Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2007
Janvier-février 2007 (volume 8, numéro 1)
Murielle Lucie Clément

Proust peintre contemporain

Proust contemporain, Études réunies par Sophie Bertho, Cahiers de Recherche Interuniversitaires Néerlandaises (C.R.I.N.), 28, Rodopi, 1994 ; & Proust et ses peintres, Études réunies par Sophie Bertho, Cahiers de Recherche Interuniversitaires Néerlandaises (C.R.I.N.), 37, Rodopi, 2000.

1Deux livraisons des Cahiers de Recherche Interuniversitaires Néerlandaises (C.R.I.N.) sous la direction de Sophie Bertho de l’Université libre d’Amsterdam (VU) sont consacrées à Marcel Proust. Deux recueils qui sans doute aucun enchanteront les proustiens invétérés et les amateurs de Marcel, mais éclairent aussi d’une lueur inusitée la recherche et la Recherche.

2Dans le premier, Sophie Bertho invite plusieurs chercheurs à cogiter sur la contemporanéité de Proust. Bien entendu, le sens littéral de la formule ambiguë du titre « Proust contemporain » est de toute évidence exclu. Il s’agit plutôt d’une interrogation sur la manière dont Proust est lu aujourd’hui.

3Peut-être la question la plus pertinente serait de savoir si Proust est encore lu de nos jours. Une question que se pose Antoine Compagnon dans « Vous avez dit “contemporain” ? ». De même Anne Henry avec « Regards sur l’interprétation » et Aron Kibédi Varga dans « Le moi et les choses ». Pour Dominique Maingueneau, il s’agit d’un « Proust critique : la méthode inactuelle ». Quant à Lucien Dällenbach, il part « À l’origine de “la Recherche” ou “la raie du jour” ». Proust ne serait pas contemporain sans une incursion dans le domaine psychanalytique, ce que propose Henk Hillenaar : « Proust et la psychanalyse ». L’amour toujours actuel ? Peut-être moins qu’il serait possible de le penser, remarque Catherine Malabou dans « Une écriture de la fin de l’amour ». Sjef Houppermans analyse les « Mouvements proustiens », et Leo Hoek « Les “minutes profondes” de Marcel Proust ». Mieke Bal propose de se pencher sur les « Instantanés » de la Recherche et un entretien de Philippe Sollers, « Paradoxes créateurs », avec Sophie Bertho clôt cette livraison.

4Dans le second volume, Sophie Bertho rétrécit le champ d’investigation puisqu’il s’agit de « Proust et ses peintres ». Quels sont les créateurs en art visuel qui ont fasciné Proust et auxquels a-t-il consacré sa plume ? En effet, de tous les grands écrivains français, Proust est peut-être celui qui s’est le plus intéressé aux « filiations intertextuelles de sa propre écriture, mais [aussi] à tous les arts, à la musique, à l’architecture, à la sculpture, à la peinture, à la danse ». De ces arts si chers à Proust, Sophie Bertho choisit la peinture comme thème de son recueil.

5Yasué Kato compare « Elstir et Corot », Emily Eells voit « Elstir à l’anglaise ». Mireille Naturel met en scène « Miss Sacripant et le danseur pastiche ». Raymonde Coudert s’intéresse plus particulièrement aux « Cadres proustiens » et Philippe Boyer aux « Vues en peinture d’Odette ». Pour Luzius Keller c’est le « Proust au-delà de l’impressionnisme » qu’il faut considérer dans ce contexte et pour Luc Fraisse « Odilon Redon et les métaphores d’Elstir ». Qui dit Elstir dit asperges pour Kazuyoshi Yoshikawa : « Elstir : ses asperges et son chapeau haut-de-forme ». Annick Bouillaguet interroge « Entre Proust et Carpaccio, l’intertexte des livres d’art » et J. Theodore Johnson la mémoire dans « Tableaux de genre du souvenir ». Bernard Brun conclut avec « Proust et ses peintres. Éléments bibliographiques et génétiques ».