », Anne Marie Smith di Basio nous signale la symbiose entre V. Woolf et sa sœur Vanesa Bell. Celle-ci se traduit dans le domaine artistique par un va-et-vient entre peinture et écriture. L´écriture de V. Woolf est ainsi pénétrée par la plasticité colorée de la peinture de Vanesa. Les tons pastels, les formes courbées traversées par la lumière chez l´une et l´autre, nous font constater, comme l´affirme Di Basio, « une certaine fluidité dans l´identification, aussi bien que l´expression d´un regret, d´un désir dans un ton sensiblement enfantin et fantasmatique » chez Virginia. À partir de cette hypothèse, di Basio pose deux questions : ce qui passe ainsi d’une femme à l’autre relève-t-il spécifiquement du féminin ? cette lecture de la « plasticité textuelle » peut-elle perdurer dans la traduction des textes de V. Woolf.

3L´article d´Hélène Fou, « Germaine Beaumont sur les traces de Virginia Woolf : une expérience identitaire », commence par des répères biographiques à propos de Germaine Beaumont et suit ensuite le chemin de lecture de Germaine dans l’œuvre de V. Woolf. Pour Germaine Beaumont, la lecture de Une chambre à soi et Trois guinées « rêvet les accents d´un pèlerinage dans l´espace et dans le temps au cours duquel la réalité de l´altérité s´estompe au profit d´une intimité imaginaire » affirme Hélène Fou. La lecture de ces deux textes de V. Woolf a, en effet, pour Germaine un rôle thérapeutique qui lui rend possible le pardon symbolique à une mère enfuie pour mener une carrière littéraire. Entre ces deux femmes et à travers la littérature, s’exprime un langage complice créant un réseau hors du temps et un espace immatériel et néanmoins réel.

4« Tout spectacle téâtral est la conjonction de deux lectures : celle du metteur en scène et celle du public », pose Philippe Baron dans son article sur « Brigitte Jacques, metteur en scène de Corneille. » La vision de Brigitte Jacques, lectrice de Corneille, si bien ne change pas le monde si change notre vision du monde. Elle nous offre une nouvelle vision des pièces de Corneille en réhabilitant, non sans difficulté, d´une part, les héroines cornéliennes et d´une autre part, la mise en scènepar sa lecture très personnelle de l´œuvre de Corneille.

5« Des lectures au sein de la famille royale : la correspondance de Madame Palatine comme révélant des modes féminins de connaissance au XVIIe siècle ». Avec ce long titre Christine MacCall Probes nous raconte l’admiration de Leibniz pour Madame Palatine, femme de lettres. Après quelques point de repères biographiques qui nous situent dans la vie intellectuelle de Madame Palatine, l´auteure fait référence à sa correspondance. À partir de celle-ci, nous pouvons connaître ses goûts littéraires, philosophiques et scientifiques, et nous confirme la extrême curiosité intellectuelle de cette femme-lectrice ou de cette lectrice-femme.

6« Marguerite Yourcenar et Jean Cocteau, lectures croisées » d´Alexandre Terneuil évoque les relations de Marguerite Yourcenar avec Jean Cocteau à travers leurs œuvres, entretiens et correspondance inédite. Tous les deux partagent une vision du monde très proche, notamment, en ce qui concerne la vision du temps. De ces lectures croisées et de la connaissance mutuelle de leurs œuvres, on peut signaler l’union étroite entre écriture et lecture chez les deux écrivains.

7Le texte « Delphine de Girardin lectrice de Balzac » de Claudine Giacchetti est la présentation de Delphine sous deux angles : comme « muse » du groupe romantique sous la Monarchie de Juillet et comme femme de lettres. Grand amie et lectrice de Balzac, Delphine pose la question, très actuelle encore aujourd´hui, du canon dans la institution littéraire, notamment dans son livre La Canne de Balzac (1836). Giacchetti nous signale l’ambivalence de cette femme par rapport à l’ordre social, mais aussi l’invisibilité des femmes dans la littérature en créant dans ses œuvres, dites « mineures », une stratégie de renversement de rôles.

8Il s’agit dans Poèmes de Femmes de Camille Aubaude, d’élaborer et d’interroger un corpus où les poétesses confortent leur situation d’écrivain en dialoguant avec d’autres auteurs. Cela peut se produire parce que ces femmes sont des lectrices qui intègrent une littérature masculine, notamment la poésie, pour se détourner d’elle, et la décentrer, ce qui comporte une affirmation, à travers l’écriture, de leurs singularités féminines.

9« Hélène Cixous et le théâtre grec : de la lecture à la réécriture » de Marie Miguet-Ollangnier. L´œuvre d´Hélène Cixous porte la marque de la réflexion sur les mythes grecs. À partir de sa lecture critique du théâtre grec, H. Cixous nous laisse entrevoir sa sympathie active pour les figures de la transgression féminine telles quelles Iphigénie et Clytemnestre.

10Dans son écriture théâtrale, il existe deux axes fondamentaux : d’une part, la mythologie grecque et de l’autre, l’Ancien Testament, qui sont parallèles à la revendication d´une identité juive et à une certaine identification avec l’histoire familiale de ces deux héroïnes.

11« Ariane Mnouchkine, lectrice de Shakespeare » de Françoise Quillet. On ne peut pas nier les convictions esthétiques et politiques du théâtre d’Ariane Mnouchkine et de sa troupe Le Théâtre du Soleil. Très influencée par le théâtre asiatique, A. Mnouchkine met en scène les œuvres de Shakespeare, à partir d’une lecture très personnalisée où se manifeste une sorte de syncrétisme esthétique entre ces deux modes de faire théâtre. Les textes de Shakespeare sous sa direction sont surtout un matériel dramatique précieux pour l’action physique du comédien où on peut voir aussi sa position en tant que lectrice-traductrice-femme des œuvres de l’auteur anglais.

12« Ginka Steinwachs lectrice de George Sand » de Sigrid Schmid Bortens Chlager. La motivation de l´hommage de Ginka Steinwachs — femme de théatre — à George Sand s´explique surtout par la prédilection de Ginka S. pour la théorie littéraire. Intéressée par la psychanalyse, Ginka S. dans sa pièce sur George Sand fait référence aux pulsion excessives qui ont caractérisé la vie de la romancière. Identifiée à ce caractère excessif, elle devient actrice et metteur en scène de sa propre pièce où elle donne une importance fondamentale au corps, à la voix, et à la phonétique. Dans ses spectacles, le langage du corps est conçu comme le résultat de l’articulation phonétique et il est élargi par des gestes et des mouvements.

13Comme dans l’article sur Virginia Woolf où l’on observait l’influence de la peinture dans l’écriture, Brigitte Malinas-Vaugien dans son article « Les femmes lisent le monde. Intimités/intimité : A. S. Byatt lit Henri Matisse dans Matisse Stories », parcourt pour nous le recueil de nouvelles de A. S. Byatt et s’attache à l’influence de Matisse dans le travail d’écriture. Cette femme qui voit la vie comme un tableau tente de nous montrer ce que l’écriture dessine et ce que la peinture raconte où la frontière est celle de la vision et du visible. L »écriture devient ainsi pour A. S. Byatt, la traduction dans le corps féminin des couleurs des tableaux de Matisse.